Confluence du tourisme : à Lyon, les agences de voyages face à la guerre
À Lyon, la troisième édition de Confluence du tourisme s’est tenue dans un climat de tensions. Réunis sur les quais du Rhône, les professionnels des Entreprises du Voyage (EDV) Centre-Est ont dressé un constat sans appel : en quelques semaines, le conflit en Iran a brutalement fait basculer leurs activités. La filière s’organise, et commence à évoquer le recours à l’activité partielle.
Réunis le 17 mars à Lyon pour la troisième édition de Confluence du tourisme, rassemblement initié par les Entreprises du Voyage (EDV) Centre-Est, les professionnels du tourisme de la région se sont retrouvés dans un climat bien particulier. Dans une salle comble d’un bateau de CroisiEurope amarré sur les quais du Rhône, 80 professionnels ont échangé en premier lieu sur la situation au Proche et au Moyen-Orient et sur l’impact pour leurs activités. « Nous faisons un métier formidable, et il est très important de se retrouver et d’en discuter surtout en ce moment », a résumé Philippe Le Fur, vice-président des EDV Centre-Est.
Valérie Boned, présidente du bureau national des EDV, a elle posé d’emblée le diagnostic : « on est passé dans une autre dimension ». Trois semaines après le début du conflit, le secteur a basculé d’une période de relative stabilité à une phase d’inquiétude durable, avec des chutes de réservations impressionnantes de l’ordre de 20% au global. Le Golfe s’effondre de plus de 90%, l’Asie chute de 40 à 60%, et des destinations non concernées, comme l’Égypte, la Turquie ou la Grèce, sont touchées par un effet de contagion. « La peur se diffuse partout. On commence à rentrer dans un temps un petit peu angoissant pour les professionnels », relève Valérie Boned.
Si la plupart des milliers de clients français bloqués dans le Golfe ou ailleurs dans le monde, pris dans l’engrenage des perturbations aériennes, ont été rapatriés ou disposent de solutions de retour, les agences continuent de gérer des situations individuelles complexes. « J’ai encore une vingtaine de clients bloqués », glisse un agent de voyage. « Chaque jour, je fais face à des annulations pour les vacances de Pacques », indique une autre, appuyée par ses confrères et consoeurs. Sur le terrain, les agents ont dû improviser, jonglant entre relogements, vols annulés, avance de trésorerie, absence d’accords entre compagnies et flambée des prix des billets. « Tout ça en même temps rend cette crise particulièrement compliquée. Nous continuons d’enchainer les visios avec l’État », a résumé Valérie Bonned.
Le rôle crucial des agences
« Il y a vraiment eu un énorme soutien des agences et des tour-opérateurs », a-t-elle ajouté, évoquant le rôle déterminant des agences dans cette crise, les contacts permanents avec les clients et l’accompagnement au cas par cas . Une réalité qui illustre, en creux et face aux voyageurs partis en direct, la valeur de l’intermédiation.
Les EDV s’apprêtent par ailleurs à diffuser dans les prochains jours un film court destiné aux agences, conçu comme un outil de communication à destination du grand public. Une initiative imaginée avant la crise, mais qui résonnera parfaitement avec l’actualité, en mettant en scène la différence, dans un aéroport, entre voyageurs accompagnés par une agence et voyageurs livrés à eux-mêmes .
Mais la crise a aussi révélé des failles structurelles. La coordination avec les pouvoirs publics a été jugée insuffisante, notamment dans les premiers jours, lorsque les professionnels peinaient à obtenir des informations claires sur les dispositifs de retour.
Manque de coordination entre l’État
« Le manque de coordination entre l’État et nous » a été « frappant », a reconnu la présidente des EDV . Autre sujet sensible : la répartition des coûts entre agences, tour-opérateurs et compagnies, qui ravive à chaque crise les mêmes tensions.
Face à cette dégradation, certaines entreprises commencent à envisager le recours à l’activité partielle. Les EDV ont d’ores et déjà alerté les pouvoirs publics et demandé une vigilance particulière, tout en anticipant d’éventuels reports de charges. Ceci par prudence, et dans un contexte budgétaire jugé moins favorable qu’au moment du Covid.
Au-delà de la crise, la présidente des EDV est revenue sur d’autres sujets d’actualité pour la filière, de la directive européenne sur les voyages à forfait, à la facturation électronique, en passant par les négociations annuelles où le prochains congrès prévu en mai à Disneyland Paris.
