L’avenir de Manor en question
Réunis le 13 novembre à Monaco, les adhérents du GIE Manor ont entériné à l’unanimité la fusion de Manor et Manor Distribution. Mais après le départ de Protravel, de plus en plus d’agences s’interrogent sur leur avenir dans le réseau.
C’est dans un contexte de fortes turbulences que les adhérents du GIE Manor se sont réunis en assemblée générale le 13 novembre à Monaco. Fragilisé par les départs récents de Protravel, Acta-CMB Voyages et Wasteels entre autres, le réseau présidé par Jean Korcia a vu, en l’espace de quelques mois, son volume d’affaires diminué de moitié, passant cette année sous la barre du milliard d’euros contre 1,8 milliard en 2003. Cette situation a conduit le GIE à entériner à l’unanimité le regroupement en une seule structure de Manor et Manor Distribution, association de loi 1901 créée pour permettre au réseau (historiquement orienté vers les très gros distributeurs), d’accueillir également des agences de taille moyenne.
Opération séduction pour attirer de nouveaux adhérents
L’objectif de la manoeuvre est double : faciliter l’arrivée de nouvelles agences indépendantes en revoyant à la baisse les seuils d’entrée au sein de Manor (il faut désormais réaliser un volume d’affaires minimal de 2 ME contre 3 ME auparavant) et accélérer l’ouverture du réseau aux distributeurs spécialisés en tourisme. Elles représentent aujourd’hui plus de 40 % des points de vente de Manor, constitué à l’origine d’agences orientées vers le voyage d’affaires. Nous nous devons de nous adapter aux évolutions du marché, explique Jean Korcia. Nous allons être obligés de faire de plus en plus de concessions aux grandes entreprises, ce qui diminuera nos marges. C’est pourquoi je pense que notre avenir passe par le tourisme.
Pour séduire ces nouveaux adhérents, Manor mise sur son alliance récente avec Afat Voyages, American Express Voyages d’affaires et Thomas Cook au sein de G4 Voyages, chargé de négocier au mieux avec les fournisseurs des rémunérations dignes de ce nom. Mais également sur le lancement, en partenariat avec Amadeus, d’un portail Internet qui permettra aux adhérents, à partir d’avril prochain, d’accéder directement aux stocks des TO et de se connecter à l’intranet de leurs clients.
A la rencontre des indépendants en région
Manor annonce également qu’il ira désormais à la rencontre des agences indépendantes pour faire valoir ses atouts. Pour ce, des membres du GIE organiseront régulièrement des rencontres en région. Une politique encore inimaginable il y a un an, qui témoigne des difficultés rencontrées depuis plusieurs mois par le réseau. Nous espérons ainsi accueillir une trentaine de nouveaux points de vente en 2005, précise Jean Korcia. Cet optimisme a fait bonne figure devant les adhérents du réseau, mais ne prend manifestement pas en compte la concurrence des autres réseaux volontaires comme Selectour, Afat Voyages ou Tourcom, qui courtisent eux aussi les indépendants avec des atouts non négligeables. Sans oublier les réseaux intégrés, à la recherche de franchisés…
D’autres départs imminents
Reste à savoir si ce repositionnement annoncé par Jean Korcia sera en mesure d’atténuer les inquiétudes des adhérents actuels. Rien n’est moins sûr, d’autant qu’ils sont de plus en plus nombreux à remettre en cause la légitimité même du président de Manor, depuis que ce dernier a cédé, au printemps dernier, la branche affaires de son entreprise Voyages Eurafrique à American Express Voyages d’Affaires. La partie loisirs est pour sa part partiellement détenue par Protravel !
Surtout, les membres historiques, comme les fournisseurs présents à Monaco le week-end dernier, s’interrogent sur le devenir du réseau, convaincus pour certains que l’avenir de Manor est désormais derrière lui. Du coup, après les départs successifs de Protravel, d’Acta-CMB et de Wasteels, c’est au tour de Printemps Voyages (10 agences) de tirer sa révérence. La décision a été prise fin septembre, même si pour le moment, nous n’avons rejoint aucun autre réseau, confirme Bruno Béguin, directeur général adjoint de Printemps Voyages. Et en janvier prochain, ce pourrait être au tour de Voyages Paris Normandie, racheté par un adhérent de Selectour, de quitter le navire. Conséquence de ces départs en cascade : Lastminute France (163 ME de volume d’affaires en 2003) et Voyageurs du Monde (120 ME), c’est-à-dire une agence sur Internet et un tour-opérateur, sont aujourd’hui les deux plus gros adhérents de Manor (voir encadré page précédente) !
Et ce n’est certainement pas fini. Jean-Michel Rath, PDG de Cap 5, souhaiterait passer la main et ne cache pas ses inquiétudes face à la fin des commissions. Même son de cloche du côté de Voyages Mathez. Le PDG Jean Lagé s’interroge sur la capacité du réseau à se faire écouter au sein de G4 Voyages. Si certains considéraient que Protravel avait trop de poids dans Manor, il faut reconnaître qu’il aurait constitué un véritable atout au sein du G4. D’autres, enfin, n’hésitent plus à remettre en cause ouvertement la capacité de Manor à défendre leurs intérêts.
Les prochains mois vont être cruciaux pour le réseau
D’un point de vue financier tout d’abord, avec la réduction de son poids dans la négociation avec les fournisseurs, mais également sur les changements profonds qui affectent la profession, avec le nouveau modèle de rémunération. Les débats lors de cette assemblée se sont résumés à critiquer le travail du Syndicat national des agences de voyages et à dénoncer la politique d’Air France et des loueurs de voiture, alors que cela fait plus de trois ans qu’on en parle, tempête Hélène Laperriere, gérante de Laperriere Voyages. Il aurait été plus pertinent de débattre de l’avenir de la relation clients et des moyens à mettre en place pour facturer nos services. On le voit, les mois à venir vont être déterminants pour Manor, qui va devoir prouver sa légitimité s’il veut attirer de nouveaux adhérents, ou conserver les anciens.
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