500 emplois menacés
Thomas Cook vient d’annoncer au moins 200 suppressions d’emplois et Carlson Wagonlit Travel prépare un plan de restructuration. Désormais, chaque point de vente doit être rentable…
Les réseaux intégrés broient du noir. Premier à officialiser ce que tout le monde supputait depuis plusieurs semaines, Thomas Cook France a annoncé le 20 octobre la suppression de 10 % de ses effectifs, et la fermeture des agences non rentables. Carlson Wagonlit Travel (CWT) devrait lui emboîter le pas en novembre, pour une cure d’austérité qui pourrait être plus sévère encore, en raison de la fusion en cours avec Protravel. Au total, ce sont 500 emplois qui seraient menacés dans la distribution, une première qui illustre tristement les difficultés actuelles.
Confronté à une baisse du volume d’affaires depuis 2001 et à une hausse des coûts fixes, le nouveau président du directoire de Thomas Cook, Roland Dumont du Voitel, entend remettre sur le chemin de la rentabilité un réseau qui a perdu 6,2 ME pour l’exercice 2003-2004. Pour ce professionnel du sauvetage des entreprises en difficulté (tel qu’il se présente sur son site www.amontis.com), le redressement passe par la suppression de 200 postes. Les points de vente non rentables sont clairement menacés. La liste n’est pas connue mais ils seraient une vingtaine, dont l’agence parisienne de l’Opéra (ex-Planète Havas Voyages), véritable porte-drapeau de l’enseigne, structurellement déficitaire avec ses 800 m2 de superficie et sa trentaine de salariés (pour 15 ME de volume d’affaires). Thomas Cook pourrait profiter de l’expiration prochaine du bail pour trouver un autre emplacement moins fastueux.
Thomas Cook veut donner la priorité aux franchisés
D’autres agences feront l’objet de relocalisations, de fusions voire de cessions, explique la direction. La priorité sera accordée désormais aux franchisés, qui ont permis au réseau de sauver les meubles cette année et ne risquent pas de détériorer ses résultats… Un nouveau contrat de franchise doit permettre d’en recruter une soixantaine par an.
Les 80 personnes de l’activité tour-operating moyen-courrier, basées au siège d’Aquatour (à Noyelles-sous-Lens) sont également sur la sellette. Elles seront relocalisées soit à Lille soit à Gand, où une fusion sera opérée avec les équipes de Thomas Cook Belgique. Enfin, des services du siège de Levallois-Perret, comme les plateformes de réservations par téléphone ou de relations clientèles, pourraient être externalisés. Cette dernière proposition passe mal auprès des salariés, car la politique du réseau consistait jusqu’à présent à développer ces services (avec l’ouverture d’un deuxième centre d’appels à Lyon notamment), pour augmenter la valeur ajoutée apportée aux clients.
S’il le faut, on ira jusqu’à la grève, menace un syndicat, et l’on tentera d’y associer nos collègues de Carlson Wagonlit Travel. Tout dépendra du prochain Comité central d’entre- prise (CCE), le 9 novembre. Plusieurs salariés interrogés en viennent même à espérer une sortie du giron de Thomas Cook. Un rachat par Fram aurait clairement leurs faveurs. Une hypothèse rejetée par Roland Dumont du Voitel qui, pour sa défense, souligne que ce plan s’inscrit dans la durée et qu’il peut être révisé positivement.
Attente angoissante pour les salariés de CWT
En l’absence d’informations précises, les salariés de Carlson Wagonlit Travel sont pour leur part plongés dans l’expectative et ont le moral au plus bas. On avance vers l’inconnu, avec des oeillères, observe un cadre qui s’étonne de la lenteur du processus de rapprochement avec Protravel. On se demande s’il y aura une place pour nous dans la future organisation. Des interrogations que l’on retrouve sur le terrain. On attend de savoir à quelle sauce nous serons mangés. Il y a d’autant plus d’inquiétude que notre métier va connaître de grands bouleversements en 2005 avec la fin des commissions, confie la directrice d’une agence à l’enseigne Frantour. Elle reconnaît néanmoins que cela commence à bouger. Les régions seront prochainement redécoupées afin d’équilibrer le nombre d’agences dans chacune.
Ce sentiment d’immobilisme, ressenti par beaucoup de salariés du groupe, pourrait provenir de la bataille en cours entre la direction et les syndicats. La commission de concertation et de rapprochement, qui réunissait des représentants des deux camps, a en effet montré ses limites. Et la CGT a réussi à faire invalider un accord d’Unité économique et social (UES) qui concernait la SEAVT (CWT France), Protravel et Frantour, sous prétexte qu’elle n’avait pas été invitée à la table des négociations. Des discussions sont désormais en cours pour installer un Comité central d’entre- prise. Les deux parties ont bon espoir d’aboutir le mois prochain. Les premières annonces de la direction concernant l’impact social de la fusion devraient alors suivre, inspirées des études commandées à des cabinets d’audit. A des coûts prohibitifs, tempêtent les syndicats.
Améliorer la rentabilité du réseau
Déjà, lors du comité d’entreprise du 21 octobre, il a été annoncé que les budgets voyages de certaines grandes entreprises seraient désormais traités par des plateaux d’affaires situés hors de France, dont celui de Varsovie. Cela concerne 45 postes à Paris et 15 à Strasbourg, assure Edouard Mougenot, délégué syndical CGT. A terme, des emplois sont également menacés dans les agences de proximité, pour faire disparaître les doublons entre Carlson Wagonlit Travel et Protravel, rapporte un autre salarié, qui s’inquiète par ailleurs de la place de plus en plus grande accordée aux hommes de Protravel dans les structures décisionnelles. C’est à se demander qui a racheté qui ? Une mainmise symbolisée par l’arrivée de Jean-Claude Tacnet au poste de directeur général du groupe.
Inscrivant lui aussi son projet dans la durée, avec 2007 en ligne de mire, il affirmait à Top Resa, en septembre dernier, que cette rationalisation serait menée dans une logique de développement, tout en rappelant la nécessité de faire des efforts de productivité pour améliorer la rentabilité du réseau. Sans donner plus de précisions sur le nombre d’agences menacées de fermeture et le nombre d’emplois concernés. Réponse dans quelques semaines, au CCE.
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