L’Hôtel du Lac, figure mythique de l’hôtellerie tunisienne, va être détruit
Icône de l’architecture brutaliste, l’Hôtel du Lac avait fermé ses portes en 2000. Il devrait être remplacé par un centre commercial et un hôtel de luxe.
L’Hôtel du Lac est, selon l’architecte Adnen El Ghali, « l’un des dix chefs-d’œuvre au monde du brutalisme », mouvement architectural des années 1950 à 1970. Ouvert en 1973, il était l’un des lieux emblématiques de Tunis. La légende dit même qu’il aurait inspiré George Lucas pour un vaisseau de Star Wars.
L’hôtel avait été commandé en 1973 par le premier président tunisien Habib Bourguiba, lors de l’essor du tourisme dans le pays. Imaginé par l’architecte italien Raffale Contigiani, il est caractérisé par sa forme de pyramide inversée. Il avait accueilli dans ses 416 chambres, lors de son apogée, nombre de célébrités et d’évènements culturels.
Mais L’Hôtel du Lac est en passe d’être démoli. Fermé depuis 2000 pour des problèmes d’héritage et de mauvaise gestion, il était resté à l’abandon. En 2010, il avait été racheté par le fonds public libyen Lafico. Selon son directeur, Hadi Alfitory, cité par l’AFP, « le bâtiment est une ruine et doit être démoli ».
Centre commercial et hôtel de luxe
Le Lafico envisage la création d’un centre commercial et d’un hôtel de luxe de 20 étages, pour 150 millions de dollars. Et promet de garder « le même concept que l’ancien bâtiment ».
Mais les associations de préservations – et les citoyens – montent au créneau. La société civile refuse que l’édifice disparaisse. A la mi-août, alors que de premières rumeurs de démolition commençaient à circuler, l’Association de Sauvegarde de la Médina de Tunis avait exprimé sa « vive inquiétude », selon le média tunisien La Presse.
« Investir et moderniser ne veut pas dire démolir et raser sans se soucier de la mémoire collective et de l’héritage architectural », s’est inquiétée Amel Meddeb, députée et architecte, auprès de l’AFP.
Le bâtiment avait déjà échappé à la démolition en 2010, puis en 2022, sauvé par une campagne de la société civile. La mobilisation avait poussé le ministère de la Culture à le placer sous protection provisoire. Une mesure qui a toutefois expiré en avril 2023. Malgré le dépôt d’une expertise prouvant que le bâtiment peut être restauré, le ministère a refusé de lui accorder une protection définitive.
« Témoin d’une époque très importante »
Pourtant, lors de réunions entre les autorités, les architectes et le Lafico, « une proposition très intéressante avait été discutée en septembre 2024 prévoyant une extension en gardant la structure originelle », assure madame Meddeb. La députée avait, en août, annoncé l’organisation d’une manifestation pacifique pour lutter contre la démolition de l’édifice.
« Il faut faire preuve de vision. Ces bâtiments, qui ont 50 ans et en auront bientôt 60 ou 100, sont les témoins d’une époque très importante », rappelle Gabriele Neri, historien de l’architecture au Polytechnique de Turin. Selon lui, l’Hôtel du Lac est « le principal symbole en Tunisie du contexte géopolitique des indépendances africaines ». Il est témoin d’une époque durant laquelle les politiciens cherchaient à « se donner une nouvelle image, moderne et ouverte à l’international ».
Pour l’expert, avec la vogue du « brutalisme », objet de « films comme The Brutalist, de documentaires ou guides », « l’Hôtel du Lac pourrait devenir une attraction pour un tourisme culturel de haut niveau ».
Retour des touristes britanniques en Tunisie
Dix ans après l’attentat du 26 juin 2015 sur une plage de Sousse (140 km au sud de Tunis) – 38 morts dont 30 Britanniques, quelques mois après les 21 victimes du Bardo – la Tunisie enregistre le retour des vacanciers européens. Les mesures sécuritaires renforcées ont conduit Londres à assouplir ses recommandations. Quelque 400 000 touristes britanniques sont attendus en 2025. Un niveau proche d’avant 2015. Au sein de l’hôtellerie, le marché anglais progresse de 48% à fin juin.
Au total, les arrivées étrangères ont bondi d’environ 10% au 20 juillet 2025, pour atteindre près de 5,3 millions d’entrées. L’Office du tourisme vise un record de 11 millions de visiteurs sur l’année. Pilier de l’économie, le secteur génère environ 700 000 emplois directs. Mais la reprise reste inégale : 70% de la fréquentation relève encore du tourisme de masse. Les artisans se plaignent de dépenses concentrées dans les hôtels en formule tout-inclus.
