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Le tourisme sportif et le tourisme de mémoire à l’heure de l’urgence écologique

Des pionniers aux nouvelles générations : des personnalités et des professionnels s’engagent pour faire rimer les JOP et les commémorations de la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec le tourisme durable. Quel en sera l’héritage ? Le point dans cette tribune avec Julien Buot, le directeur d’Agir pour un tourisme responsable (ATR).

En 2019, l’Ademe, l’agence de la transition écologique, avait réuni un comité d’experts à la demande du comité interministériel du tourisme pour penser la stratégie française de développement durable du tourisme. Parmi les 20 mesures proposées pour une transition écologique et sociale du tourisme en France, l’exemplarité de l’organisation des grands événements avait pris une place importante. 

Le groupe de travail considérait que les destinations devaient s’appuyer sur l’événementiel pour accélérer le changement. Qu’ils soient sportifs, culturels, professionnels ou commémoratifs, les événements sont en effet des opportunités pour démontrer que l’écologie n’est pas antinomique avec la foule, bien au contraire.

« Si la France excelle dans ces formes si spécifiques de tourisme, elle doit aussi faire la démonstration de ses engagements écologiques et sociaux à l’occasion de ces grands événements »

Si on est capable d’accueillir de nombreux visiteurs pendant quelques jours et d’aménager les territoires en conséquence, de faire adopter des écogestes et de parier sur un héritage positif de ces événements, pourquoi ne serait-on pas capable d’organiser un tourisme plus responsable toute l’année  ?

Grâce au 80e anniversaire du Débarquement et de la bataille de Normandie et surtout aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, la France pourrait dépasser pour la première fois le cap des 100 millions de visiteurs étrangers. Mais le tourisme de mémoire et le tourisme sportif doivent aussi pouvoir contribuer à l’ambition de faire de notre pays la première destination du tourisme durable.

Si la France excelle dans ces formes si spécifiques de tourisme, elle doit aussi faire la démonstration de ses engagements écologiques et sociaux à l’occasion de ces grands événements.

Un vétéran du débarquement et un champion. olympique de ski au service du tourisme facteur de paix et de développement 

Commençons par rendre hommage aux anciens combattants et aux grands sportifs qui ont marqué l’histoire. Comment ne pas évoquer alors Léon Gautier, vétéran du commando Kieffer qui débarqua à Ouistreham le 6 juin 1944 ou encore Jean-Claude Killy, champion de ski, triple médaillé olympique aux JO de Grenoble en 1968 ? Léon Gauthier s’est engagé toute sa vie pour partager ses souvenirs du D-Day à Ouistreham et sur le secteur de Sword Beach notamment.

Il a toute sa vie entretenu le devoir de mémoire. Son parcours a été marqué par la remise du prix Liberté à Greta Thunberg lors du Forum mondial Normandie pour la paix à Caen en 2019. Il n’hésitait pas non plus à s’opposer au projet de parc d’attractions sur le Débarquement. Même s’il n’était pas contre une mise en scène quand elle servait la compréhension de l’Histoire, avec notamment l’application mobile Soldat Léon qui fait revivre l’expérience du Débarquement et la prise du casino depuis la terrasse de l’office de tourisme de Ouistreham.

Fils d’un pilote de la Royal Air Force pendant la Deuxième Guerre mondiale, Jean-Claude Killy a contribué au développement des stations de Tignes et Val d’Isère, désormais titulaires du label Flocon Vert. Il a aussi participé à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver d’Albertville en 1992 et à la promotion des valeurs de l’olympisme et du sport en montagne. La spectaculaire cérémonie d’ouverture du chorégraphe Philippe Découflé avait été regardée par plus de deux milliards de téléspectateurs.

Et dans l’héritage de ces JO d’Albertville qui ont marqué l’histoire de la Savoie, notons aussi le festival du Grand Bivouac initié en 2002 par Guy Chaumereuil à Albertville, qui célèbre le voyage et en questionne le sens chaque mois d’octobre depuis plus de 20 ans, avec plusieurs dizaines de milliers de participants.

Les nouvelles générations aussi s’engagent pour faire rimer sport, mémoire, tourisme et écologie 

Citons les équipes professionnelles qui organisent le 80e anniversaire du Débarquement et les JOP Paris 2024. Avec de nombreuses innovations expérimentées cette année qui contribuent à optimiser l’héritage de ces événements. Nathalie Worthington et Maxime Bouché qui pilotent le Centre Juno Beach ont inventé le tarif bas carbone, une bonne pratique généralisée à près de 100 sites en Normandie, valorisée dans le cadre du projet ATR-E « Low Carbon Travel » et saluée par le jury des Trophées Horizons pour un tourisme durable.

