A quand des prix TTC ?
Les voyagistes sont prêts à communiquer leurs prix toutes taxes comprises. Mais le passage à l’acte se fera par un consensus dans la profession. Et sans doute, aussi, par des négociations avec les compagnies aériennes, alors que la surcharge carburant complique la donne.
Voilà trois ans, TUI débarquait en France, avec des arguments de vente inédits. Le TO ouvrait le bal de la tarification toutes taxes comprises (TTC) appliquée aux séjours. Mi-septembre 2006, les agences en ligne Voyages-sncf.com et Expedia, mais aussi le TO Voyageurs du Monde (VDM) et le comparateur Kelkoo lui ont emboîté le pas. Histoire de communiquer d’emblée au client le montant final de la facture. Cette décision participe de notre volonté de transparence, pour accroître la confiance des internautes, explique Alex Zivoder, DG d’Expedia France.
Ce fut un joli coup de pub, assorti toutefois d’un risque commercial. Suite au passage à l’affichage TTC, l’augmentation du prix des séjours a oscillé entre 18 % et 25 %, selon les destinations. L’agence en ligne redoutait une baisse des réservations. VDM nourrissait la même appréhension. Le plus délicat fut de convaincre nos équipes, qui craignaient une déperdition de clients au profit des concurrents, indique le PDG Jean-François Rial. Mais le client n’est pas dupe, il calcule et compare les prix TTC. L’affichage en hors taxe nuit, in fine, à l’image du professionnel.
Prêts à relever le défi
La casse a finalement été limitée : aucun impact selon Voyages-sncf.com, alors que les ventes ont fléchi pendant 24 heures pour VDM, et pendant 15 jours pour Expedia. Nous aimerions que désormais, toute la profession fasse le choix du TTC, ajoute Jean-François Rial. La pratique est déjà fréquente dans les campagnes d’affichage des TO, sur un produit ponctuel. La vraie difficulté concerne les brochures et les sites Web, relève Emmanuel Foiry, le PDG de Kuoni. Il espère bien relever le défi, tout comme Marmara. Nous fournissons déjà des prix TTC à certains distributeurs comme Expedia, souligne Hervé Vighier, PDG du groupe. Nous sommes extrêmement favorables à cette évolution. Le client la demande.
Le législateur aussi, en vertu de l’arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l’information du consommateur, et également du code de la consommation (L113-3, alinéa 1). La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui est en droit d’infliger des amendes aux contrevenants, a récemment remis la pression sur les voyagistes (lire l’avis de l’expert). Le message est en train de passer. Nos brochures seront en TTC l’an prochain, pour peu que nous parvenions à un accord au sein de l’Association de tour-opérateurs/Ceto. Il faut que la décision soit prise collectivement par les TO, sinon, elle le sera par décret, ajoute Hervé Vighier. En réalité, c’est le Snav qui s’est assis à la table des négociations. René-Marc Chikli, président du Ceto, soutient le syndicat : Nous sommes en phase avec la démarche du Snav. Sur le principe, les TO sont favorables au TTC, à condition que quelques points soient éclaircis.
Le kérosène grippe la machine
Première zone d’ombre : les modalités d’application, notamment en termes de délais. Les brochures de l’été 2007 sont souvent déjà en cours d’élaboration. Il faudra donc attendre les productions de l’hiver 2007/2008, dans le meilleur cas. Autre complication : la surcharge liée au kérosène. Nous ne savons pas faire du vrai TTC, c’est-à-dire incluant aussi la surcharge carburant, poursuit René-Marc Chikli. Cette surcharge devrait d’ailleurs être un élément intégré dans le prix des billets d’avion, dans l’intérêt du client (ce qui n’est pas à l’ordre du jour chez Air France). Emmanuel Foiry est du même avis, tout comme Jean-François Rial : Quand le coût de l’engrais augmente, les poireaux achetés chez l’épicier sont exempts d’une surcharge engrais ! Nous dénonçons ce scandale de la surcharge carburant, et l’usine à gaz qu’elle engendre.
L’aérien pose un autre souci : Il faudrait que les compagnies nous transmettent leurs tarifs en TTC, notamment via les GDS, martèle Emmanuel Foiry. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, pour aucune d’entre elles. Air France, qui communique pourtant sur son site en aller simple tout compris (taxes et frais de service inclus), confirme : Il nous est impossible de transmettre aux voyagistes des prix en TTC très en amont, dans la mesure où les taxes fluctuent chaque jour.
Le mouvement est enclenché
Nous construisons beaucoup de programmes à la carte, sur des vols réguliers, c’est un problème. Malgré tout, nous passerons sans doute en affichage TTC l’hiver prochain dans nos brochures diffusées en septembre 2007, poursuit Emmanuel Foiry.
Il évoque une autre difficulté : le calcul automatique de la commission. Une fois le TTC en pratique, les systèmes informatiques devront être assez fins pour isoler le HT et calculer la rétribution des agences sur cette base. Costa France a réglé la question : Nous avons toujours inclus les taxes aériennes et maritimes, qui sont commissionnées, explique son PDG Georges Azouze. Seule la taxe carburant de 10 E était ajoutée en 2006, mais elle a été intégrée dans nos tarifs pour 2007. Même politique chez TUI France, qui commissionne sur un prix TTC. Pour le patron de Costa, comme pour bon nombre de TO, les prix TTC vont se développer dans la profession. D’autant que les associations de consommateurs militent en ce sens. Mais d’aucuns attendent une décision collective. Je ne vois pas l’intérêt pour nous d’inclure les taxes, qui représentent une part marginale du prix d’un voyage long-courrier. C’est autrement plus pertinent pour une compagnie low cost. Mais si toute la profession ou le législateur décide de passer au TTC, nous suivrons le mouvement, estime Jean-Pascal Siméon, PDG de Switch.
Ce qui constituera un exercice plus ou moins ardu sur le plan technique, selon les producteurs et les destinations (vols charters ou réguliers). Les marges des TO devraient être calculées en fonction des fluctuations éventuelles des différentes taxes (et de la surcharge carburant), pour que le montant global de la facture reste inchangé, et conforme à la promesse catalogue. Le mouvement est de toute façon enclenché. La DGCCRF veillera de plus en plus au grain.
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