Avec Caron 3200, Val Thorens veut aussi miser sur l’été
Val Thorens inaugure Caron 3200, complexe touristique et événementiel posé au sommet de la Cime Caron. L’objectif : ouvrir été comme hiver et recréer une vraie saison estivale dans la station phare des 3 Vallées.
Ultra-saisonnière, perchée à 2 300 mètres, Val Thorens vit presque exclusivement au rythme du ski. Avec l’ouverture de l’espace Caron 3200, nouveau lieu panoramique et événementiel posé au sommet de la Cime Caron, la station la plus haute de France ambitionne désormais de vivre aussi l’été, tout en assumant un positionnement toujours plus premium. Ouvert au public le 6 décembre, l’espace Caron 3200 entame sa première saison complète. Relié à la gare d’arrivée du téléphérique de la Cime Caron rénové avec des cabines neuves –, ce nouveau lieu emblématique concentre une grande partie des ambitions de Val Thorens.
Séminaires et bar à vin
Le bâtiment, tout en verre et en lignes épurées, est imaginé pour s’intégrer au paysage de haute montagne. Il réunit salle d’exposition, espaces séminaires, restaurant, snack, boutique proposant des produits exclusifs estampillés Cime Caron, ainsi qu’un rooftop panoramique offrant une vue sur les sommets des Alpes françaises, suisses et italiennes. Vingt-deux salariés y travaillent à l’année.
Mais le véritable fleuron du site est bien son bar à vins, présenté comme le plus haut d’Europe – et sans doute du monde. Plus de 150 références y sont proposées, des vins de Savoie accessibles jusqu’à des bouteilles d’exception comme un Pétrus 2005 affiché à 16 300 euros ou un Romanée-Conti Echezeaux à 12 000 euros. « Les dégustations ont été pensées avec un œnologue en fonction de l’altitude. Certains vins évoluent différemment en altitude, et gagnent en complexité », explique Éric Bonnel, directeur de Caron 3200, également à la tête de Val Thorens Tour, ajoutant s’être entouré de meilleurs ouvriers de France pour la confection des plats et des planches.
Recréer l’été à Val Thorens
Au-delà de la prouesse architecturale, Caron 3200 est aussi un outil stratégique. « Le but, c’est de recréer l’été à Val Thorens », résume Éric Bonnel. Longtemps, la station a connu une véritable saison estivale, avec le ski d’été sur le glacier de Péclet, arrêté en 2000, et une forte activité liée au tennis. « Depuis 2000, on végète, l’été était devenu un angle mort », ajoute le directeur de Caron 3200. Très marquée par la saisonnalité – première station à ouvrir fin novembre, dernière à fermer début mai –, Val Thorens cherche désormais à exister entre juin et septembre.
L’idée est claire : fermer Caron 3200 à la fin de la saison de ski, le rouvrir pour les vacances d’été, refermer à l’automne, puis relancer pour l’hiver. Le site sera donc dès 2026 accessible l’été via les télécabines et téléphériques depuis Val Thorens mais aussi depuis Orelle, côté Maurienne. Plus globalement, de nombreux projets estivaux verront le jour en altitude : tyroliennes, activités pour enfants, pistes de toboggans, VTT, ceci sur les deux versants du domaine.
Le modèle a été longuement étudié. Sept ans d’études de marché ont précédé les travaux de Caron 3200, avec une attention particulière portée aux exemples à l’étranger, comme au Jungfrau, en Suisse, où la gare la plus haute d’Europe est devenue une destination touristique à part entière. La clientèle affaires est également ciblée, en priorité les entreprises régionales, via des séminaires organisés en lien avec les hôtels de la station.
Une station de plus en plus internationale… et haut de gamme ?
Le projet s’inscrit aussi dans un contexte toujours plus international. Aujourd’hui, moins de 30% des skieurs de Val Thorens sont français, à tel point que la signalétique en anglais se généralise et qu’il devient rare d’entendre parler français sur les pistes. Et pour cause : près d’un quart des visiteurs sont britanniques, 12% néerlandais, auxquels s’ajoutent des clientèles européennes, israéliennes, brésiliennes. Les Amériques et l’Asie sont aujourd’hui dans le viseur des autorités touristiques locales, avec un retour marqué des clientèles chinoises, singapouriennes et hongkongaises.
Une internationalisation notamment portée par le Club Med, mais aussi par l’office du tourisme de la station, entre voyages chez les partenaires mondiaux et opérations de promotions à l’étranger.
Côté accessibilité, la Maurienne pourrait jouer un rôle de plus en plus important pour l’accès à Val Thorens. La reprise en 2025 du trafic ferroviaire Lyon–Milan via Modane, où s’arrête Trenitalia, et Saint-Michel-de-Maurienne, où s’arrête les TGV de la SNCF, mais aussi l’ouverture récente d’un parking payant de 750 places à Orelle facilitent les accès, notamment pour les visites à la journée depuis Lyon, Grenoble ou Chambéry.
Reste la question sensible du positionnement. Val Thorens ne risque-t-elle pas de devenir toujours plus exclusive ? À Caron 3200, la direction met en avant une carte abordable proposant aussi des plats autour de 20 euros. Mais le vrai sujet demeure l’hébergement : avec près de 25 000 lits à Val Thorens – et 130 000 sur les Trois Vallées –, la station souffre d’un parc cher, peu lissé sur l’année, et fortement dépendant des résidences de tourisme, hôtels et villages de vacances.
Caron 3200 en chiffres
- 3200 mètres d’altitude
- 800 m2 de surface sur 4 étages
- 260 m2 de terrasse panoramique
- 1000 sommets en vue
- 150 références de vins
- 7 années d’étude et 1 an et demi de travaux
