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Hugues Marchessaux (Air Austral) : « La compagnie revient de loin »

Arrivé il y a un an à la présidence du directoire d’Air Austral, Hugues Marchessaux tire pour L’Écho touristique un premier bilan, alors que les indicateurs financiers semblent mieux orientés pour la compagnie réunionnaise, sortie lourdement endettée du Covid et restructurée en 2023. Entre abandon des Airbus A220 pour des raisons de fiabilité, partenariats avec d’autres transporteurs, où abandon de l’exemption de TSBA pour les compagnies d’Outre-mer, il se confie.

L’Écho touristique : Quel bilan tirez-vous de votre première année ? 

Hugues Marchessaux : Il y a un an, j’ai trouvé une compagnie dans un état difficile, pleine d’interrogations sur son avenir. J’ai essayé de donner du sens aux actions à mener, avec des objectifs raisonnables, sans promettre les grands soirs. Un après, la compagnie a dégagé un petit résultat d’exploitation positif pour la première fois depuis 2018. Sauf accident majeur, nous serons profitables en 2026, nous tenons nos objectifs budgétaires. Je ne dis pas que tout est gagné, mais on est sur une trajectoire positive. Malgré tous nos problèmes d’exploitation, notamment d’avion, nous avons fait un été très bon, en termes de remplissage comme de résultats. Tout ce que nous mettons en place, tout le travail des salariés, commence à faire effet. Tout n’est pas gagné, il y a beaucoup de travail, mais la trajectoire est positive. 

Après une restructuration en 2023 et des apports de capitaux l’an passé, doit-on s’attendre à une nouvelle levée de fonds où à des changements capitalistiques ? 

Hugues Marchessaux : Les actionnaires ont reconstitué la trésorerie en 2024 avec un apport de 25 millions (privés et publics), la région restant actionnaire via la Sematra. À l’heure actuelle, il n’y a pas besoin de levée de fonds supplémentaire. Il n’y a pas une trésorerie pléthorique, mais nous gérons en bons pères de famille et la situation est apaisée. Il n’est pas nécessaire d’injecter plus d’argent.

Les objectifs que vous aviez annoncés à votre arrivée, notamment la rentabilité en 2026, semblent bien engagés. Quels sont les piliers de votre stratégie ?

Hugues Marchessaux : D’abord, il y a la conjoncture : aujourd’hui, elle est favorable aux compagnies aériennes, cela n’a pas toujours été le cas. Les deux facteurs clés en aérien sont le coût du carburant (30 à 35% des dépenses, Ndlr) et la parité euro-dollar. Le carburant a baissé, cela nous aide comme cela aide nos concurrents. La parité euro-dollar actuelle, avec un dollar faible, réduit aussi artificiellement nos coûts, la maintenance et location d’avions étant majoritairement en dollars.

Pour la stratégie propre à Air Austral : nous nous concentrons sur trois lignes long-courriers — Mayotte, où nous sommes leader, La Réunion (ligne très concurrentielle mais où nous avons les meilleurs taux de remplissage, même si notre offre n’est pas la plus importante), et Bangkok, qui est une belle surprise. Opérer Paris, Bangkok et Johannesburg  nous permet d’exploiter trois hubs majeurs et de redistribuer le trafic en coopération avec d’autres compagnies.

Justement, votre salut passe-t-il par les partenariats externes ou les partages de codes ? 

Hugues Marchessaux : Tout à fait. Nous relançons des partenariats (Madagascar, Airlink à Johannesburg, Air Calédonie International, Condor sur Maurice-Réunion …). La clientèle allemande, par exemple, recherche les territoires naturels comme La Réunion. Plus de partenariats sont donc à venir, tout en préservant notre desserte des hubs.

L’Écho touristique : Vous avez connu d’importants problèmes opérationnels ces derniers mois, notamment avec vos Airbus A220 ? Quelles décisions allez-vous prendre ?  

Hugues Marchessaux : Oui, nous avons un problème chronique de fiabilité des moteurs A220, qui nécessitent beaucoup de maintenance, ce qui est difficile pour une petite compagnie comme la nôtre, loin des grands centres techniques. Nous pensons donc changer le modèle économique moyen-courrier d’ici un an à un an et demi, en retirant les trois A220 pour passer à des modèles plus répandus et éprouvés, type 737 ou A320. À ce jour, sur trois A220, seuls deux sont opérationnels, ce qui nous oblige parfois à utiliser des avions long-courriers pour le moyen-courrier, ce qui n’est pas optimal. La flotte idéale serait à terme un seul module moyen-courrier et un seul module long-courrier, avec des choix encore ouverts. 

À quels changements s’attendre sur le programme d’hiver à venir chez Air Austral ? 

Hugues Marchessaux : Notre filiale Ewa, basée à Mayotte, ouvrira la ligne Mayotte-Antananarivo à partir du 1ᵉʳ décembre. Côté Air Austral, nous envisageons d’ouvrir Moroni en mode saisonnier pour répondre au trafic affinitaire en fin d’année, la communauté comorienne à la Réunion devant aujourd’hui passer par Mayotte pour rejoindre Moroni, ce qui n’est pas optimal. Pour le reste, nous tablons sur une stabilité du réseau et le renforcement de certaines fréquences : Bangkok à trois par semaine, La Réunion-Paris à douze par semaine, Mayotte remontera également.

Sur le plan social, comment se porte le dialogue avec vos pilotes et les syndicats ? 

Hugues Marchessaux : Pas de problème majeur à signaler. Le dialogue est constructif et transparent avec les syndicats : l’entreprise revient de loin (quasiment en crise majeure de trésorerie début 2024), mais la situation s’assainit. Un accord de performance collective, dit APC, court jusqu’en mai 2026. Attendons de voir comment se profile l’année avant d’aller plus loin sur le plan social ; pour l’instant, la situation est raisonnable et le dialogue existe.

En début d’année 2025 était instaurée une augmentation de la Taxe de solidarité sur les billets d’avion (TSBA) ? En tant que compagnie ultra-marine, vous sentez-vous davantage pénalisée ? 

Hugues Marchessaux : Oui. La TSBA a été augmentée, passant du simple au double – voire plus pour les classes avant. Jusqu’à l’an dernier, nous étions partiellement exonérés (2,63€/trajet au lieu de 7€, NDLR). Mais aujourd’hui nous n’avons plus ce dispositif, et la seule réponse que nous avons eue c’est que cela pourrait être considéré par la Commission européenne comme une distorsion de concurrence. Résultat : sur un vol Mayotte, on passe de 5,60 à 15€ de TSBA reversé à l’État, et répercuté sur les clients. Nous avons demandé le retour de l’exonération, mais il est peu probable qu’elle soit réinstaurée en 2026 selon les premières réponses du gouvernement.

Enfin, la guerre tarifaire sur le très concurrentiel axe Paris-La Réunion se poursuit-elle ? 

Hugues Marchessaux : Oui, toujours : c’est la troisième ligne long-courrier au départ de Paris après New York et Montréal, et quatre opérateurs s’observent et ajustent fréquemment leurs grilles tarifaires. Quand l’un lance des promotions, les autres doivent dégainer. L’été 2025 a été très dynamique, après un été 2024 pénalisé par un effet repoussoir des JO. Cela se traduit par de très bons chiffres pour l’aéroport de Saint-Denis cet été. Ce qui rend confiant, c’est que le marché océan Indien est dynamique, il existe un véritable besoin de transport aérien entre communautés importantes, clientèle affinitaire et touristique, et croissance économique sous-jacente.

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