Michelle Kunegel : « Il y a un réel regain d’intérêt pour le métier d’agent de voyages »
Lors de la convention des Entreprises du Voyage Grand Est en Istrie, la présidente Michelle Kunegel fait le point dans cet entretien sur les grands dossiers du moment.
L’Echo touristique : Quelle place occupent les agences de voyages au sein des EdV dans la région Grand Est ?
Michelle Kunegel : Nous avons environ 75 sièges sociaux, soit 185 sites avec les succursales. C’est un chiffre relativement stable malgré quelques nouvelles adhésions chaque année. Il y a d’ailleurs trois ou quatre agences qui nous ont récemment rejoints.
Certains réseaux, moins présents ces dernières années, reviennent grâce à la dynamique actuelle et à la qualité du contenu de nos conventions qui stimulent l’émulation et l’énergie collective.
Quelles sont les spécificités de la région Grand Est ?
Michelle Kunegel : Le Grand Est compte de petits réseaux très actifs, souvent issus de l’autocarisme. Des acteurs comme Josy, Prêt à Partir ou LK Tours incarnent ce dynamisme.
Une des particularités de notre région est sa position au cœur de l’Europe. C’est à la fois un atout et un défi. À seulement quelques dizaines de minutes, nous avons nos confrères allemands, luxembourgeois, belges ou suisses, qui proposent eux aussi leurs offres. Cette proximité européenne nous oblige à nous réinventer en permanence et à aller chercher des offres au-delà des frontières françaises.
La concurrence européenne représente une réalité quotidienne. Si nous n’y répondons pas, nos clients peuvent facilement se tourner vers des alternatives de l’autre côté du Rhin. Pour rester compétitifs, nous devons pouvoir proposer une offre comparable, voire complémentaire, en intégrant également des produits provenant des voyagistes européens. Cette adaptabilité constante est, selon moi, une spécificité clé du Grand Est.
Votre mandat de présidente court jusqu’à l’automne 2026. Qu’est-ce qui motive votre engagement ?
Michelle Kunegel : C’est mon deuxième mandat, de trois ans chacun. Ce n’est pas tant moi qui compte mais les EdV. Je m’investis pour dynamiser le Grand Est et créer des synergies entre les acteurs du tourisme.
Diriger LK Tours me permet d’accéder à des expertises et à des intervenants variés. J’ai envie de partager ces opportunités avec mes confrères du Grand Est. C’est tout le sens de mon rôle aujourd’hui.
Pendant la crise du Covid, j’ai cofondé avec des confrères de Champagne et de Lorraine le Club Croissance Tourisme Grand Est. Il rassemble aujourd’hui 200 membres et fonctionne comme un laboratoire de réflexion sur la stratégie touristique régionale. Nicolas François, de l’ART Grand Est, y accompagne déjà les acteurs sur le digital et l’intelligence artificielle. N’étant pas influencé par nos habitudes professionnelles, je me suis dit qu’il pouvait nous aider à ouvrir de nouvelles perspectives en intervenant lors de notre convention cette année.
L’intelligence artificielle est d’ailleurs un thème majeur de la convention cette année. Comment les agences peuvent-elles l’intégrer ?
Michelle Kunegel : L’an dernier, nous avions commencé à aborder le sujet avec Marie Allantaz (experte en tourisme et animatrice de la convention, NDLR). Sur une cinquantaine de participants, la moitié n’avait encore jamais utilisé l’IA.
Mon rôle de présidente est clair. Il est de dire, si vous ne prenez pas ce virage, même modestement, vous risquez de ne plus exister dans trois à cinq ans. Il faut d’abord écouter, puis réfléchir. Aujourd’hui, les mentalités ont changé, et l’IA n’est plus perçue comme un danger.
L’intelligence artificielle ne remplacera pas le métier d’agent de voyages, mais elle enrichit l’expérience client et automatise certaines tâches répétitives. Notre mission est d’ouvrir des portes, de montrer les possibilités et de laisser chaque agence décider de son rythme et de sa stratégie. À chacun ensuite de choisir comment l’intégrer dans son activité.
Vous encouragez aussi sur la promotion et la vente de la France en agence ?
Michelle Kunegel : Avec Patricia Linot, nous coprésidons le Conseil du voyage en France au sein des EdV. Vendre la France, c’est une vraie opportunité. C’est proposer des courts séjours ou des escapades de proximité. Nous disposons aujourd’hui de l’outil Ty-Win qui met en relation agences réceptives et agences de voyages. Il sera bientôt intégré à Orchestra. D’autres acteurs comme Leclerc Voyages s’y intéressent également.
Pour proposer la France efficacement, les distributeurs doivent être formés à la connaissance des destinations. Cela reste un complément d’activité, mais il ne faut pas le négliger. Le client dit souvent « inspirez-moi », et l’agence capable d’éveiller cette envie conserve sa clientèle. À nous de mieux former les distributeurs à la connaissance de la France.
Le métier attire-t-il encore les jeunes ? Comment les former ?
Michelle Kunegel : Oui, il y a un réel regain d’intérêt pour le métier d’agent de voyages. En Alsace, des sections de BTS Tourisme ont rouvert, notamment dans une école privée à Colmar. Nous proposons aux jeunes des immersions en entreprise afin de leur faire découvrir la réalité du métier.
L’Ecole des Professionnels du Tourisme prévoit également une étude d’intention pour sonder les besoins en formation. L’objectif à terme consiste à lancer prochainement une section dans l’Est. Autant de signes qui montrent que le secteur attire. Des jeunes, pas forcément issus d’un cursus classique de BTS, s’intéressent au tourisme, notamment grâce à la dimension responsable et durable du métier.
Il faut rendre le métier stimulant et valorisant pour attirer et retenir ces jeunes. Ces profils recherchent des missions claires et réalisables, avec des objectifs à court ou moyen terme qu’ils peuvent concrétiser avant de relever de nouveaux défis. De notre côté, nous devons aussi adapter nos méthodes de management pour conserver leur motivation.
Pour terminer, un mot sur cette convention en Istrie. Pourquoi cette destination ?
Michelle Kunegel : La Croatie est un pays de cœur, pour des raisons à la fois personnelles et professionnelles. Je me suis dit qu’au cours de ma mandature de présidente, il fallait au moins une fois que nous découvrions la destination. Bien sûr, beaucoup connaissent déjà Split ou Dubrovnik, des destinations magnifiques, mais nous avons voulu vous faire découvrir une Croatie plus intimiste et authentique, avec l’Istrie.
Cette année encore, nous avons souhaité que la convention soit un laboratoire d’idées, de bonnes pratiques et de partage, un lieu pour réfléchir ensemble aux solutions adaptées à un métier en pleine évolution. Ces rencontres sont essentielles pour échanger des expériences et inspirer de nouvelles initiatives. Notre objectif est clair : créer des synergies, préparer l’avenir du tourisme et valoriser notre région ainsi que notre savoir-faire.
