Vers des tarifs tout compris dans l’aérien ?
Depuis le 1er novembre, Emirates affiche des tarifs incluant la surcharge carburant. Ce coup d’éclat anticipe un projet de règlement européen, qui va bientôt imposer à toutes les compagnies aériennes de communiquer leurs tarifs en TTC.
Alors que le baril de pétrole a atteint en début de semaine le record de 93 dollars, frôlant la barre psychologique des 100 dollars, Emirates a décidé de sauter le pas. Fidèle à sa tradition de franc-tireur et de non alignée, la compagnie a annoncé qu’elle avait intégré sa surcharge carburant dans ses tarifs depuis le 1er novembre. Et l’a largement fait savoir en espérant en faire un argument marketing.
Cette décision va à l’encontre de la tradition selon laquelle, en France comme ailleurs, les compagnies étrangères n’anticipent jamais les éventuels mouvements du transporteur national. Les dépenses de carburant, qui représentent 29,1 % des coûts d’Emirates, font partie du transport et doivent être logiquement intégrées dans le prix public. C’est comme si un chauffeur de taxi faisait payer deux fois son client, une fois pour la course, une seconde pour l’essence !, explique Jean-Luc Grillet, DG France d’Emirates.
Les tarifs incluent donc un surcoût de 164 E pour un A-R Paris-Dubaï. Les 17 ME que rapporte chaque année la surcharge carburant à Emirates en France seront du même coup intégrés dans ses comptes hexagonaux (100 ME de chiffre d’affaires en 2006). Même si nous allons apparaître plus chers dans les GDS, nous proposons ainsi à nos clients une plus grande transparence. Nous n’anticipons d’ailleurs aucun trou d’air dans nos réservations, poursuit Jean-Luc Grillet. De fait, la compagnie affiche jusqu’à fin novembre un taux de remplissage de 93 % pour sa ligne au départ de Paris et anticipe d’excellentes réservations jusqu’en février.
Un processus complexe
L’intégration de la surcharge par Emirates fera-t-elle des émules ? Le problème est qu’il faut, à chaque changement de prix, recharger les tarifs dans les bases, ce qui est très complexe, explique Eric Didier, DG France de Qatar Airways. Du coup, la compagnie a trouvé un autre biais pour répondre à Emirates. Nous allons intégrer la surcharge dans nos tarifs publics, mais en continuant à la différencier pour pouvoir la faire varier facilement en fonction des variations du prix du baril, poursuit Eric Didier. Parallèlement, Qatar Airways a trouvé un système lui permettant d’afficher ses tarifs sans la surcharge dans les GDS, qui n’apparaîtra qu’au moment de la réservation. Le transporteur espère être prêt pour le 1er janvier.
Recharger les tarifs à chaque évolution du pétrole peut s’avérer compliqué. C’est pour cela que nous avons reçu des assurances de notre siège, afin que nos tarifs ne soient réévalués que tous les six mois, précise Jean-Luc Grillet, chez Emirates. Il est clair que la surcharge carburant est devenue un moyen pour les compagnies d’ajuster leurs tarifs, comme elles le font avec le yield management. Il est par exemple légitime de se demander pourquoi Air France a procédé à deux hausses de sa surcharge pendant la pleine saison estivale avec un prix du baril à 75 dollars, alors qu’elle ne l’a plus relevé ensuite, malgré un baril au-delà des 90 dollars, remarque ironiquement Jean-Luc Grillet.
Les variations d’Air France
La position d’Air France sur le sujet a pas mal fluctué. Il y a un an, Christian Boireau, DG en charge du commercial France, envisageait une intégration des premiers niveaux de la surcharge (qui, vu le prix du baril actuel, ne sont pas près de tomber). La situation est moins claire aujourd’hui. Outre le fait de mieux s’afficher dans les GDS, il y a un avantage à ne pas intégrer la surcharge. Elle n’est pas commissionnée et c’est plus intéressant sur le plan fiscal, explique Gilles Ringwald, DG France de Thaï Airways. Nous avons néanmoins réfléchi à l’intégrer au niveau mondial. Nous avons finalement abandonné car il était compliqué de le faire dans certains pays.
Thaï est aussi, comme nombre de ses consoeurs, tenue par le fait qu’elle a mis en place de nombreux partages de codes avec d’autres compagnies, qui bloquent l’éventuelle intégration des surcharges, sans un mouvement général.
Une loi dans les cartons
Emirates anticipe en réalité un projet de législation, déjà sur la table du Conseil des ministres européens des transports. Il vise à obliger les transporteurs aériens à communiquer sur des tarifs incluant les taxes et surcharges, explique Michel de Blust, secrétaire général de l’Ectaa (groupement des unions nationales et organisateurs de voyages de l’Union européenne). Cette législation ne devrait toutefois pas être prête avant le deuxième semestre 2008 pour une entrée en application en 2009. La surcharge est de plus en plus déconnectée de la politique de couverture pétrolière des compagnies, et les écarts qui peuvent exister chez les transporteurs sont importants. La situation est devenue malsaine. Les agences et leurs clients ont tout à gagner de disposer d’une offre tarifaire beaucoup plus claire dans le transport aérien, poursuit Michel de Blust.
Cette intégration des surcharges, et, au-delà, une communication des compagnies incluant toutes les taxes, est depuis longtemps une demande forte des TO et distributeurs. Il est indécent, alors même qu’une loi existe en France pour imposer des tarifs TTC, que la Direction générale de la concurrence ait autorisé les compagnies à sortir du prix le montant de leur surcharge. C’est une dérogation unique et j’espère que le modèle vertueux d’Emirates fera des émules, explique Jean Pierre Mas, président d’Afat Voyages. Les surcharges sur les billets aériens sont assimilées à une taxe, ce qui est mensonger puisqu’elles vont bel et bien dans les caisses des compagnies, poursuit-il.
Le sujet est d’autant plus sensible que si l’augmentation de la surcharge intervient moins de 30 jours avant le départ, un TO qui a vendu un billet dans le cadre d’un forfait ne peut plus répercuter la variation. Même chose pour les agences qui, exténuées par le travail que représente chaque changement de surcharge, préfèrent parfois en faire cadeau à leurs clients, quitte à rogner sur leur marge ! Pour autant, l’initiative d’Emirates est encore loin d’être partagée…
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