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Après la faillite de Thomas Cook, l’ère de la défiance

Et vous, vous êtes solides ? Je prends un risque en vous versant un acompte ? Telles sont les questions auxquelles il faut désormais s’attendre, estime François Piot, dans une tribune que nous publions intégralement.

Le monde du tourisme a changé le 22 septembre 2019, jour de la faillite de Thomas Cook en Angleterre. Non seulement il va falloir nous habituer à ne plus voir Thomas Cook ni Jet tours, mais leur faillite va entraîner avec eux de nombreux fournisseurs de cette marque mondiale, hôteliers, compagnies aériennes, tour-opérateurs, agences de voyages.

Il est impossible de savoir quels sont ceux qui vont tomber, bientôt ou plus tard, tant Thomas Cook pèse lourd chez la plupart des tour-opérateurs français. En effet, l’ancien réseau Havas Voyages* racheté par Neckermann est le premier client de nombreux opérateurs et hôteliers, et beaucoup ne seront pas payés de leurs factures de l’été 2019.

François Piot, président du groupe Prêt à Partir.

Même pour ceux qui ont réussi à se faire payer in extremis, la saison 2020 sera très compliquée sans les clients de Thomas Cook.

Cette situation s’impose à tous les acteurs du tourisme et va forcément remettre sur le tapis la question des délais de paiement. On ne prête qu’aux riches.

Plus je te fais confiance, plus je te fais crédit… Et, vue du côté des tour-opérateurs, la France est le mauvais élève de l’Europe : outre-Rhin, lorsque le client s’inscrit dans une agence de voyages, l’argent est envoyé directement au TO et ne transite pas par les comptes du distributeur. L’agence perçoit sa commission bien plus tard, et c’est le TO qui lui verse. Chez nous, c’est le modèle des franchisés Nouvelles Frontières. David contre Goliath.

Vu du côté distributeur, cette manne financière est un avantage acquis sur lequel il sera très difficile de revenir. C’est aussi ce qui justifie notre responsabilité de plein droit, qui a fait tant couler d’encre… et de larmes.

Si les TO demandent légitimement à leurs distributeurs de les payer plus vite, quelle contrepartie pourront en attendre les agences de voyages ? Il paraît difficile d’augmenter encore les taux de commission. N’oublions pas que si les TO vendent en direct sur Internet, c’est pour pouvoir verser de hautes commissions à leurs distributeurs. Mais est-ce un bon calcul de payer Google plutôt que son client ?

Je vois ainsi poindre une nouvelle difficulté. Bientôt, certains de nos clients nous questionneront : « Et vous, vous êtes solides ? Je prends un risque en vous versant un acompte ? Est-ce que je peux vous le verser plus tard ? Vous payer après le voyage ? Et le TO que vous m’avez vendu, il sera encore là dans 6 mois ? ».

Nous sommes entrés dans l’ère de la défiance.

Cela fait des années que les grandes entreprises édulcorent leur communication et endorment le grand public par des arguments pseudo-scientifiques et rarement démontrés : du « lave plus blanc que blanc » au green washing, le pas a depuis longtemps été franchi.

Que dire de ces grands groupes français, entreprises mondiales, qui prétendent avoir replanté des millions d’arbres au Niger, quand nous les avons cherché en vain, avec l’ONG Niger ma Zaada, et que nous n’avons trouvé qu’un désert ? Que dire de ces constructeurs automobiles qui ont triché sur les performances des émissions de CO2 de leurs véhicules, ce qu’on appelle désormais le Diesel Gate ? Comment le consommateur peut-il avoir confiance ?

Montons encore une marche. Rappelez-vous l’affaire du sang contaminé. Le faux attentat de l’Observatoire – au moins c’était drôle. Le mensonge politique a des conséquences dramatiques et durables, d’un Brexit dont personne ne veut en réalité, jusqu’au terrible conflit en Irak, auquel feu le Président Chirac nous a très justement permis d’échapper.

Grâce à Internet, tout le monde communique dans tous les sens, sans filtre, sans censeur, sans retenue. Tout le monde peut dire ce qu’il veut, rien ne vient sanctionner les menteurs. La seule punition est qu’on retrouve facilement ce qui a été dit plusieurs années auparavant, et que celui qui a menti peut se faire dénoncer par le premier venu.

La seule bonne attitude, la seule attitude durable et soutenable, c’est d’être sincère, d’être cohérent, et de reconnaître ses erreurs.

François Piot, président du groupe Prêt à Partir

*Havas Voyages est aujourd’hui totalement indépendant de Thomas Cook ou de ses partenaires : la marque et le réseau appartiennent depuis novembre 2015 au groupe Marietton Développement, tient à rappeler ce dernier.

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