Internet prend l’accent de la province
La démocratisation grandissante d’Internet pousse les agences en ligne nationales à mieux segmenter leurs produits pour séduire les provinciaux. Face à elles, quelques acteurs locaux, agences traditionnelles, réceptifs ou aéroports, tentent de consolider une offre régionale.
C’est désormais en région que se joue l’avenir du e-tourisme ! 76 % des internautes vivent en effet en dehors de l’Ile-de-France, selon le baromètre TNS Sofres du quatrième trimestre 2005. Et la tendance devrait s’accentuer. Pas étonnant dans ces conditions que les grands sites de voyages, après avoir conquis les internautes parisiens, mettent le paquet sur les régions.
A l’image de Promovacances, qui fait de la clientèle provinciale son coeur de cible pour 2006. Le spécialiste de la vente de forfaits sur Internet vient de doubler sa production maison au départ des provinces françaises. Nous sommes désormais en mesure de proposer des produits jusqu’à 30 % moins chers que dans une agence traditionnelle au départ des régions, assure Alain de Mendonça, DG de Promovacances. Pour accompagner ce déploiement de l’offre, l’agence en ligne a lancé deux sites dédiés avec, au programme, des voyages uniquement au départ de Lyon d’une part, et Nantes d’autre part. Et ce n’est qu’un début, promet Alain de Mendonça.
Il n’est toutefois pas le seul sur le marché ! Lastminute France a été précurseur en la matière. Dès avril 2005, le distributeur a inauguré trois microsites (pour Lyon, Marseille et Nantes) tout en musclant sa production régionale. Avec un résultat certain : la part des ventes au départ des trois aéroports correspondants est passée de 20 % à 33 % de l’activité de l’agence. Avec la démocratisation du Web, les internautes sont de plus en plus représentatifs de la population, rappelle Laurent Dupé, directeur marketing. La majorité de nos clients sont dorénavant en province.
Des offres disponibles ailleurs
Opodo a elle aussi déjà courtisé les provinciaux, depuis sa page d’accueil, mais avec un succès plus relatif ! L’agence en ligne avait mis en avant des pages spéciales, avec des offres depuis d’autres aéroports qu’Orly et Roissy. Faute de résultats, le principe a toutefois été abandonné. Les internautes savent désormais utiliser les moteurs de recherche pour dénicher les offres pertinentes, en fonction de leur lieu de résidence, estime Xavier Rousselot, directeur de la communication. Il est vrai que, souvent, les agences qui développent des microsites régionaux font de l’habillage, en mettant en avant des offres déjà disponibles ailleurs. Une manière de leur donner plus de visibilité, et de pousser les ventes.
Un argument que ne conteste pas Laurent Curutchet, directeur d’Ebookers France, dont 25 % des clients décollent de province. Le site vient d’ouvrir des pages d’accueil dédiées à quatre villes (Marseille, Lyon, Nice et Toulouse), sans étoffer sa production. Pour nous, ce n’est que du marketing. Nous ne faisons que dupliquer des techniques éprouvées dans le tourisme traditionnel. L’expérience montre que les entreprises qui ont affiné le positionnement de leurs produits ont vu leurs efforts récompensés par une hausse des ventes.
Les acteurs locaux veulent leur part du gâteau
Ebookers, dans le sillage des TO qui ont largement développé leurs départs régionaux, segmente donc à tous crins, à divers niveaux. Outre une segmentation régionale, il pousse par exemple quatre univers de voyage (famille, globe-trotter, gay friendly et prestige). Autant de thématiques pour mieux présenter une offre pléthorique et éviter que l’internaute ne se perde. Nous regroupons des produits avec l’ambition d’améliorer la lisibilité du site, surtout auprès des internautes non aguerris, ajoute Laurent Curutchet.
Si Internet se régionalise sous l’impulsion des géants, quelques acteurs locaux réagissent toutefois et entendent prendre leur part du gâteau, en mettant en avant leur connaissance du terrain. Ainsi, Breizh-Voyages.fr est né en mars sous l’égide d’Ouest Online, une agence rennaise spécialisée dans le marketing et la communication sur Internet. Ce portail rassemble des voyages au départ de l’Ouest. L’internaute breton retrouve, pêle-mêle, 29 destinations depuis Brest ou Nantes, des escapades à Saint-Malo… Nous n’avons pas de licence d’agence, ce n’est pas notre métier, explique le cofondateur du site Vincent Thébault, qui fut chargé dès 1999 du développement Internet chez Go Voyages, puis du marketing chez Opodo. Nous avons sélectionné des partenaires, tels Easyvols pour l’aérien et Promovacances pour certains forfaits. Un mois après son lancement, le portail revendique 3 500 abonnés à sa newsletter.
La démarche est similaire pour BordeauxclicNgo.com, nouvelle marque de Travicom, un spécialiste des voyages de groupes. Soutenu par l’aéroport de Bordeaux, le site décline des séjours et circuits depuis Bordeaux. Les produits sont accessibles en ligne un à huit mois avant le départ. Nous voulons inciter les voyageurs à réserver tôt, en garantissant dans ce cas des tarifs groupes, explique Fabienne Cottin, fondatrice de BordeauxclicNgo. com. Nous visons 7 000 clients la première année, avec un budget de lancement de 20 000 E. Pour l’offre, la jeune femme négocie avec une vingtaine de TO, à qui elle permet d’optimiser le remplissage de leurs vols depuis Bordeaux. Cette diversification sur le Net devrait lui permettre de recentrer son agence traditionnelle, à l’enseigne Aldabra, sur les voyages à la carte, plus rémunérateurs.
Les aéroports de province ont aussi une carte à jouer
Les aéroports, qui ont pour ambition de développer le trafic régional et d’éviter que la clientèle ne parte à Paris, essaient eux aussi de cibler de manière plus pertinente les internautes de leur zone de chalandise. Si Aéroports de Paris, qui avait un temps développé la vente de voyages en ligne à l’adresse Voyages.adp.fr, est revenu à un simple site d’informations aux passagers, certains aéroports de province veulent jouer leur carte.
Celui de Nice a par exemple contribué à la création de Plaisirdepartir.com, un bel exemple de collaboration entre professionnels. L’internaute peut consulter l’offre au départ de la plateforme mais doit choisir une agence pour réserver, rappelle Agnès Henry-Scalliet, responsable du marketing. 16 TO et 80 agences sont abonnés à Plaisirdepartir.com (18 000 visiteurs par mois), moyennant respectivement 2 500 E et 250 E par an.
Lille observe avec intérêt l’exemple de Nice. Nous réfléchissons à la notion de site marchand, indique Alain Berquez, directeur de l’aéroport, qui pourrait pour l’occasion trouver en Cédric Pastour, l’ancien patron de Star Airlines, un appui précieux. Nous n’aurons pas éternellement pour mission d’informer les internautes. Bref, encore un service régional en gestation, que surveillent les agences du nord. Autant d’initiatives qui pourraient donner, dans d’autres régions, de Toulouse à Strasbourg ou de Marseille à Clermont-Ferrand, bien des idées !
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