Hacking, saturation des lignes TGV, et « Grand tour »
Dans le reste des interventions de la journée, la cybersécurité s’est invitée dans les débats. Devant les professionnels, Julien Métayer, « hacker éthique » chez Opix IT Investigations, a rappelé l’ampleur du phénomène : 10 000 milliards d’euros de préjudice liés à la cybersécurité dans le monde, dont 10 milliards en France . Le tourisme, fortement exposé en raison des données sensibles qu’il manipule, constitue une cible privilégiée. Les attaques, de plus en plus sophistiquées, commencent dans 95 % des cas par un simple email de phishing .
« Une PME sur deux ne se relèverait pas d’une attaque », a prévenu Julien Métayer, appelant avant tout les professionnels présents à faire preuve de bon sens et de vigilance. « Si un mail ou un paiement vous paraît suspect, c’est très probablement qu’il l’est ! », a-t-il lancé, au milieu de conseils pour les pros du tourisme, notamment sur les risques existants à communiquer avec leurs clients via WhatsApp.
Autre intervention très remarquée : celle de Benjamin Huteau, directeur de l’axe Sud-Est de la SNCF, qui a détaillé les contraintes cachées d’un système ferroviaire à flux (très) tendu. Sur la ligne Paris-Lyon, la plus dense d’Europe, les trains circulent toutes les quatre minutes, bientôt toutes les trois, sur une infrastructure proche de la saturation. Entre incidents quotidiens, hausse du prix des péages et complexité de la régulation, le fonctionnement y repose avant tout sur l’humain. « Un jour sans perturbation, je ne l’ai jamais vu », a-t-il reconnu, suscitant de nombreuses réactions dans la salle.
Les sujets évoqués ont été divers et très suivis, de la difficulté d’être rentable même sur le Paris-Lyon au bras de fer avec SNCF Réseau, en passant par le temps de retard engendré par un suicide (3 heures), le problème des poussettes à l’embarquement dans les TGV, l’arrivée des nouvelles rames, l’état du réseau (« globalement en bon état ») ou encore un comparatif avec les trains japonais.
Nouvelle stratégie pour l’Auvergne-Rhône-Alpes
En clôture, Geoffrey Mercier, nouvellement nommé à la tête de l’Agence régionale du tourisme Auvergne-Rhône-Alpes, a esquissé les grandes lignes de la nouvelle stratégie régionale, au terme d’un hiver « très satisfaisant et à l’enneigement exceptionnel » dans les Alpes. Forte de 24 milliards d’euros de retombées touristiques annuelles, la région entend structurer son attractivité autour de l’outdoor, de la gastronomie et de l’œnotourisme, avec l’ambition de devenir « la première région durable d’Europe ». Une nouvelle marque de territoire, « plus globale », est aussi à l’étude. Une feuille de route qui s’inscrit dans la perspective des Jeux olympiques de 2030 et de ses hésitations de gouvernance, et dans un environnement réglementaire et politique jugé contraignant. Ce qui n’empêchera pas la région Aura de lancer, fin avril, « Le Grand Tour », un itinéraire hors des grands flux touristiques reliant une quarantaine de sites régionaux.
La journée s’est prolongée par un cocktail aux couleurs de l’Office du tourisme d’Irlande pour la Saint-Patrick, puis par un dîner-croisière. Le prochain rendez-vous est fixé en janvier 2027 pour la 40e convention régionale, annoncée en Colombie.
Le bureau des EDV Centre-Est réélu
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p style= »text-align: justify; orphans: 2; widows: 2; » data-start= »74″ data-end= »626″>Le rassemblement Confluence du tourisme a été l’occasion d’annoncer la reconduction du bureau régional des Entreprises du voyages Centre-Est, avec Yannick Faucon réélu à la présidence, Philippe Le Fur comme vice-président, et Claire Vert comme trésorière. Le reste des administrateurs : Laurène Barbeillon (Dili Voyages, nouvelle membre), Julien Carret (Supernova, nouveau membre), Pascal Girardot (Girardot Voyages), Tristan Daube (TravelAssist.io), Angelina Re (Agence TUI), Franck Chapus (Le Voyage selon Alfred), Gérard La Rocca (Evao, Hotelissima), Jean-Marc Folliet (Axaltis Groupe), Bruno Menu (Shak’Heart Events), Éric Grange (Oasis voyages), Jean Geneyne (SLD Voyages) et Yannick Rébet (Traces et Découverte).

