La Réunion prépare l’après-chik
Le chikungunya a mis à mal l’économie touristique de l’île. Malgré quelques frémissements depuis mi-mai, les professionnels n’attendent pas de véritable embellie avant la saison d’hiver.
Aucun moustique porteur du chik n’aura entamé la bonne humeur des 33 voyages de l’opération Dalons, organisés du 17 avril au 18 juin par le Comité du tourisme de la Réunion (CTR) et la chambre régionale du Snav à la Réunion, soutenus par Air France, Corsair et les prestataires locaux. En trois mois, 630 agents de voyages dalons (amis en réunionnais), munis de leur répulsif et de leur crème solaire, ont pu (re)découvrir la destination, à un prix défiant toute concurrence: 200 Epour le vendeur (vols inclus) et 250 E pour l’accompagnant. Nous avions tablé sur 900 participants, mais nos dalons ont été un peu frileux au départ !, explique Jocelyne Lauret, présidente du CTR.
L’opération aura non seulement permis de rassurer les vendeurs qui ont pu se faire une idée par eux- mêmes de la situation sur place, mais également de faire travailler les professionnels locaux pendant trois mois. Car sur l’île, la situation est proche de la catastrophe : restaurants, chambres d’hôtes, hôtels, petites structures sportives et agences réceptives ont vu leur chiffre d’affaires chuter, parfois de 90 % depuis février. Les cirques de Cilaos et Salazie (les plus exposés à la maladie) sont vides, la Maison du Volcan ne voit plus personne et la Maison de la Vanille a définitivement fermé ses portes.
Une série de promotions locales
Concernant l’aide de l’Etat, les 60 ME promis pour soutenir l’artisanat et le tourisme sont loin d’être dépensés car, selon Jocelyne Lauret, trop peu de petites entreprises familiales ont rempli le dossier de constat d’inactivité. En avril, le Conseil régional a initié une série de promotions locales avec l’aide des prestataires, ce qui a permis à quelques hôtels de surmonter la crise, en accueillant notamment des séminaires. Les autres ont profité de la chute d’activité pour effectuer des travaux et tenter, vaille que vaille, de passer le cap chik.
Mais cela n’a pas empêché la fermeture, parfois définitive, d’une dizaine d’établissements de l’île. A commencer par le groupe Apavou, en pleine restructuration, qui concentre ses clients dans quelques hôtels (Le Saint-Denis, les Jardins de Bourbon, le Maharani…), les autres étant provisoirement fermés.
En métropole, les compagnies aériennes ont elles aussi réduit la voilure : sept ou huit vols par semaine au lieu de onze pour Corsair, -25 % d’offre en avril et en mai chez Air France et des aménagements sur les vols au départ de Lyon/Marseille pour Air Austral (retour à la normale depuis le 13 juin). Les TO membres du Ceto font quant à eux état d’un recul des ventes de forfaits de 43,6 % pendant l’hiver. Habituellement, nous avons 3 500 à 4 000 clients par an à la Réunion. Après l’annonce du chikungunya, nous avons dû traiter 500 annulations d’un seul coup. Depuis, les réservations sont anecdotiques…, confirme Gérard La Rocca, pdg de Tourinter.
La Réunion présente à Deauville
Pour septembre, les voyagistes confirment le maintien de l’île en brochure et certains, tels Exotismes ou Nouvelles Frontières, ont lancé des promotions tarifaires pour l’été. Offres spéciales et éductours sont indispensables pour que la destination conserve sa place dans les agences, assure Pierre Bruno. Mais le DG d’Exotismes ne s’attend pas à une réelle reprise avant l’automne, saison la plus forte à la Réunion. Encore faut-il que l’épidémie soit maîtrisée d’ici là. Une campagne de communication (promise par le ministère du Tourisme) ainsi qu’une participation renforcée du CTR à Top Resa devraient accompagner les initiatives des professionnels.
