Les voyagistes jouent la transparence
Alors que la labellisation des compagnies charters devrait entrer en vigueur en 2005, les principaux affréteurs ont anticipé la création de la fameuse liste bleue. Dès cet hiver, ils communiquent largement en brochures le nom de leurs partenaires aériens.
Il aura fallu la catastrophe de Sharm el-Sheikh, accident inédit dans l’histoire du tourisme français, pour que les voyagistes acceptent enfin de jouer la carte de la transparence pour la programmation des vols charters dans leurs brochures. Une nouvelle qui arrive à point nommé, alors que se réunira le mois prochain le groupe de travail présidé par le directeur du tourisme, Bruno Faréniaux. Il aura pour mission de préciser les modalités du label qualité des compagnies aériennes qui doit voir le jour courant 2005 (voir encadré page suivante).
Nombreux sont donc les tour-opérateurs à avoir consacré, dans leurs nouveaux catalogues, une page voire deux, à leurs plans de vol, recensant pour chaque pays programmé le nom des compagnies régulières et charters avec lesquelles ils travaillent. De quoi faciliter le travail des agents de voyages, qui doivent souvent rassurer leurs clients.
Kuoni référence désormais dans chacune de ses brochures et pour chaque destination le nom de la compagnie retenue. Nous consacrons également au début de chaque catalogue une page aux transporteurs aériens avec lesquels nous travaillons, dans laquelle nous donnons des explications sur certains points techniques comme le partage de code, ainsi que le détail de nos tarifs, explique Ronan Bois, directeur transports du TO.
Un véritable souci de meilleure lisibilité
Même souci de transparence chez Jet tours, dont les brochures hiver 2004-2005 proposent un tableau listant les compagnies utilisées pour chaque pays. Look Voyages fait pour sa part figurer le nom du transporteur, adossé à son logo, en tête de chaque pays, en plus d’un tableau récapitulatif. Vacances Transat, quant à lui, a fait le choix de reporter au- dessus de chaque grille de tarifs le logo du transporteur. Fram pousse la précision jusqu’à faire apparaître systématiquement la nationalité de la compagnie utilisée. Enfin, Etapes Nouvelles communique pour chaque destination le nom du transporteur. Mais rien de nouveau pour le voyagiste qui, fort de ses accords spécifiques avec une poignée de compagnies, donnait déjà ces informations depuis plusieurs années.
Certains voyagistes ont cependant encore des efforts à faire. A l’image du Club Méditerranée, qui consacre deux pages à l’aérien sans pour autant dresser une liste exhaustive des compagnies avec lesquelles il travaille. Ou encore de TUI qui, à l’exception d’une page consacrée à Corsair et d’un inventaire à la Prévert des compagnies partenaires, ne distille aucune information par pays. A noter aussi que pour certaines destinations comme l’Egypte, les affréteurs prennent toujours leurs précautions en précisant qu’ils se réservent le droit de proposer d’autres transporteurs aériens réguliers ou non réguliers. Une manière d’éviter d’éventuels litiges avec des clients tatillons.
Pour autant, le souci d’une meilleure lisibilité est bien présent chez un grand nombre de TO, tout comme celui de la sécurité. La liste bleue va avoir pour effet d’assainir largement l’activité charter en France. On ne verra plus en France de compagnies exotiques, se réjouit Christophe Viéville, responsable des transports chez Go Voyages. Pour l’hiver, le voyagiste réalise la quasi-totalité de son programme d’affrètements avec deux appareils d’Air Horizons (ex-Euralair), complétés par Nouvelair vers la Tunisie. Dans le cadre des synergies avec Accor, nous devons obéir à un cahier des charges très strict concernant la sécurité. Nous incitons donc nos clients co-affréteurs à recourir à des compagnies charters issues d’une liste exhaustive, poursuit Christophe Viéville.
Ce que l’accident de Sharm el-Sheikh a changé
Un vent nouveau semble donc souffler, et notoirement vers l’Egypte, où les voyagistes ont presque tous recours au consolidateur Air Masters. Depuis le crash de Flash Airlines, nous travaillons à 80 % avec des compagnies françaises, alors que le rapport était auparavant de 60/40 en faveur des compagnies égyptiennes, précise Ans Westerhoven, gérante d’Air Masters. Et les transporteurs locaux que nous affrétons, AMC, Air Memphis et Midwest, ont tous fait l’objet d’audits très poussés réalisés par Air France. Parallèlement, le consolidateur demande désormais aux TO de s’engager au moins 30 jours avant le départ, pour éviter des bouleversements de dernière minute. Cette moindre souplesse, et le recours plus large aux compagnies françaises (Blue Line, Air Méditerranée, Eagle Aviation…) ont néanmoins un prix. A partir du 18 décembre, nous devrons réajuster nos prix de ventes aux voyagistes, pour absorber le surcoût de 30 à 40 E par siège que nous supportons actuellement, prévient Ans Westerhoven. Plus généralement, les compagnies françaises proposent des tarifs 20 à 30 % plus chers que leurs consoeurs du Bassin méditerranéen. Rassurante pour les clients, cette nouvelle politique d’affrètements devrait donc se traduire par une hausse des prix des forfaits.
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