La course à la présidence est lancée
La réforme des statuts sera votée par les adhérents du Snav en novembre. De son adoption dépend la possibilité pour plusieurs administrateurs du syndicat de se représenter. Et éventuellement d’être candidat à la présidence, au printemps prochain.
En ce 13 octobre, la place du Général Catroux, à Paris, où est installé le Snav, bruit de rumeurs. Le Conseil national du Syndicat national des agences de voyages (Snav) se réunit pour entériner un projet de réforme des statuts. Evoqué depuis plusieurs semaines, il a trouvé un écho nouveau lorsque Jean-Pierre Mas, président d’Afat Voyages, l’a ouvertement critiqué dans un communiqué de presse. Cette réformette des statuts, dont l’unique objet est de permettre le renouvellement sans limitation des mandats des administrateurs, risquerait de discréditer définitivement le Snav. Surtout, ce projet marque le coup d’envoi de la course à la présidence du syndicat. J’avais demandé une réforme des statuts dès 2002. Le sujet revient sur le tapis, car l’élection du président se profile, regrette Richard Vainopoulos, président de Tourcom.
26 voix pour sur 42 présents
Au final, les administrateurs ont décidé de suivre les propositions faites par César Balderacchi, président du Snav. Certes, il ne s’agit pas d’un plébiscite, mais avec 26 voix pour, sur 42 présents, le projet a été accepté. Ce qui ne veut pas dire qu’il est validé. Ce sont les adhérents, réunis en assemblée générale extraordinaire, qui auront le dernier mot. Je suis contre cette réforme mais le vote s’est déroulé démocratiquement. C’est maintenant à la base de s’exprimer, ce qui n’est pas plus mal, estime Adriana Minchella, présidente du conseil professionnel des indépendants du syndicat, et farouche opposante à César Balderacchi, lors de la signature de l’accord avec Air France sur la fin des commissions. Au passage, elle a décidé de faire fi de sa menace de démissionner de son poste d’administrateur !
Un difficile travail d’explications est désormais nécessaire, au moins pour convaincre les adhérents de voter. Qu’en est-il ? La soixantaine d’administrateurs (élus par les adhérents) est réunie au sein du Conseil national. Leur mandat est actuellement de trois ans, renouvelable deux fois. La réforme proposée leur permettra de se représenter autant de fois qu’ils le souhaitent. Il est dommage que des personnes compétentes soient obligées de quitter le Snav à cause d’un règlement, justifie César Balderacchi. Une vingtaine d’administrateurs sont dans cette situation, dont Philippe Demonchy, président de Selectour, ou Dominique Vaucy (président du conseil professionnel des producteurs de groupes du syndicat), qui ont naturellement voté pour la réforme…
Les opposants au projet y voient donc surtout le moyen pour plusieurs administrateurs de conserver leur fauteuil et éventuel-lement de postuler comme président. Dans l’époque troublée actuelle, les départs doivent se dérouler de manière plus fluide. Dans les années quatre-vingt, le mandat était illimité. Au début des années quatre-vingt-dix, on l’a limité à neuf ans. Aujourd’hui, on répare simplement une erreur. Pouvoir se représenter ne signifie pas être élu, ce sont les adhérents qui décident. Et cela n’empêche en rien les jeunes de la profes- sion d’être candidats, répond Philippe Demonchy.
Il n’y a plus de jeunesse…
Et c’est là que le bât blesse. Le renouvellement des équipes est insuffisant. Beaucoup de jeunes critiquent la politique du Snav, mais refusent pour autant de s’engager dans la vie syndicale, faute de temps, ou dégoûtés… Autre sujet de polémique : certains voient dans le projet l’opportunité pour César Balderacchi d’être candidat à sa succession. La réforme des statuts ne concerne ni le président, ni le vice-président. Leur mandat reste limité à neuf ans. Même si je voulais me représenter, je ne le pourrai pas, assure César Balderacchi.
Que la réforme des statuts soit votée ou non, la profession est toutefois unanime à considérer que le premier chantier du futur président sera de réorganiser en profondeur le Snav. Une commission a d’ailleurs été mise en place pour réfléchir au sujet. Certains, à l’image de Jean-Pierre Mas ou René-Marc Chikli, président de l’Association des tour-opérateurs (Ceto), militent pour sa transformation en une fédération de métiers. A défaut, le Ceto pourrait être tenté de créer son propre syndicat. Ce processus doit être engagé dès maintenant, pour approbation de la nouvelle organisation par l’assemblée générale ordinaire du printemps 2005, assure Jean-Pierre Mas.
Richard Vainopoulos estime au contraire que la profession doit rester unie pour défendre ses intérêts rapidement. Il milite pour l’amélioration des relations avec les adhérents (en consultant les agences au moins une fois par an), l’optimisation du fonctionnement (collégialité de décision, augmentation des compétences des chambres régionales), le renforcement des capacités de négociation (amélioration des outils statistiques) , et une meilleure défense des intérêts des agences. Il est par ailleurs favorable à la mise en place d’un président salarié. Il y a urgence. Beaucoup d’indépendants ne se reconnaissent plus dans le Snav. C’est l’APS qui fait son travail, poursuit-il, en précisant qu’il n’est pas candidat à la présidence.
Redéfinir les familles et leur donner plus d’autonomie
Le Snav est déjà un peu une fédération. Le futur président devra surtout donner plus de poids aux familles et favoriser la démocratie, ajoute Adriana Minchella. Une fois le problème des statuts réglé, on pourra s’attaquer à une réforme de fond, complète Philippe Demonchy, qui rappelle que si le Snav n’est pas une fédération, il fonctionne déjà avec des familles de métier. Il faut redéfinir les familles, car certains producteurs sont distributeurs et vice-versa. Il faut aussi leur donner plus d’autonomie. Enfin, le Snav doit s’orienter vers une meilleure défense de la profession et s’impliquer moins fortement dans les décisions commerciales. Bref, presque un programme de campagne…
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