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Avis de tempête sur la croisière

Festival et ROC sont en grande difficulté, bien que le marché soit en constante progression. La croissance trop rapide des flottes a entraîné un déséquilibre entre l’offre et la demande.

Il y a 15 jours, Festival annonçait des résultats records pour 2003 avec 316 000 passagers embarqués et un chiffre d’affaires dépassant les 335 ME. La société n’étant pas cotée en Bourse, elle n’avait pas dévoilé son résultat net. Las, le 19 janvier, le groupe Alstom, qui a construit et financé les bateaux de la compagnie avec la banque Crédit agricole Indosuez a décidé de couper les vivres à Festival et d’immobiliser les navires Premium en raison du non-respect des obligations financières. En clair, Festival n’a plus les moyens de rembourser ses dettes. De fait, après avoir fait bloquer le Mistral à Marseille et l’European Stars à Barcelone, Alstom nous précisait lundi avoir pris toutes les mesures pour immobiliser l’European Vision aux Caraïbes.

Les deux croisiéristes affichent un optimisme de circonstance

Cette affaire survient quelques jours après que Royal Olympia Cruises (ROC) a été placée sous la protection du chapitre XI de la loi américaine sur les faillites. L’Olympia Voyager et l’Olympia Explorer ont là aussi été saisis par les banques allemandes, qui réclament à la compagnie gréco- chypriote 202,5 ME, au titre des emprunts contractés pour construire ces navires.

Les deux croisiéristes ont engagé des négociations difficiles avec leurs banques et affichent un optimisme de circonstance. Personne n’a annulé et on continue à vendre des groupes, assure Yannis Vassilakopoulos, DG France de ROC. Festival précise qu’une solution sera annoncée dans les 48 heures et qu’en ce qui concerne les passagers, aucun changement n’est à prévoir pour les croisières à venir. Pas si sûr, le périmètre des deux compagnies pourrait évoluer. La vente de l’Olympia Countess de ROC est annoncée pour le 29 janvier. L’Olympia Voyager et l’Olympia Explorer pourraient suivre le même chemin. Chez Alstom, qui souhaite récupérer 176 ME et détient 100 % de Mistral, 9,5% d’European Vision et 10,5% d’European Stars, on est plus clair : En accord avec les autres créanciers de la compagnie, nous souhaitons vendre les trois paquebots… Le prix de revente du Mistral est compris entre 138 et 165 ME, et de 180 à 215 ME pour les deux autres unités.

Les agences, et notamment celles qui sont spécialisées dans la croisière, sont en première ligne dans cette crise. Si celle-ci persiste, ROC et Festival vont-elles pouvoir rembourser les clients qui ont réservé des croisières dans les prochaines semaines, voire les prochains mois ?

Inquiétude pour de nombreuses agences spécialisées

Notre agence est en danger car nous avons des dépôts importants chez les deux croisiéristes pour des groupes partant au printemps, déplore Olivier Corbi, de Cap Croisières à La Valette (83). Même inquiétude chez ABCroisière, première agence croisières en France installée à Nice (06). Outre des clients qui devaient embarquer vendredi, on se demande comment seront rapatriés les passagers de l’European Vision si le paquebot est immobilisé à Sainte-Lucie, confie le directeur Patrick Gaudfrin.

Au siège de Festival Croisières France, dont l’équipe vient d’être renouvelée par la nouvelle directrice Bernadette Chevallier, on assure que les rapatriements seront réalisés si nécessaire. Nous avons beaucoup d’appels d’agences et de réseaux, confirme Sylvie Ernoult, la directrice commerciale, qui a de gros engagements pour l’hiver sur l’European Vision. ROC et Festival pourront-elles rebondir si la tempête passe ? Cette crise laissera de toute façon des traces en termes d’image, tant auprès des agences que des clients. Par me- sure de précaution, on ne vend plus ROC lorsque l’on nous demande des croisières pour l’été, voire l’automne prochain, précise ainsi le vendeur d’une agence.

Des compagnies trop confiantes dans l’avenir

La croisière paie aujourd’hui son mode de financement artificiel. Beaucoup de compagnies ont développé leur flotte, sans disposer de suffisamment de fonds propres, au-delà des capacités d’absorption du marché. L’offre va créer la demande, répétaient à l’envi les compagnies. Mais la multiplication des opérateurs, la crise en Europe et des remplissages assurés à coup de promotions (un passager payant/un gratuit, l’accompagnant à 50 %…) ne permettent pas de dégager des bénéfices. Seules les compagnies financièrement solides sont désormais capables de tenir et de commander des navires qui coûtent plusieurs centaines de millions d’euros. Hasard du calendrier, Costa Croisières, filiale du N°1 mondial Carnival, a annoncé le 19 février la commande pour 430 ME d’un nouveau géant de 3 800 passagers. Cette livraison, prévue en 2006, interviendra après celle de l’Atlantica en 2000, du Mediterranea et du Fortuna en 2003 et du Magica cette année. Une augmentation de la flotte qui va obliger Costa France a trouver 100 000 passagers français cette année, contre 75 000 l’an dernier. La compagnie italienne profitera-t-elle des déboires de ses concurrents ? Patrice Régnier, directeur commercial de Costa, fait valoir que le rythme des réservations était déjà bon avant cette crise. Nous avons enregistré un record, avec 1 900 ventes individuelles et 4 869 appels à la réservation la semaine dernière. Il tient par ailleurs à rassurer les agences, qui s’inquiètent d’ores et déjà d’une éventuelle augmentation des tarifs qu’entraînerait un quasi monopole de la compagnie sur le marché de la croisière en France. La volonté étant de développer le marché, notre intérêt n’est pas de remonter les prix. Les promotions en cours seront maintenues.

D’autres acteurs sont prêts à remplacer au pied levé Festival et ROC. Mediterranean Shipping Cruises (MSC) qui veut développer rapidement sa flotte au-delà du Lirica et du prochain Opera pourrait racheter un voire plusieurs navires de Festival si ceux-ci étaient mis en vente par Alstom. MSC en a les moyens. C’est en effet le deuxième groupe de transport maritime mondial, jusqu’ici spécialisé dans le fret avec 180 navires sillonnant les mers du globe.

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