Quand Bordeaux met de la Garonne dans son vin
Berges de la Garonne, Spa, croisières girondines : le tourisme bordelais quitte – un peu – l’accroche du vin et la cité des Chartrons pointe le nez hors du loden. Une magnifique bonification.
S’il est une entité pour laquelle le classement au patrimoine mondial a tapé dans le mille, c’est bien Bordeaux. « Dès la première année, le nombre de touristes a augmenté de 20 à 25 %, faisant de 2008 une année record, s’enthousiasme le directeur de l’office de tourisme, Jean-Daniel Terrassin. Cela dit, l’argument Unesco joue beaucoup chez les Asiatiques et peu chez les Américains. » Quoi qu’il en soit, la fréquentation cingle vers les 3 millions de touristes, au rythme de progressions à deux chiffres, mais le classement tardif – huit ans après la petite voisine Saint-Émilion ! – d’un patrimoine du XVIIIe siècle sans égal, est moins un but qu’un signe. C’était une étape dans un processus lancé avec les rénovations de 1995 et, surtout, le choc de 1998, quand les 770 000 Bordelais ont pris possession des quais pour suivre sur écrans géants la Coupe du monde de football et participer à la première Fête du Vin. Depuis, la réappropriation a suivi son cours : aménagement de la promenade des berges, construction de Cap Sciences – petit cousin de la Cité des sciences -, récupération des « hangars » du Quai de Bacalan, bientôt, des « bassins à flots » jadis destinés au radoub. Collant au rythme, la ville prend un coup de jeune avec le Vécub, le Vélib’ bordelais, le tramway et son corollaire, les rues piétonnières étendues au centre chaque premier dimanche du mois.
L’ACCROCHE NÉCESSAIRE
Les décapages ont libéré la belle pierre blonde à mascarons, tandis que boutiques de créa et restaurants fusion poussent vers la sortie échoppes provinciales et brasseries à loden. Même l’interminable stagnation hôtelière a pris fin : l’hôtel Burdigala a été le premier de France classé 5* ; le très branché Mama Shelter achève son installation ; comme un film à succès, l’igloo de l’hôtel Seeko a poussé à lancer un Seeko II. Sur cette lancée, Bordeaux qui – le croira-t-on ? -n’avait pas de Spa, s’en offre un de 1 000 m2. Et où ? Sur le toit du Régent, l’établissement le moins avant-gardiste de la ville. C’est juste pour patienter : en 2012, un colossal complexe thermoludique – le « Guggenheim du bien-être », comme on dit ici -, un projet à 100 ME, ouvrira ses portes.
Devenue plus ouverte, la vieille cité des Chartrons peut se vendre. Sur le marché européen grâce aux journalistes, habilement invités à découvrir son nouveau visage, et dans des salons professionnels sur les marchés d’Amérique et d’Asie. Du coup, Bordeaux s’installe dans le top 3 pour la notoriété, derrière Paris et à égalité avec Nice. Mais ces merveilles, qui ont changé en dix ans la réputation coincée de la métropole aquitaine, sont peu relayées par les voyagistes. Face à une clientèle de couples à 90 % individuelle, la force de vente de la capitale girondine reste sa vingtaine de réceptifs, qui vendent leurs forfaits par Internet, mais aussi auprès de réseaux d’agences ou d’autocaristes.
Dans 55 % des cas, le touriste vient à Bordeaux pour l’aura du vin, qui fait pencher la balance devant sa seule concurrente, Lyon, la gastronomique. Cela signifie que le visiteur reste peu en ville et roule vite vers le vignoble. À telle enseigne que l’office de tourisme, à l’encontre de la législation, est autorisé à commercialiser des visites de châteaux situés hors des frontières municipales. Bordeaux, tout comme le département, souffre donc des inconvénients de son atout : l’association, quand ce n’est pas la confusion, de « Bordeaux », la ville, avec « bordeaux », le vin, appauvrit l’offre locale, occultant le potentiel du golf ou du cyclotourisme, du patrimoine historique et forestier. « À l’étranger, tempère Jean-Daniel Terrassin, l’association Bordeaux-bordeaux wine reste l’accroche nécessaire pour attirer sur le stand, ouvrir la porte et laisser entrevoir la belle ville XVIIIe et classée. » Du reste, les mentalités évoluent. « La seule croisière thématique qui marche mal, c’est précisément celle axée sur le vin ! » avoue-t-on chez Croisirhin, qui vient de lancer son MS Princesse d’Aquitaine (69 cabines) sur l’estuaire de la Gironde. En tout cas, Bordeaux lorgne la clientèle week-end : l’ouverture d’une aérogare aux compagnies low cost accélère le mouvement. En attendant, dès 2016, d’être à deux heures de Paris au lieu de trois actuellement.
La fréquentation de la capitale girondine cingle vers les 3 millions de touristes