Le tourisme s’éveille à l’Est
Les voyagistes misent sur l’adhésion à l’Union européenne de dix nouveaux pays d’Europe de l’Est et du Sud, pour mieux vendre ces destinations auprès de la clientèle française.
Le 1er mai prochain, l’Europe des Quinze passera à vingt-cinq. L’Union européenne s’étendra désormais de la côte Atlantique aux portes de la Russie, en accueillant la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, les Pays baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie), la Slovénie, la Hongrie, Chypre et Malte. Un événement perçu par beaucoup de ces pays comme un tremplin pour développer leur offre touristique. Car ils alignent de réels atouts, depuis les monuments des capitales baltes jusqu’aux plages slovènes, en passant par les stations thermales de Bohème. Sans oublier un fort potentiel dans le tourisme rural ou le Spa, très en vogue, comme le souligne l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). En France, nombreux sont les professionnels du secteur à espérer profiter de cet élargissement pour doper un marché du tourisme en convalescence. En particulier les autocaristes.
L’Union repousse les frontières de la découverte
Ces nouvelles destinations, souvent mal connues, vont donner des envies de découverte à nos clients, estime Thierry Schidler, président du Syndicat national des entreprises de tourisme (Snet). De la même façon, les pays de l’Est ont bénéficié de la chute du Mur de Berlin, et ont ouvert de nouveaux horizons à notre clientèle. L’appartenance à l’Union européenne est de plus un facteur de réassurance important. C’est l’Europe, donc pas très loin. Symboliquement, nous essaierons d’organiser notre congrès en 2005 dans l’un de ces pays. Plus prudent, Antoine Cachin, président du directoire de Thomas Cook, s’attend à un plus fort impact quand ces pays s’ouvriront à l’euro.
Les voyagistes optimistes pour la Pologne et les pays baltes
Pour autant, les TO n’ont pas attendu l’élargissement pour vendre ces destinations. Transtours programme déjà depuis plusieurs années la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, les Pays baltes et la Hongrie). A l’Est, seule la Slovénie est absente de la brochure Printemps-été 2004. On parle beaucoup de la Pologne et des pays baltes, qui bénéficient incontestablement d’une plus grande visibilité sur le marché français, estime Bruno Gallois, DG de Transtours, qui ne cache pas son enthousiasme. Il n’a d’ailleurs pas hésité à renforcer sa production avec un programme vers Prague en vol spécial, et le lancement d’un circuit Transbaltique en autocar de 8 j/7 n au départ de Vilnius et se terminant à Tallinn.
Même optimisme chez Austro Pauli. Nous programmons pour la première fois Vilnius dans notre brochure Week-ends, souligne Philippe Sangouard, DG. Bennett Voyages lance quant à lui un autotour à travers les trois Républiques baltes, et trois week-ends pour découvrir les richesses de leurs capitales : Tallin (Estonie), Riga (Lettonie) et Vilnius (Lituanie). Enfin, Adriana Minchella, prési- dente du Cediv et DG d’Ellipse Voyage, édite une brochure consacrée à la Pologne, proposant un choix de séjours dans les villes historiques, d’autotours et de circuits.
Chypre et Malte ont une longueur d’avance
Davantage rompus au tourisme (les deux pays enregistrent une moyenne de 20 nuitées par habitant, contre seulement deux pour les autres), Chypre et Malte devraient aussi bénéficier de cette adhésion pour renforcer leur attractivité, estime Reinhard Klein, à la tête de l’Unité tourisme à la Commission européenne. Certains TO ont même devancé l’événement, à l’image de Jet tours qui vient d’ouvrir un Eldorador à Chypre. Même si le récent refus des Chypriotes grecs à la réunification de l’île constitue un camouflet…
Mais tout n’est pas acquis, loin s’en faut. S’il est incontestable que l’entrée dans l’Union constitue un atout, la route risque pour certains pays d’être encore longue. La Slovaquie, la Pologne et les pays baltes ne font pas suffisamment d’efforts de communication sur le marché français, dénonce Dominique Friedman, DG de Norvista. Ainsi, l’affaire Trintignant/Cantat a-t-elle fait plus pour Vilnius que tous les efforts des organismes officiels. Et que dire de la Slovénie, frontalière avec l’Italie, que peu de Français sont capables de situer sur une carte ! Ces destinations ne pourront pas faire l’économie d’une vraie politique touristique pour moderniser leur image. A l’exemple de la Hongrie, qui ne ménage pas ses efforts depuis quelques mois pour promouvoir Budapest, même si les Français lui préfèrent encore Prague.
L’offre hôtelière et l’aérien : deux handicaps à surmonter
Si Reinhard Klein évoque également comme frein potentiel les possibilités encore limitées de se renseigner ou de réserver sur Internet pour ces pays, les voyagistes mettent pour leur part en avant trois principaux obstacles à un développement rapide du tourisme : une offre hôtelière vieillotte et insuffisante (800 000 lits chez les dix entrants contre 10 millions dans l’Europe des Quinze !), le coût souvent élevé d’un séjour et l’insuffisance des dessertes aériennes, en particulier vers les Pays baltes. Même si Lituanian Airlines vient de reprendre ses vols directs entre Vilnius et Paris, après six mois d’arrêt.
Plusieurs transporteurs sont toutefois dans les starting-blocks, en particulier à bas prix (voir aussi notre enquête p. 18). A partir du 1er mai, la libéralisation du ciel s’appliquera aux dix nouveaux membres. N’importe quel transporteur pourra avoir accès à ces nouveaux marchés. Cela va créer un appel d’air pour certaines compagnies low cost et la concurrence devrait également être plus forte entre les transporteurs traditionnels. Avec pour conséquence une baisse des prix, comme il y a dix ans au sein de la Communauté européenne, conclut Gilles Gantelet, porte-parole pour les Transports à la Commission européenne.
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