Etats-Unis : le retour en grâce
Le pays de l’Oncle Sam séduit à nouveau. Mais, face à la reprise du tourisme et à la vigoureuse croissance du marché intérieur, le prix des hôtels, en particulier à New York et Las Vegas, flambe.
Après trois années de forte décrue (41 millions de touristes internationaux en 2003, contre 51 en 2000, – 20 %), les Etats-Unis ont enfin renoué avec la croissance. Le pays a accueilli 46 millions de visiteurs en 2004 (+ 12 %). Sur le marché français, la chute a même atteint 37 % en trois ans. Aux conséquences du 11 Septembre s’est ajoutée la brouille diplomatique entre la France et les Etats-Unis. Mais, là aussi, la reprise est sensible (+ 13 % en 2004). De quoi réjouir les responsables du tourisme américain, réunis la semaine dernière à New York, à l’occasion du traditionnel Pow Wow. Un choix plus que symbolique, visant à tourner une fois pour toutes la page du 11 Septembre, puisque Big Apple n’avait pas accueilli le salon du tourisme depuis 1995…
Cette année devrait s’inscrire dans la continuité. Les prévisions des autorités font état d’une croissance de 7 % pour le marché français. Pessimistes, au vu des premières données ! Selon le BSP le nombre de billets émis pour les Etats-Unis a progressé de 14,2 % sur un an, jubile Isabelle Gelee, directrice du Visit USA Committee France. Nous allons retrouver notre record historique de 2001, avec 16 000 clients, contre 8 000 il y a deux ans, ajoute Patrice Caradec, directeur général de Vacances Transat, qui, face à la demande, ne cesse d’augmenter son offre, en particulier pour les circuits.
Une cote d’amour intacte, malgré l’obsession sécuritaire
L’Ouest se vend toujours bien, mais on constate à nouveau une demande pour des circuits dans l’Est, ce qui atteste d’une reprise en profondeur, complète Jean- Marie Douau, directeur de Jetset, qui se félicite d’une hausse des réservations d’au moins 30 %. Nous vendons aussi Les Rocheuses ou le Nord-Ouest. Car, contrairement à certains confrères, nous avons conservé, en brochure, de la place pour ces régions plus confidentielles, qui séduisent les habitués des Etats-Unis. La croissance atteint 37 % pour Vacances Fabuleuses. Elle est un peu plus faible pour Kuoni, mais toujours à deux chiffres. Nous espérons franchir le cap des 20 000 clients pour les deux marques en 2005, contre 16 900 l’an dernier, précise aussi Maureen Lachant, directrice de production de Kuoni. Thomas Cook n’est pas en reste, avec une progression de 43 %.
Les raisons de ce retour en grâce ? Bien évidemment la faiblesse du dollar, qui confère aux Français un excellent pouvoir d’achat, estime Jean-Marie Douau. Revers de la médaille : la reprise est d’autant plus fragile que dépendante, en partie, d’une hausse de la monnaie américaine, même si elle ne semble pas d’actualité. Certains Français, qui avaient décidé de reporter un voyage aux Etats-Unis en raison du contexte politique, n’ont peut-être pas envie d’attendre encore quatre ans, ironise aussi Jean-Marie Douau, certain que la cote d’amour du pays est intacte. Il faut d’ailleurs arrêter de mélanger politique et tourisme et rappeler que les Français sont très bien accueillis sur place, remarque Hervé Dexin, chez Marketing et Communication, qui représente en France quatre Etats des Rocheuses et le Vermont.
Pou autant, il demeure quelques sujets d’inquiétude pour l’avenir, à commencer par la gestion de la sécurité sur place. Roger J. Down, le président de la Travel Industry Association of America (TIAA), n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler, lors du Pow Wow, que si la sécurité était une priorité, il était aussi essentiel de savoir accueillir les touristes, soulignant que l’image du pays s’était fortement dégradée ces dernières années.
Passeport biométrique ou passeport à lecture optique ?
En ligne de mire : les formalités aux frontières. Ainsi, les Etats-Unis souhaitaient exiger un nouveau passeport biométrique (avec des éléments du type empreinte digitale) dès octobre pour entrer sur leur territoire, en lieu et place du passeport à lecture optique. Finalement, le délai devrait être repoussé d’un an. Il faut dédramatiser ce point, nuance, cependant, Isabelle Gelee. Le passeport biométrique sera nécessaire pour les visiteurs qui ont encore un passeport classique. Pour ceux qui ont déjà un passeport optique, ce dernier restera valable jusqu’à sa date d’expiration.
De la flambée des tarifs à la difficulté de se loger
Cette forte reprise (les autorités américaines estiment que le nombre de visiteurs internationaux dépassera le record de 51 millions dès 2006, et prévoient une croissance de 25 % d’ici 2008) entraîne, par ailleurs, un dérapage des tarifs. Car, parallèlement, les Américains sont plus nombreux à rester dans leur propre pays, et sont prêts à payer le prix fort ! Les hôteliers n’ont plus besoin des TO pour remplir leurs chambres, résume Barbara Livney, chef de produits chez Thomas Cook.
Du coup, le nombre d’allotements ne cesse de diminuer. Aucun voyagiste n’ayant les moyens d’acheter des chambres fermes plusieurs mois à l’avance, les réservations risquent de se faire, à l’avenir, de plus en plus à la demande, et souvent au prix fort. Business is business, rétorquent les hôteliers, qui ont vite oublié le soutien apporté par les TO au lendemain du 11 Septembre !
Si la situation est encore acceptable dans l’Ouest, elle est critique à Las Vegas, où les tarifs varient chaque jour ! A New York, le taux d’occupation des hôtels a atteint le niveau record de 83 % en 2004, et les prix s’envolent. Pire, les TO peinent parfois à trouver de la place. Nous recevons de plus en plus souvent des ‘black out dates’, c’est-à-dire des jours, voire des semaines entières, interdits à la vente, même si nous avons des allotements, regrette Barbara Livney.
Conséquence : les voyagistes précisent désormais dans leurs brochures, au moins pour Las Vegas et maintenant New York, que les prix ne sont qu’indicatifs. Et, à l’avenir, ils pourraient ne plus être en mesure de garantir un hôtel spécifique, mais seulement une catégorie, avec de surcroît plusieurs jours de délais. Reste que devant la difficulté de se loger, les touristes qui avaient pris l’habitude de se débrouiller seuls depuis quelques années risquent une mauvaise surprise. De quoi les inciter, demain, à utiliser de nouveau les services des voyagistes.
%%HORSTEXTE:1%%