[Tribune] E-Arrival Cards : gain de temps à l’arrivée… ou prise de tête avant le départ ?
Les e-Arrival Cards incarnent le paradoxe du voyage moderne : voyager plus vite, mais pas forcément plus facilement. Explications dans cette tribune exclusive. C’est ce qu’explique Alexandre Demaille, co-dirigeant de RapideVisa, l’agence spécialisée dans l’obtention de visas et autorisations de voyages, dans une tribune pour L’Echo touristique.
Les cartes d’arrivée électroniques se généralisent dans le monde. Censées simplifier le passage des frontières, elles ajoutent aussi une étape contraignante avant de boucler sa valise. Les « E-Arrival Cards » sont-elles vraiment plus pratiques pour les voyageurs… ou surtout pour les destinations ?
La tendance s’accélère
Pendant longtemps, franchir les frontières de nombreux pays a nécessité de remplir au stylo une petite fiche papier, distribuée dans l’avion ou devant un guichet à l’arrivée. Numéro de passeport, numéro de vol, adresse du logement, objets à déclarer : la carte d’arrivée recueillait toutes ces informations.
Depuis peu, plusieurs destinations ont remplacé ce formulaire traditionnel par sa version numérique, la « e-Arrival Card ». Le principe est le suivant : transmettre les mêmes informations, mais en ligne – et surtout avant le voyage. En cas d’oubli, il reste parfois possible – pas toujours – d’effectuer la saisie à l’arrivée, sur son téléphone ou sur une borne, moyennant une attente après plusieurs heures de vol.
Après la République dominicaine, Cuba, Singapour ou le Cambodge, la tendance s’accélère en 2025 : Thaïlande, Inde, Laos, Indonésie, et plus récemment la Chine.
Réduire les files d’attente… ou juste digitaliser le suivi ?
Officiellement, ces cartes d’arrivée électroniques avant le départ visent à réduire le temps d’attente à l’aéroport d’arrivée. Une promesse séduisante. Avant tout, elles permettent aux autorités locales de traiter et suivre les données des voyageurs plus facilement, sans manipuler de papiers.
Dans un monde qui se digitalise, cette évolution est naturelle – et reste, pour l’instant, gratuite. Le document « e-Arrival Card » s’obtient instantanément, sans étude préalable par les autorités, contrairement à un e-Visa ou une autorisation de séjour. Mais si la promesse de gain de temps est belle, la réalité est plus fastidieuse…
Une nouvelle contrainte pour les voyageurs
Pour les voyageurs, cette formalité n’est pas toujours synonyme de simplicité. Ce qui était autrefois une simple fiche cartonnée devient une démarche en ligne à effectuer avant le départ, dans une fenêtre de temps très courte – parfois seulement deux jours avant l’arrivée. Et souvent, il faut naviguer sur un site internet peu intuitif, généralement en anglais.
Pour certains pays, comme l’Inde, le Cambodge ou l’Indonésie, l’E-Arrival Card vient même s’ajouter à une demande d’e-Visa, avec des informations parfois redondantes.
Résultat : ces nouvelles cartes d’arrivée électroniques complexifient les démarches des voyageurs, notamment ceux moins à l’aise avec l’anglais, l’administratif ou l’informatique.
Entre pages internet qui se chargent mal, documents à téléverser sous un format spécifique, questions imprécises et codes à recopier, la promesse de facilité se transforme en perte de temps – et parfois en stress avant même d’avoir bouclé sa valise.
Voyager plus facilement ?
Les formalités de voyage évoluent sans cesse. Leur dématérialisation s’inscrit dans une tendance mondiale. Depuis une dizaine d’années, les visas apposés sur passeport se transforment en e-Visas. Si cette digitalisation permet plus de fluidité pour les autorités, elle peut créer de nouvelles barrières pour certains voyageurs, et même augmenter les risques d’erreur.
Les e-Arrival Cards incarnent ainsi le paradoxe du voyage moderne : voyager plus vite, mais pas forcément plus facilement.
Reste à savoir si ces e-Arrival Cards seront bientôt intégrées aux e-Visas, comme l’ont fait les Seychelles en fusionnant leurs formalités dans une autorisation de voyage unique. Ou si elles continueront, au contraire, à multiplier les champs à remplir avant le départ. »
Alexandre Demaille, co-dirigeant de RapideVisa
