Les aéroports s’engagent
Après Beauvais et Nice, la fièvre des compagnies à bas tarifs gagne les plateformes principales régionales. L’ouverture, la semaine prochaine, de la première aérogare dédiée à Marseille pourrait faire sauter les derniers verrous bloquant l’essor du transport low cost dans l’Hexagone.
Le 25 octobre, le MP2, nom de code du terminal low cost de l’aéroport de Marseille/Provence sera inauguré. Pour la première fois dans le monde, un aéroport proposera, à côté d’infrastructures classiques, une aérogare spécialement étudiée pour les compagnies à bas tarifs, caractérisée par un niveau de redevances très bas pour ces dernières et un service minimum pour les passagers. Le nouveau terminal proposera par exemple un béton coloré à la place de la moquette, un système de rafraîchissement d’air à la place de la climatisation et deux escaliers par avion à la place de passerelles. Par ailleurs, suivant un circuit très simplifié mais séparant nettement départs et arrivées, chaque passager portera lui-même son bagage de soute au contrôle de sécurité.
Un traitement discriminant
Ce projet aura nécessité un total de 16,4 ME dont 7,6 MEfinancés par le Conseil général des Bouches-du-Rhône. L’ancienne aérogare de fret réaménagée devrait ainsi permettre à l’aéroport de traiter un million de passagers dès la première année d’exploitation, avec une capacité totale de 3 500 000 passagers. L’inauguration de ce terminal coïncide avec la mise en place de la première base française de Ryanair à Marseille, et la seizième du transporteur irlandais en Europe, où, jusqu’en avril 2007, il va lancer 13 lignes, dont Londres-Stansted (Grande-Bretagne), Francfort, Karlsruhe (Allemagne), Charleroi (Belgique), mais aussi Eindhoven (Pays-Bas), Marrakech, Fès et Oujda (Maroc).
L’arrivée de la première compagnie à bas tarifs en Europe, en plus d’Easyjet et des deux allemandes Condor et Hapag Lloyd Express, a notamment été facilitée par la redevance passagers très basse demandée aux transporteurs pour l’utilisation de l’aérogare. Elle s’élève ainsi à 1,30 E contre 6,5 E pour les vols intra-européens effectués dans le terminal classique. Bien sûr, cette différenciation n’est pas du goût de tout le monde, et notamment de la Fédération nationale de l’aviation marchande (Fnam), qui parle toujours de traitement discriminant pour le nouveau terminal phocéen.
L’hostilité déclarée d’Air France
Pourtant, la possibilité de proposer des redevances différentes a été légalisée par un décret du 20 juillet 2005. Pour les aérogares mises en service après le 1er août 2005, des tarifs différenciés pourront être fixés en fonction des coûts d’investissement et d’exploitation afférents à ces aérogares, et de la qualité de service, précise clairement le texte. Une reconnaissance juridique qui a permis de lever certaines ambiguïtés dans d’autres aéroports, notamment à Lyon/Saint-Exupéry, qui envisage d’ouvrir sa propre aérogare simplifiée début 2007 mais qui se heurte à l’hostilité déclarée d’Air France, qui assure plus de 50 % du trafic total de l’aéroport. Il y a encore un fort potentiel de clientèles pour les compagnies low cost en France qui, à part à Beauvais et à Nice, sont encore sous-représentées par rapport à d’autres pays d’Europe, précise Bernard Chaffange, directeur de l’aéroport de Lyon/Saint-Exupéry. Notre ambition est de répondre à toutes les demandes des passagers en ayant une offre multi-spécialisée.
L’aéroport poursuit donc ses négociations avec plusieurs compagnies à bas tarifs et a lancé un appel d’offres, qui a été prolongé jusqu’au 25 novembre. Un petit retard au démarrage en raison notamment des multiples mouvements qui ont secoué récemment la direction d’Easyjet. Avec une compagnie basée, nous espérons 1,2 million de passagers supplémentaires dès la première année d’exploitation et 1,8 million d’ici à 2010, prévoit Bernard Chaffange. S’il n’est pas possible d’accueillir une compagnie, nous serons certainement amenés à revoir à la baisse ces objectifs. Des chiffres qui restent tout de même très honnêtes par rapport à l’investissement de rénovation de l’aérogare qui atteint 1,2 ME, soit plus de dix fois moins que celui de Marseille.
A côté des deux plateformes du sud de la France, d’autres aéroports aimeraient bien profiter de la manne des compagnies à bas tarifs. Le principe d’une aérogare spécifique pourrait intéresser Bâle/Mulhouse. L’EuroAirport possède déjà une base d’Easyjet, mais doit corriger le tir après avoir été épinglé par Air France pour avoir pratiqué des redevances différenciées au sein d’un même terminal.
Grenoble et Beziers se mettent sur les rangs
Au-delà de ces exemples touchant des plateformes régionales importantes, des aéroports de taille plus modeste jouent aussi la carte des opérateurs à bas tarifs. C’est le cas de Grenoble, qui à compter du mois de décembre, doublera son nombre de destinations régulières proposant près d’une vingtaine de lignes grâce à la présence de Ryanair (Londres/Stansted, Dublin, Glasgow, Nottingham, Liverpool, Bruxelles), Easyjet (Londres/ Luton et Bristol), Blu Express (Rome), Wizzair (Varsovie), SkyEurope (Prague) Centralwings (Varsovie) et, tout récemment, Thomsonfly (Bournemouth et Coventry). Nantes, où Ryanair est déjà bien implanté avec des vols vers Shannon, Londres/Stansted, Nottingham et Dublin, gagnera une destination à partir du 31 octobre, avec l’ouverture d’un vol vers Francfort/Hahn.
Enfin, l’aéroport de Béziers a annoncé récemment qu’une de ses pistes ferait l’objet d’une extension de 2 000 mètres d’ici mars prochain. La direction de la plateforme vise bien évidemment les compagnies à bas tarifs avec lesquelles des contacts étroits ont été noués depuis plusieurs mois. Béziers table ainsi sur l’ouverture dès 2007 de lignes vers la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, à raison de trois ou quatre vols par semaine. Pour 2009, l’aéroport prévoit ainsi 150 000 passagers supplémentaires.
Les compagnies à bas tarifs n’ont donc pas fini de séduire les aéroports français, trop contents de trouver des débouchés pour retrouver le trafic perdu avec la concurrence du TGV et la disparition progressive des compagnies régionales, tuées par l’omnipotence d’Air France.
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