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Le tourisme n’échappe pas à la grogne

De faibles salaires qui n’évoluent pas, des plans sociaux qui se multiplient, une inquiétude sur l’avenir de la profession… A l’heure de la renégociation des grilles de salaires et de la convention collective, les syndicats cherchent à faire entendre leur mécontentement.

Le 10 mars, les clients des agences de voyages auraient pu trouver en théorie portes closes. Les vendeurs étaient invités à se joindre au mouvement de grève nationale. Dans les faits, la mobilisation a été très faible. Les syndicats ne disposent pas de chiffres précis sur la participation. Mais, chez Thomas Cook, on dénombrait à peine… trois grévistes sur l’ensemble du personnel, selon la direction de la communication. Le 25 mars, les salariés des organismes de tourisme (offices de tourisme, CDT, CRT…) sont à leur tour invités à faire grève. Les syndicats ne se font pas trop d’illusions. Yann Poyet, chez Force Ouvrière, reconnaît que les salariés du tourisme se plaignent, mais sont peu habitués à manifester. Comme souvent dans les sociétés de service, la conscience professionnelle prend le pas sur la revendication. A défaut d’un véritable mouvement de grève, nous comptons au moins sur de nombreux débrayages d’une heure ou deux.

Un malaise grandissant gagne la profession

Suivi ou non, ce deuxième appel intersyndical en deux semaines témoigne du malaise qui gagne la profession, renforcé par quelques conflits récents. Carlson Wagonlit Travel a connu plusieurs mouvements de grève. Et le plan social en cours, avec 181 licenciements prévus, pourrait générer un nouveau mécontentement. Les salariés d’Amadeus France se sont aussi récemment fait entendre. Dernier conflit en date, celui de Nouvelles Frontières a été massivement suivi. Face à l’ampleur de la mobilisation, la direction a cédé. Les revendications portaient sur les salaires, notoirement faibles dans le tourisme. Une enquête réalisée par l’Echo touristique en septembre dernier rappelait que près de 60 % des agents de voyages avaient une rémunération mensuelle brute inférieure à 1 500 E (quand le salaire brut moyen des Français est de 2 377 E selon l’Insee !). La faute bien sûr à un fort taux d’employés, généralement jeunes, et une forte féminisation, les femmes gagnant en moyenne 20 % de moins que les hommes, toujours selon l’Insee. Pire, plusieurs niveaux dans la grille de salaires établie par le Snav (voir tableau), qui sert de référent, sont inférieurs au Smic ! Une aberration qui n’est pas unique au tourisme, et qui a été pointée du doigt le 10 mars.

Les syndicats sont prêts à aller jusqu’au conflit

Pour la remise à niveau de la grille cette année (après une revalorisation de 1 à 2 % selon les niveaux en 2004), le Snav n’a pas fait dans la simplicité. Passe encore pour le niveau I, qui devrait être tout simplement aligné sur les cinq Smic de juillet 2004. Au-delà, les calculs se compliquent. Pour résumer, cette revalorisation se traduira par des hausses de salaires comprises entre 2,2 % et 3,7 % par rapport à 2004 pour les quatre premiers niveaux, de telle sorte que plus aucun ne devrait être inférieur au Smic. Quant aux niveaux V à X, ils devraient faire l’objet d’une revalorisation de 1 % par rapport à l’an dernier.

Les syndicats n’ont pas donné suite à ces propositions. La CGC revendiquait une hausse globale de 3 % au minimum, la CGT et la CFDT de 4 à 5 %. Faute d’accord, le Snav devrait appliquer une recommandation unilatérale dans les prochaines semaines à partir de ses propositions, qui concernera uniquement ses adhérents. Ce cas de figure se reproduit depuis 1999, à l’exception notable de 2004, preuve d’un fossé de plus en plus large entre les partenaires sociaux.

De leur côté, les syndicats se disent prêts à aller jusqu’au conflit, d’autant qu’ils souhaitaient profiter de ces négociations pour adopter une seule grille (contre les cinq actuelles, selon la date de passage aux 35 heures). Cette convergence des grilles interviendra de toute façon le 1er juillet, avec l’uniformisation des Smic décrétée par le gouvernement, ce qui entraînera une nouvelle discussion entre les partenaires sociaux ! Mais le Snav préfère englober cette question dans la renégociation de la convention collective, l’autre grand chantier du moment.

Le Snav veut revenir sur beaucoup d’acquis

Cette convention date pour l’essentiel des années 1970. Autant dire qu’elle ne correspond plus à la réalité, avec des métiers qui n’existent plus ! Sa mise à jour fait l’objet d’âpres discussions. Pour renouveler les qualifications, le Snav s’appuie sur une étude réalisée par le cabinet Ithaque. Selon Guy Besnard, président de la commission des affaires sociales au Snav, il en a résulté un outil de travail qui définit les postes existants et à venir, et qui pourra vivre dans la durée.

Les syndicats de salariés devraient accepter ce point, mais le conflit potentiel portera sur les avantages annexes de l’ancienne convention. Le Snav veut revenir sur beaucoup d’acquis, souligne Enrique Cuevas de la CFDT, notamment sur les primes d’ancienneté et de langue. Le Snav rétorque qu’il n’en est rien, et Guy Besnard préfère souligner les avancées sociales proposées, notamment la mise en place d’une garantie minimale de prévoyance avec un capital couvrant les grands risques (décès, accidents). La situation devrait vite se décanter, une réunion étant prévue cette semaine.

Même si elles les concernent directement, ces questions doivent paraître bien éloignées du quotidien des vendeurs. Réduction d’effectifs, augmentation de la flexibilité… Ils ont de plus en plus de mal à assumer la totalité de leurs tâches, alors qu’on leur demande, aujourd’hui, d’être des techniciens performants, demain des vendeurs hors pairs, capables de connaître sur le bout des doigts le monde entier. L’enjeu est d’autant plus important que, dès le 1er avril, avec la fin des commissions aériennes, ce sont les agents de voyages qui auront entre les mains la bonne santé de leur entreprise, à travers leur capacité ou non à facturer des frais de services aux clients. Une responsabilité qui a un coût, et que les patrons d’agences vont devoir intégrer dans leur politique salariale.

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