La mise en réseau et ses futurs enjeux
« Alors que les Assises nationales du tourisme, les 18 et 19 juin prochains, doivent accoucher d’un plan stratégique baptisé « Destination France 2020″, les privés du secteur s’activent sur tous les fronts, tentant des synergies inédites. Certaines pourraient faire école… »
Un excursionniste parisien, un spécialiste des Wine Tours qu’apprécient tant les Américains, un autocariste picard qui a développé des circuits autour du tourisme de mémoire, la filiale française d’un géant du secteur spé- cialisé dans l’accueil des Japonais, des hébergeurs… La famille réunie dans le CD-Rom récemment édité par le Conseil exécutif des réceptifs (CER) du Snav* illustre la très grande diversité du métier de réceptif en France. Un bon outil, estime Marie-Christine Duboscq, responsable de l’agence Puzzle Evasion à Bordeaux et présidente du CER, mais c’est un début et nous réfléchissons activement aux possibilités d’une mise en réseau de nos offres. Dans le cadre de la dernière convention du Snav, à Biarritz, un atelier coanimé par Amadeus a été consacré au thème. Entre un marché domestique, qui sera de plus en plus en quête d’un tourisme de proximité, et la montée en puissance des compagnies low cost, qui crée le besoin de prestations à destination, au-delà de la simple offre locative, nous sommes convaincus que le réceptif est un marché d’avenir porteur, explique Jean-Louis Richard, président d’Amadeus France.
Une nouvelle plate-forme cet été
Depuis quelques mois, le GDS réfléchit à la façon de mettre en place des passerelles entre les agences réceptives et des distributeurs, principalement à l’international. Dès cet été, une nouvelle plate-forme baptisée Activities & Entertainment permettra d’accueillir des produits standardisés, comme des excursions ou des places de spectacles. Il sera aussi possible, sur la plate-forme classique du GDS, d’insérer un onglet pour accéder au contenu du site web d’une agence réceptive. Deux solutions industrielles assez simples. Le sur-mesure est une tout autre affaire, bien plus complexe, note Jean-Louis Richard. La problématique est connue : aux côtés d’un marché de masse, une cible plus étroite, plus exigeante aussi, demande des produits à valeur ajoutée. Pour Jean-Louis Richard, il reste un long chemin avant d’envisager l’automatisation de cette niche, et de nombreuses questions à se poser, qui vont bien au-delà du défi technologique. Il faut aussi tout simplement vérifier qu’il y a bien un business case, ajoute le responsable, car une agence bien établie a déjà ses contacts, et peut s’appuyer sur Maison de la France pour en trouver d’autres. Il n’est pas sûr qu’il y ait le besoin d’une offre en ligne compte tenu de la complexité de la gestion des stocks. Ni, de fait, que les solutions soient du ressort des GDS. Le consortium APM (Alpes-Provence-Méditerranée), qui regroupe 14 agences sur sept départements de la région Paca, a ainsi mis en place une plate- forme commune de commercialisation, développée avec un fournisseur de technologies privé. En ligne depuis janvier 2008, le portail a séduit les acheteurs de Rendez-vous France : Nous avons rencontré 67 TO étrangers, tous très heureux d’avoir un seul interlocuteur à l’échelle d’une région, détaille Dominique Ferrero, présidente du consortium et responsable de l’agence ATR05. APM a demandé à Amadeus de lui fournir une interface pour la billetterie, afin de donner accès à des packages dynamiques. L’aspect technologique, complexe, coûteux, n’est que 25 % de la réussite, estime la respon-sable, qui rappelle que c’est le savoir-faire qui fait vraiment la différence, notamment avec les centrales de réservation publiques, qui vendent à 90 % de l’hébergement sec. Et d’ajouter : L’échelle régionale permet une force de proposition de terroir. C’est un excellent modèle que nous souhaitons exporter sur d’autres territoires. Dominique Ferrero a noué des contacts avec des institutionnels italiens, pour élargir la palette des produits avec une offre transalpine inédite. Le Jura serait également intéressé. Déjà membre de Parfums de France, le club des réceptifs d’Afat Voyages, Bernard Garcia, dirigeant du miniréseau Pyrène Voyages, estime lui aussi que l’échelle régionale est une piste intéres- sante : Le modèle APM, qui est tout simplement un Service loisirs accueil (SLA) privé à l’échelle d’une région, est une idée à dupliquer. Nous avons créé Réceptif Mode d’Emploi, une société d’expertise pour accompagner nos collègues, avec l’idée, à l’horizon 2010, d’une fédération des réceptifs de France, main dans la main avec France Guide, annonce d’ailleurs Dominique Ferrero, qui négocie actuellement la montée d’APM sur le portail de Maison de la France : 1 200 E d’adhésion annuelle ou une commission sur les ventes d’environ 8 %, reste à choisir le contrat le plus intéressant.
S’adapter avec souplesse
France Guide est trop cher pour moi, analyse pour sa part Marie Toulemonde, responsable de Migratour, au Puy-en-Velay. Mais les Sites Remarquables du Goût avec qui j’ai créé une ligne de produits y sont, un atout réel pour ma petite agence. Preuve que la mise en réseau peut aussi se réaliser à toute petite échelle, les produits thématiques de Migratour sont conçus en bonne intelligence avec des partenaires pointus : la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), Un Autre Monde, le TO des parcs nationaux… Pour les Sites Remarquables du Goût, Marie Toulemonde achète désormais ses packages à Visit France, qui a du stock. Et y ajoute des visites : Cela évite les dates fixes, une souplesse indispensable pour vendre sur Internet, explique-t-elle. Une remarque qui témoigne de l’évolution d’un marché très atomisé, désormais confronté à l’évolution ultrarapide des nouvelles technologies. Vitrine nationale d’une offre régionale, la brochure de Visit France, où cohabitent des produits conçus par les SLA des CDT et les agences Afat Parfums de France, est considérée comme l’offre France la plus exhaustive du marché. Une vitrine adaptée et reproduite pour des distributeurs comme Selectour et CWT, ou moult agences Internet. Christian Orofino, DG du TO, estime toutefois qu’il est plus que temps de convaincre les pouvoirs publics d’appuyer la création d’un ou deux gros réceptifs à l’échelle nationale, qui entraîneraient dans leur sillage des réceptifs locaux. Le comité stratégique mis en place par les pouvoirs publics pour préparer les Assises du tourisme – et auquel il parti-cipe – doit y dévoiler un plan stratégique appelé Destination France 2020. A suivre donc…
* www.france-incoming-operators.fr
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