Au pied du mur, Air Antilles joue son avenir au tribunal
Suspendue de sa licence d’exploitation depuis plus d’un mois et confrontée à une trésorerie exsangue, Air Antilles verra son cas examiné cette semaine par le tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre. L’issue doit se jouer rapidement pour le transporteur régional soutenu par des fonds publics.
Cessation de paiement, redressement judiciaire, plan de continuation, liquidation immédiate : l’avenir d’Air Antilles se jouera-t-il cette fin de semaine devant le tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre ? D’après plusieurs sources, après un CSE exceptionnel entre direction et représentants du personnel, un dossier a été déposé auprès du tribunal guadeloupéen, et une audience va s’y tenir jeudi 22 janvier.
Suspendue de sa licence d’exploitation depuis plus d’un mois à la suite d’un audit pointant des manquements en matière de sécurité, la compagnie basée en Guadeloupe et soutenue par des financements publics conséquents voit depuis sa trésorerie s’amenuiser. Ceci après une année éprouvante pour la jeune compagnie relancée début 2024 : licence d’exploitation rendue temporaire en raison de garanties financières insuffisantes, bras de fer juridiques avec les aéroports de Guadeloupe et de Martinique quant à des impayés (avec une condamnation le 14 janvier à verser la somme de 58 000 euros au gestionnaire de l’aéroport Aimé Césaire), ou encore exclusion du BSP France par l’Association internationale du transport aérien (Iata).
Des discussions qui se poursuivent avec la DGAC
Selon les informations recueillies auprès de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), les échanges entre la compagnie et les autorités aéronautiques se poursuivent autour des mesures correctives attendues en matière de sécurité. À ce stade, aucun calendrier précis n’est connu et Air Antilles, qui indique avoir répondu à toutes les questions des autorités, espère toujours le feu vert pour reprendre ses liaisons dans les Antilles françaises.
« Les propositions de la compagnie donnent lieu à des échanges qui se poursuivent avec l’administration », indique une source interne au dossier, qui laisse sous-entendre que si aucun délai impératif n’a été fixé, la situation ne saurait toutefois s’éterniser d’un point de vue budgétaire pour le transporteur régional.
« Il y a des passagers avec des billets, des enjeux commerciaux, et une exploitation suspendue. Ça ne durera pas des mois. À un moment, une décision devra être prise, que ce soit de continuer ou non côté Air Antilles, et de prolonger ou de retirer la licence d’exploitation côté DGAC », nous indique-t-on aussi.
« Les fonds, on ne les a pas aujourd’hui »
En attendant le transporteur qui exploite trois ATR et un Twin Otter reste à l’arrêt. « Il faut qu’on ait des investisseurs. Sans ça, on ne répondra pas à l’exigence 1008-2008, l’exigence européenne qui nous demande d’avoir une certaine somme, pour une couverture de trois mois ou six mois dans les comptes. On ne les a pas aujourd’hui », a clairement lancé Amine Tadjadit, directeur d’Air Antilles, dans un entretien donné à Radio Caraïbes International il y a quelques jours. « S’il n’y a personne qui vient […] s’il n’y a pas un projet, on est tenu de faire le nécessaire pour sauvegarder les employés. […] Il faut qu’on dépose une déclaration de cessation de paiement et voir si c’est après un redressement judiciaire ou autre chose », y ajoute-t-il, pointant de son côté un manque d’accompagnement et de communication avec la DGAC.
Si elle ne cache pas les difficultés rencontrées par l’entreprise, la direction continue toutefois d’y croire, mettant en avant le soutien de ses clients et la mobilisation de ses 138 salariés. « La Collectivité de Saint-Martin, actionnaire majoritaire, continue de soutenir la stratégie de reconstruction et de développement de la compagnie », affirmait le dernier communiqué de presse envoyé par la compagnie le 8 décembre dernier, évoquant un renforcement de la direction. « La décision administrative […] ne remet nullement en cause le plan de développement d’Air Antilles, ni les investissements engagés pour renforcer la continuité territoriale », y était-il alors précisé. Contactés, les services de communication de la compagnie n’ont pour l’instant pas redonné suite.
Un soutien public questionné
Sur le terrain, les langues sont un peu plus déliées. Plusieurs acteurs interrogés à Saint-Martin par L’Écho touristique pointent le décalage entre les moyens financiers mobilisés par la Collectivité de Saint-Martin, à hauteur de plusieurs millions d’euros, et les résultats obtenus. En octobre dernier, la Collectivité de Saint-Martin avait approuvé un nouveau prêt de trois millions d’euros à la compagnie dont elle est actionnaire à hauteur de 60%.
« Des millions d’euros ont été injectés dans la compagnie, alors que le territoire a toujours d’autres priorités », glisse la responsable d’un tour-opérateur antillais, évoquant les besoins de reconstruction toujours présents depuis le passage de l’ouragan Irma en 2017. « Soutenir une relance de compagnie alors que le marché aérien est déjà si concurrentiel dans les Antilles, c’est à haut risque… », ajoute un directeur d’hôtel saint-martinois.
En attendant, son audience devant le tribunal de commerce cette semaine, l’avenir de la compagnie ne devra pas tarder à s’éclaircir. Sa licence d’exploitation actuellement suspendue arrivera en l’état actuel des choses à expiration le 31 janvier 2026.