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La croisière attend son jour

Baptêmes de bateaux en série, arrivée de nouveaux opérateurs… la croisière trouve peu à peu sa place dans les agences. Car les compagnies offrent des capacités tout au long de l’année, et un produit susceptible de séduire toutes les clientèles.

Objectif : 600 000 croisiéristes français en 2012 ! Telle est l’incroyable prévision annoncée en septembre par l’association France Ferries & Croisières (FFC), alors que le marché n’a progressé que de 4 % l’an dernier (242 000 passagers), faisant de la France le cinquième acteur européen. Jusqu’à aujourd’hui, les vendeurs n’avaient pas montré d’intérêt particulier pour la croisière, avec souvent les mêmes a priori que leurs clients sur ce produit, rappelle Rémy Arca, PDG de la Cie Internationale de Croisières.

Mobilisation (quasi) générale

Tout pourrait cependant changer en 2008. Et l’engouement suscité par le premier Jour le plus long de la croisière, qui se déroulera le 23 octobre, pourrait constituer le signe de cette vague espérée. Alors que nous comptions sur 350 points de vente, 724 ont adhéré à ce projet. Surtout, la majorité des agences font preuve de créativité pour animer l’opération et attirer leurs clients lors de cette journée, se réjouit Rémy Arca. Les distributeurs inscrits ont en effet joué le jeu, n’hésitant pas à activer leurs fichiers clients, à décorer leurs vitrines, à placarder les affiches et distribuer le flyer édité par la FFC pour l’occasion.

Cette opération a été rendue possible par la mobilisation de 19 des 24 compagnies membres de la FFC. Nous avons été capables de travailler ensemble, alors que nous sommes concurrents, se félicite Georges Azouze, président de la FFC et président de Costa France. L’association, qui a investi 70 000 E (avec des publicités sur RTL et dans Le Figaro), espère attirer entre 20 000 et 40 000 personnes, et réaliser des ventes substantielles. Seule fausse note pour certains : Echos du Large (distributeur de Carnival, NCL, Crystal et Disney Cruise Line), qui n’est pas membre de la FFC, a eu l’ingénieuse idée d’organiser du 22 au 26 octobre sa propre opération : Les 5 jours de la croisière. Le spécialiste restera même joignable jusqu’à 23 heures le 23, pour coller à l’événement.

Après plusieurs années mollassonnes, l’accélération serait donc enfin au rendez-vous. 2007 sera exceptionnelle. Plusieurs opérateurs enregistrent une croissance à deux chiffres, assure Georges Azouze, qui table sur un marché en hausse de 20 %. Une envolée à mettre notamment sur le compte du succès des petits prix Prima et Presto de Costa et MSC favorisant les réservations anticipées, de la programmation de nouveaux itinéraires, de l’impact des campagnes de communication, de l’engouement pour les géants des mers et de leurs cabines avec balcon. Sans oublier le développement des sites de réservation professionnels (la nouvelle version de msconline.com de MSC permettra dès la semaine prochaine une vente en quatre clics), de la percée des agences en ligne spécialisées et de l’arrivée de Marmara sur le marché de la croisière qui s’est engagé sur 17 000 places auprès de CroisiFrance.

Une place à part entière

Surtout, les réseaux de distribution semblent enfin accorder une place à ce produit, à côté des TO classiques. Afat Voyages, qui a reconduit Costa dans son Club Premium, avait ainsi décrété 2007 : année de la croisière et vient d’organiser ses forces de vente à bord du Romantica. Le marché évolue. Costa a réalisé une excellente progression pour les ventes individuelles à la cabine, souligne Georges Azouze. La compagnie reste le leader incontesté en France avec plus de 50 % du marché, et table sur 150 000 passagers français cette année. Avec le contrat de commercialisation signé il y a un an avec Nouvelles Frontières [qui a généré plus de 3 000 clients, NDLR], 3 700 points de vente ont vendu au moins une croisière Costa cette année, soit une distribution digne d’un TO généraliste, ajoute-t-il.

MSC devrait pour sa part achever l’année avec 40 000 passagers, (+48 % comparé à 2006). Nous avons mis en place une politique commerciale plus claire et plus agressive, explique Laurent Py, le DG, avec une communication résolument orientée vers les agences. Côté publicité d’ailleurs, la compagnie pourrait suivre les traces de Costa en 2008, en faisant irruption à la télévision.

Tous les opérateurs ont, de fait, déjà mis le cap sur 2008 et 2009, années cruciales en raison de l’arrivée d’acteurs sur le marché, et du lancement d’une kyrielle de bateaux avec, à la clé, des capacités supplémentaires importantes. Premier à débarquer : Croisières de France, nouvelle filiale de l’américain Royal Caribbean Cruises (n°2 mondial), qui positionnera à Marseille à partir de mai 2008 le Bleu de France (750 passagers), avec un concept 100 % francophone et tout compris. Avec la saison d’hiver 2008-2009 aux Caraïbes, nous visons entre 10 000 et 15 000 passagers dès la première année d’exploitation, annonce Brigitte Tissier, DG de Croisières de France.

Le défi est risqué mais l’entreprise est persuadée qu’il est viable, car le marché a mûri depuis l’échec de France Croisières en 2001. Croisières de France fera bouger les choses pour peu qu’ils investissent en communication, considère Georges Azouze. Plus il y aura d’acteurs, plus le marché se développera, ajoute Rémy Arca. Une guerre tarifaire pourrait toutefois se profiler au départ de Marseille, avec Costa, MSC et CroisiFrance (qui y augmentera ses capacités grâce au remplacement du Sapphire par l’Orient Queen).

Le second levier de croissance, censé tirer de facto la demande, est l’incroyable augmentation des capacités, suite aux commandes passées par les compagnies. Après les beaux bébés de l’année (Costa Serena, MSC Orchestra, Fram d’Hurtigruten, Liberty of the Seas, Carnival Splendor, Norwegian Gem, Belle de l’Adriatique, Queen Victoria…), plus d’une vingtaine de paquebots sont encore attendus d’ici 2010. Dont quatre chez MSC (les Poesia et Fantasia en 2008, Splendida en 2009 et Magnifica en 2010) et trois chez Costa (le Luminosa et le Pacifica en 2009, une unité en 2010).

Un avenir radieux ?

Il n’y aura pas de surcapacité, affirme Georges Azouze, qui rappelle que la croisière progresse dans l’ensemble des pays européens, avec 4,5 millions de passagers prévus en 2010. Le potentiel du marché français est estimé quant à lui à 1,5 million de clients par la FFC. La marge de croissance est donc importante pour peu que les agences jouent le jeu. En attendant, si le cap des 600 000 croisiéristes est franchi en 2012, les distributeurs se partageront à cette date un joli pactole de 120 ME de commissions !

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