Atterrissage forcé pour Air Horizons
La compagnie charter a déposé son bilan en début de semaine. La décision du tribunal de commerce n’était pas connue au moment de notre bouclage. Mais selon toute vraisemblance, Air Horizons devait être placée en redressement judiciaire.
Après Air Lib, Aéris et Air Littoral et son prédécesseur Euralair, c’est au tour d’Air Horizons, propriété de l’homme d’affaires franco-égyptien Raymond Lakah, d’entrer dans la tourmente des déboires judiciaires. Après bien des hésitations et des atermoiements, la compagnie charter a officiellement déposé son bilan auprès du tribunal de commerce de Bobigny en début de semaine, plombée par une dette d’au moins 20 ME, selon les chiffres disponibles au registre du commerce. Depuis le début 2005, les pertes dépasseraient déjà 10 ME. Le tribunal devait statuer le 16 novembre, avec à la clé la mise en redressement judiciaire de la compagnie, assortie d’une période d’observation de quelques mois, afin d’évaluer sa situation. Air Horizons emploie 267 personnes et possède une flotte de cinq Boeing 737 et trois Boeing 757.
Déboires en cascade
La situation a empiré ces dernières semaines, lorsque le transporteur a sollicité auprès du tribunal la nomination d’un administrateur judiciaire ad hoc pour renégocier ses dettes auprès des créanciers. Cette décision était censée éviter le dépôt de bilan, en mettant en place une sorte de médiation. A l’époque, la direction d’Air Horizons justifiait cette démarche par des charges financières exceptionnelles, du fait de l’arrivée tardive de trois Boeing 757 dans sa flotte en juin, au début de la haute saison. Les pilotes avaient dû suivre des formations qui avaient occasionné un déficit d’effectifs. Pour assurer son programme, Air Horizons avait dû recourir à des sous-affrètements coûteux auprès de Star Airlines (également rachetée par Angel Gate, la holding de Raymond Lakah) mais aussi Corsair et Eagle Aviation.
Les déboires financiers de la compagnie se sont encore aggravés fin octobre, avec une décision du tribunal de commerce de Casablanca, ordonnant une saisie conservatoire sur les avions opérant les vols vers le Maroc, suite au non paiement de prestations de services sur les aéroports marocains. Air Horizons avait lancé en juillet 2004 des lignes régulières au départ de Beauvais vers Casablanca et Rabat commercialisées par le voyagiste Safar Tours, autre société rachetée par Raymond Lakah et spécialiste des vols dégriffés vers le royaume chérifien. Elle avait transféré ces lignes vers Roissy CDG, tout en développant de nouvelles dessertes vers Agadir, Marrakech, Fès, Tanger, Essaouira, Ouarzazate et Oujda.
Suite à ces multiples difficultés, le Conseil Supérieur de l’aviation marchande (CSAM) s’était réuni le 9 novembre pour réexaminer la licence d’exploitation de la compagnie. En effet, depuis le 30 septembre 2005, une nouvelle législation impose que les transporteurs aériens titulaires d’une licence […] doivent être en mesure d’apporter la preuve que leurs fonds propres sont positifs. A défaut, la licence peut être suspendue ou retirée par l’autorité compétente. Sa validité peut aussi être limitée en cas de problèmes financiers, ou pendant la période de restructuration financière du transporteur, à condition que la sécurité ne soit pas mise en péril. Une solution transitoire avait été trouvée avec la reconduction temporaire de la licence d’Air Horizons jusqu’au 15 janvier, avant l’annonce du dépôt de bilan.
Clarifier la situation
Reste à savoir si la compagnie va pouvoir maintenir une activité suffisante pour se maintenir à flots. Car ce qui se dessine ressemble à un transfert des contrats d’Air Horizons vers Star Airlines. Safar Tours aurait déjà pris contact avec l’autre transporteur de Raymond Lakah pour qu’elle reprenne les vols opérés par Air Horizons vers le Maroc. Un bémol : Star Airlines n’a pas de droits de trafic réguliers vers le royaume chérifien. Cette éventuelle reprise d’une partie des activités d’Air Horizons par Star Airlines, en bonne santé financière, explique peut-être pourquoi Raymond Lakah a souhaité conserver une étanchéité entre les deux transporteurs. En tout état de cause, si les tour-opérateurs veulent changer leur fusil d’épaule, ils seront obligés de recourir à d’autres transporteurs (Aigle Azur, Air Méditerranée, Axis Airways…) car la flotte de Star Airlines (4 Airbus A320, 2 Airbus A330 et 1 Airbus A310) n’est pas extensible à l’infini.
Du côté de Go Voyages, qui réalise 85 % de ses affrètements chez Air Horizons et vient de prolonger jusqu’au 31 mars 2010 un contrat de location portant sur deux Boeing 737, on joue la sérénité. La solution du redressement judiciaire a le mérite de clarifier la situation, alors que nous étions un peu dans le flou avant le dépôt de bilan. Cela n’expose plus la compagnie à des saisies exigées par les fournisseurs, précise Nicolas Brumelot, directeur général de Go Voyages. Compte tenu des procédures à respecter vis-à-vis de l’administrateur judiciaire, nous continuons normalement nos affrètements pendant le redressement judiciaire. Nous avons pris néanmoins contact avec d’autres transporteurs, pour nous prémunir à l’avenir contre une éventuelle liquidation. Nous nous devons d’avoir un plan B, ajoute-t-il.
Chez les autres affréteurs importants, l’heure est à la prudence. Fram précise que le contrat de location sur le dernier B737 d’Air Horizons (qui dessert le Maroc, le Sénégal et l’Egypte cet hiver) arrive à expiration en mars 2006 et ne sera de toute façon pas reconduit.
Un moral au plus bas
Chez Etapes Nouvelles, on se veut aussi serein. Nous avons signé un contrat d’affrètement avec Star Airlines vers le Maroc pour sept rotations par semaine entre Paris et Marrakech. Vers l’Egypte, nous sommes sur un programme de huit rotations hebdomadaires, avec Star Airlines qui sous-affrète un vol chez Air Horizons. En cas de coup dur, Star Airlines trouvera une solution, assure Florian Vighier, directeur d’exploitation chez Etapes Nouvelles.
En tout état de cause, le moral des salariés d’Air Horizons est au plus bas. Contactée, la directrice générale, Fabienne Barrouiller, n’a pas souhaité s’exprimer. Par ailleurs, cette énième défaillance d’un transporteur français resserre un peu plus un marché déjà sous tension, depuis le repli des TO vers les compagnies hexagonales, suite aux crashs de l’été. L’offre se raréfie, et risque de pousser tôt ou tard les voyagistes à se tourner à nouveau vers des transporteurs étrangers.
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