La distribution a manqué son rebond
Grâce à la billetterie, les distributeurs ont affiché une petite progression de leur activité l’année dernière. Ils ont surtout réussi à améliorer leur rentabilité, faisant passer définitivement aux oubliettes les craintes liées au passage à la commission zéro.
Les années se ressemblent désormais pour la distribution, et plus particulièrement pour les agences dites traditionnelles. Selon les résultats de l’enquête annuelle COE Rexecode/Snav, la progression de leur activité de 1,4 % en 2006 cache, comme en 2005, une réalité plus complexe. Seule la hausse continue du volume d’affaires (VA) de la billetterie (+2,2 %, après +4,3 % en 2005) permet de compenser le nouveau trou d’air rencontré par les ventes de produits loisirs en agences, qui ont chuté de 1,1 % l’an dernier (après -1,25 % en 2005).
Evoquant l’érosion de leurs parts de marché, Rexecode (qui a repris le COE en octobre 2006) et le Syndicat national des agences de voyages (Snav) imputent cette tendance de fond à la concurrence des agences en ligne, dont les performances ne sont d’ailleurs toujours pas prises en compte dans ce baromètre. Car si les acteurs du e-tourisme ont été confrontés l’an dernier à un ralentissement de leur croissance, leurs résultats demeurent insolents au vu du marché. Opodo France affiche ainsi une progression de 25 %, Voyages-sncf.com de 28 % pour la partie agence de son site, Go Voyages de 28 %, sans oublier Ebookers.fr, qui revendique une progression de 70 % en raison d’une politique de prix agressive, destinée à gagner des parts de marché dans l’Hexagone.
Les agences en ligne, comme les distributeurs traditionnels, ont eu toutefois à souffrir de certains événements, au premier rang desquels figure la Coupe du monde de football. D’où un exercice 2006 erratique selon le COE/Rexecode. Globalement, le volume d’affaires s’est révélé décevant aux mois de février (-1,9 %), avril (-8,2 %), juin (-1,4 %) et juillet (-2,8 %). Août a heureusement sauvé l’été (+8,2 %), tandis que le dernier trimestre a permis un rattrapage par rapport aux neuf premiers mois de 2006. En décembre notamment, l’activité a progressé de 1,7 %, avec un recul de 0,5 % de la billetterie, mais surtout une envolée de la vente de voyages à forfait de 6,5 %.
Des dossiers plus chers
Il n’en reste pas moins que sur l’ensemble de l’année, c’est une nouvelle fois la billetterie (en particulier la billetterie affaires) qui a soutenu l’activité des distributeurs, représentant une part toujours plus écrasante dans leur volume d’affaires, à 75,9 % (contre 73,1 % en 2003). Le rééquilibrage en faveur du tourisme, maintes fois souhaité par les réseaux, ne semble pas pour demain… Les agences en ligne n’ont du reste pas échappé au phénomène. La croissance a été meilleure pour l’aérien que pour la vente de forfaits, souligne Pierre Alzon, directeur général France de Lastminute.
La tendance se retrouve dans les chiffres de l’Association de tour-opérateurs/Ceto. Ses voyagistes annoncent pour la période allant du 1er novembre au 31 octobre 2006 (donc hors reprise de l’activité en novembre et décembre derniers) une baisse de 1,2 % des ventes de forfaits (avec 5,11 millions de clients). La hausse de leur chiffre d’affaires global de 4 % (à 4,77 milliards d’euros) résulterait donc essentiellement de l’augmentation du prix moyen par dossier, lié notamment à l’envolée des taxes et surcharges carburant.
De véritables commerçants
Si la croissance du volume d’affaires a ralenti l’an dernier, les distributeurs ont cependant gardé le moral, la plupart constatant une amélioration de leur rentabilité, situation à mettre en particulier sur le compte de la fin des commissions aériennes et de la généralisation des frais de service. Le bilan du passage à la commission zéro est positif. Les agences sont redevenues de véritables commerçants. Nous avons peut-être moins de clients, mais les marges sont supérieures, estime Richard Vainopoulos, président de Tourcom.
Ce constat a été partagé par l’ensemble des présidents de réseaux volontaires lors de leurs congrès en novembre et décembre derniers, mais également par certains distributeurs intégrés. Notre réseau de proximité affiche désormais une rentabilité comparable à celle enregistrée dans le voyage d’affaires, se félicite Jean-Claude Tacnet, DG France de Carlson Wagonlit Travel, qui a achevé fin 2006 sa restructuration (52 agences ont été vendues ou fusionnées).
Un bilan positif pour l’APS
Cette amélioration de la situation financière des distributeurs se retrouve dans les chiffres dévoilés cette semaine par l’Association professionnelle de solidarité du tourisme (APS). Elle annonce une baisse de 7 % des sinistres en 2006. 95 agences ont baissé le rideau l’an dernier (contre 102 en 2005 et 120 en 2004), dont 36 étaient adhérentes à l’APS. 370 dossiers ont été traités, permettant à l’association de prendre en charge le départ de 2 559 clients qui ont dû faire face à la défaillance de leur agence (4 057 en 2005). Les plus grosses liquidations ont été celles de sociétés spécialisées dans l’incentive et l’événementiel (Objectif Insolite, Aiskep…), de miniréseaux (ABC/ Thematours), de petits producteurs (Paris Athènes/Acropolis, APM Option Vacances…) et de quelques agences classiques (Club Esterel, Christian Bodier Travel, Hurricane, Cap Géo…). Elles ont été enregistrées au premier semestre, précise Michel Messager, secrétaire général de l’APS, ce qui nous a un temps laissé craindre le pire pour le reste de l’année. Un scénario catastrophe qui ne s’est heureusement pas produit.
Après une année 2006 médiocre, les premières tendances pour 2007 semblent de meilleur augure. Il est encore tôt pour disposer d’une bonne visibilité, mais les prises de commandes ont été bonnes en janvier et février, témoigne François-Xavier de Boüard, PDG de De Boüard Voyages (Selectour). Avec même des réservations pour juin ou cet été. Les voyagistes sont sur la même longueur d’onde. Même l’adage selon lequel les années d’élections sont mauvaises ne fait plus peur. On devrait être moins pénalisé que par le passé, estime-t-il.
Reste à savoir si, du côté des marges, l’embellie se poursuivra. Alors qu’une partie des mesures d’accompagnement d’Air France à la suite du passage à la commission zéro disparaît, et que la SNCF a abaissé son taux de rémunération le 1er janvier.
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