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La nouvelle équation

La complexe redistribution des cartes dans le voyage d’affaires continue à l’échelon international. L’impact sur le marché français n’est pas négligeable.

C’est comme dans la presse People : le voyage d’affaires n’en finit plus d’annoncer divorces et mariages. Sur fond de fin de commissions aériennes, les réseaux traquent les économies d’échelle et les synergies, notamment pour leurs investissements technologiques. But ultime : mieux satisfaire des entreprises désireuses d’optimiser leur budget voyages, et garantir des solutions globales pour des sociétés de plus en plus internationales.

A ce titre, le 3 janvier restera dans les annales du voyage d’affaires. Il y a eu, ce mardi-là, un mariage, deux divorces et un grand jeu de chaises musicales. Tout d’abord, l’allemand TUI a vendu comme prévu sa branche voyage d’affaires baptisée TQ3 Travel Solutions (qu’il détenait à 50/50 avec l’américain Navigant), au groupe néerlandais BCD Holdings. Le propriétaire de Nouvelles Frontières se recentre ainsi sur son coeur de métier, le tourisme.

Parallèlement, BCD Holdings s’est offert l’anglais The Travel Company. Le hollandais réalise 80 % de son activité dans les déplacements professionnels. Propriété du milliardaire John A. Fentener van Vlissingen, il revendique désormais le titre de troisième réseau mondial de voyage d’affaires (8 milliards de dollars de volume d’affaires par an), derrière American Express et Carlson Wagonlit Travel (CWT). Ce nouveau mastodonte, qui conserve par ailleurs 11 % de Navigant, dévoilera d’ici fin juin un nouveau nom. Sans surprise, son alliance avec l’anglais Hogg Robinson a du même coup pris fin. Autre rupture annoncée dans la foulée, à l’amiable : TQ3 et Navigant ont mis un terme à la joint-venture, via laquelle ils co-géraient TQ3 Travel Solutions.

Des questions, peu de réponses

Jour après jour, les filiales françaises de TQ3, Navigant et BTI découvrent les incidences de ce complexe brassage mondial des cartes. Les questions en suspens sont, d’ailleurs, plus nombreuses que les réponses. Arnaud Ameline, DG de TQ3 France, positive : TQ3 voulait une structure de management unique, c’est chose faite. Les prises de décision seront plus faciles que dans le cadre d’une entreprise co-gérée, telle qu’auparavant avec Navigant. Autre avantage : BCD est bien implanté aux Etats-Unis, nous en Europe. Nous ne pouvions rêver meilleure complémentarité. Avec un rachat par American Express ou CWT, nous aurions dû faire face à des doublons dans presque tous les pays. Des négociations ont pourtant eu lieu avec chacun des deux grands réseaux. TUI aurait d’ailleurs envisagé un temps de proposer ses 50 % de TQ3 à CWT, contre une participation de 20 % dans la branche loisir de ce dernier.

Pour TQ3 France, l’interrogation principale concerne le partenariat avec Tourcom. Nous ne pouvons exister en France sans Tourcom, répète à l’envi Arnaud Ameline. Un message qu’il compte transmettre à son nouvel actionnaire. Il est trop tôt pour savoir comment vont évoluer nos relations avec le réseau dirigé par Richard Vainopoulos. Mais à mon sens, il peut être au pire maintenu, au mieux étendu.

Richard Vainopoulos est sur la même longueur d’ondes : Pour l’instant, nos relations avec TQ3 sont au beau fixe. Nous avons très bien travaillé ensemble. 62 agences du réseau volontaire (dont la branche affaires pèse 650 ME en 2005), sont devenues sur le terrain des relais de TQ3. En couvrant toute la France, le tandem a ainsi pu répondre l’an dernier à une dizaine d’appels d’offres d’entreprises. Si notre partenariat devait s’arrêter un an seulement après sa mise en place, Tourcom ne subirait aucun préjudice. Il en aurait été peut-être autrement après trois ans de collaboration, assure toutefois Richard Vainopoulos.

Séparation à l’amiable

TQ3 s’est assez vite développé dans l’Hexagone. Le distributeur emploie 135 personnes, partagées entre le plateau de Paris-La Défense, et quelques implants. Nos clients nous ont confié, à ce jour, 150 ME de budgets voyages pour 2006. Arnaud Ameline compte s’appuyer sur un autre levier afin de poursuivre son développement : un important plateau en province est dans les cartons. Son ouverture a pris quelques mois de retard, en raison des tractations qui ont abouti au rachat du réseau par BCD. La vente réalisée, le projet va pouvoir se concrétiser.

Autre point en suspens : le devenir des comptes hérités du mariage avec Navigant. Un certain nombre de sociétés clientes de Navigant USA sont servies par TQ3 en France. Sachant que notre séparation se fait à l’amiable, reste à savoir si Navigant va désormais se donner les moyens de les servir lui-même.

Chose certaine, Navigant a perdu un partenaire européen de poids. Bien décidé à rebondir, l’américain vient d’acquérir la marque TQ3, ce qui justifie la recherche par BCD d’un nouveau nom pour son réseau. Avec le rachat de l’enseigne, nous héritons de 80 agences franchisées en Europe, ce qui nous permettra de mieux répondre à des appels d’offres européens, estime Jean-Luc Feery, PDG de Navigant France. Le réseau est présent dans l’Hexagone à travers un plateau unique (Paris viiie). Notre plan de développement pour cette année n’intégrait pas la séparation avec TQ3. Il aurait longtemps été question, au contraire, de resserrer les liens : TQ3 aurait ainsi pu racheter Navigant Europe. Jean-Luc Feery, qui annonce un volume d’affaires de 20 ME en 2005 (19 ME en 2004), révise du coup sa copie, sans plus de précision : Nous sommes en pleine refonte de nos objectifs.

Une dernière devinette

A contrario, BTI France a un plan de marche ficelé, qui s’appuie sur ses quatre plateaux et ses implants. La rupture amicale entre BCD et Hogg Robinson (qui devient le seul actionnaire de BTI) ne change en rien le business plan de son nouveau DG, Yves Nanique. C’est un simple changement d’actionnaire, sans conséquence pour nos activités. Nous conservons notre marque et nos clients, en plus de rester adhérent d’Afat Voyages, assure-t-il. Le volume d’affaires prévisionnel du réseau pour 2005/2006 (clos fin mars) s’élève à 200 ME. Yves Nanique compte le porter à 250 ME en 2006/2007. En utilisant deux leviers de croissance : les PME-PMI et le département incentives/congrès.

Pourtant, suite aux réorganisations de la semaine passée, Yves Nanique s’interroge sur un point : le devenir des relations avec d’anciens collègues, qui portent l’enseigne World Travel BTI (au Benelux, au Portugal et dans quelques pays d’Amérique du Sud), et avec lesquels sa maison-mère n’est plus contractuellement liée. Soit nous continuons à travailler ensemble, soit nous devrons trouver de nouveaux partenaires dans ces pays.

En attendant, BTI France se sent en position pour répondre à des appels d’offres européens : L’important pour nos clients, c’est que nous restions présents sur des marchés clés comme la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suisse. Une chose est sûre : cette réorganisation majeure risque de brouiller la visibilité dans le monde du voyage d’affaires et troubler les entreprises, au profit des deux réseaux intégrés les plus stables, American Express et CWT.

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