Le centre culturel de Courseulles-sur-Mer rend hommage aux 45 000 Canadiens qui ont perdu la vie pendant la Deuxième Guerre mondiale (dont 5 500 au cours de la bataille de Normandie et 381 le jour J). Le Centre Juno Beach, au-delà de la réduction qu’il accorde aux touristes venus au musée avec un transport bas carbone, a pris d’autres engagements pour évaluer et réduire ses émissions de gaz à effet de serre mais aussi en participant à la création de puits de carbone en partenariat avec l’ONF.

Les acteurs du tourisme de mémoire proposent également de participer à l’opération Battlefields for Peace, fruit d’une coopération entre Normandie Tourisme, Somme Tourisme, et le fonds de dotation Essentiem. Dominique Saussey participe à la coordination du 80e anniversaire de la bataille de Normandie et estime que le chiffre record des 6 millions de visiteurs atteint en 2014 sera dépassé.

Un programme événementiel est proposé sur plus de 80 jours dans toute la Normandie en suivant l’évolution de la bataille jour par jour, en évitant une trop grande concentration des touristes sur les plages le 6 juin. Et en répartissant au mieux dans le temps et dans l’espace les retombées de l’événement jusqu’en août et jusque dans l’arrière-pays, dans l’Orne, dans l’Eure, etc.

Les visiteurs seront aussi invités à faire un don à Handicap International contribuant ainsi à agir au-delà du souvenir et à soutenir les victimes des combats d’aujourd’hui, en Ukraine, au Moyen-Orient et ailleurs dans le monde. Normandie Tourisme et la région Normandie ont aussi milité pour la mise en place d’une navette du D-Day afin de décarboner les transports entre les plages du Débarquement.

« Des campagnes « 30 minutes d’activité » ou « 1,2,3 nagez » vont contribuer à promouvoir la santé et le bien-être par l’activité physique et sportive »

« Nous sommes un laboratoire à la recherche constante de solutions innovantes pour faire de cet événement un accélérateur de transformation », explique Georgina Grenon, directrice de l’Excellence du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Sa mission, c’est donc de concevoir les jeux les plus sobres possibles !

Le raccordement des stades éphémères au réseau électrique pour éviter les groupes électrogènes ou encore le développement d’offres végétales dans les assiettes contribuent à la réduction de l’impact carbone des JO. Marie Barsacq Beaudou, elle, est chargée de l’impact et de l’héritage des Jeux olympiques.

Grâce à la réalité superposée, les visiteurs peuvent vivre une expérience immersive du D-Day, à Ouistreham. © Adobe Stock

« Les nouvelles constructions ont été réfléchies pour l’après : le centre aquatique sera dédié aux écoles de Seine-Saint-Denis et le village a été pensé pour les futurs habitants », assure-t-elle. Des campagnes « 30 minutes d’activité » ou « 1,2,3 nagez » vont d’ailleurs contribuer à promouvoir la santé et le bien-être par l’activité physique et sportive.

Des partenariats innovants ont aussi permis de limiter les déchets grâce à l’installation de fontaines à boissons, la distribution d’éco-cups et de bouteilles en verre. Le président du comité d’organisation, Tony Estanguet, peut être fier de ses équipes au service de cette « machine de paix ». Le triple médaillé d’or en canoë à Sydney, Athènes et Londres, exige de l’évaluation et n’a fait de concessions ni sur l’environnement ni sur le social, sous le contrôle du comité pour la transformation écologique.

Cette instance accompagne la stratégie climatique et environnementale sur l’ensemble du périmètre du projet : impact carbone, biodiversité, économie circulaire, énergie, restauration, numérique, constructions temporaires, innovation et accompagnement au changement. Alors quel sera l’héritage des commémorations du 80e D-Day et des JOP de Paris 2024 ? Et comment préparer au mieux les JO d’hiver accueillis une nouvelle fois dans les Alpes françaises en 2030 ?

En espérant que la neige soit au rendez-vous… On s’en parle bientôt au congrès des Entreprises du Voyage à Val d’Isère du 26 au 29 juin, sur l’espace tourisme responsable du salon IFTM Top Resa à Paris du 17 au 19 septembre, lors du séminaire des 20 ans d’Agir pour un tourisme responsable (ATR) à Chamonix du 23 au 25 septembre, pendant les prochaines Universités du tourisme durable à Bordeaux les 5 et 6 novembre ou encore lors de la prochaine édition du forum A World For Travel !

Julien Buot – directeur d’Agir pour un tourisme responsable (ATR) et secrétaire d’Acteurs du tourisme durable (ATD)

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