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Agences : faut-il avoir peur des grands méchants TO ?

La concentration du tour-operating en France doit-elle inquiéter les agences de voyages ? La question, plus d’actualité que jamais avec le rachat de Transat France par le groupe TUI, a été soulevée lors d’un débat dans le cadre des 23èmes Journées des Dirigeants Manor.

C’est une transaction qui fait beaucoup de bruit sur la planète tourisme. La reprise de Transat France par le groupe TUI, validée le 20 octobre par la Commission européenne, aboutit à la formation d’un ensemble totalisant 21% de parts de marché, 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, et 1,2 million de clients.

Ce contexte de concentration du tour-operating est-il favorable ou pas aux agences de voyages ? Lors de son congrès annuel qui se tenait du 18 au 20 novembre à Biarritz, le réseau Manor a mis la question en débat. Un échange animé, parfois tendu, qui montre que le sujet divise.

Concentrer pour mieux résister 

"L’ennemi commun c’est les Booking, les Google, les Airbnb. Ils menacent les TO de marginalisation. Mais si nous sommes marginalisés, qu’est-ce que vous aurez à vendre ?", a lancé le président de TUI France Pascal de Izaguirre aux agents présents, tout en minimisant le poids de son groupe qui, dit-il, ne représente que "21% de parts du marché du Seto, qui ne représente lui-même pas tous les TO, lesquels ne représentent pas tout le marché".

Surtout, l’exception française ne peut plus durer. "Il n’y a qu’en France qu’il y a un nombre de TO aussi important. L’économie du tour-operating se porte mal avec une très forte pression sur les marges. La concentration est souhaitable pour résister à l’érosion du marché", a-t-il souligné.

Des TO dépendants de la distribution

Pas question pour autant de froisser la distribution dont il a grand besoin pour installer la notoriété, aujourd’hui très faible, de la marque TUI. "Je ne voudrais pas qu’on oppose artificiellement les TO à la distribution", a-t-il d’ailleurs indiqué en préambule. Le patron précise par ailleurs que les réseaux tiers sont en très forte augmentation, avec une part du chiffre d'affaires réalisée par les agences de 45% en 2015-2016, contre qui est passée de 41% un an plus tôt.  

Club Med/Jet tours, TUI/Nouvelles frontières, Thomas Cook/Havas, Thomas Cook/Jet tours… Nicolas Delord, président de Thomas Cook France, a rappelé de son côté que la concentration du secteur, avec des résultats plus ou moins heureux, n’est pas nouvelle. Faisant front commun avec Pascal de Izaguirre pour défendre ce mouvement, il a dressé un constat sans appel : "Nous perdons des millions d’euros depuis des années. C’est la preuve qu’il n’y a pas assez de clients et trop d’offres sur un marché qui n’en finit pas de décroître".

Salle des débats, à l'Hôtel du Palais de Biarritz, lors du congrès Manor, le 18 novembre 2016.

 

Distorsion de concurrence

Agacé, Guy Zekri, directeur général de Beachcomber tours, a dénoncé la "distorsion de concurrence entre de grands groupes qui gagnent beaucoup d’argent en Europe et en perdent en France", tandis que les petits TO ne peuvent pas s’offrir ce luxe. Il précise au passage qu’en Belgique – le pays représentant 100 millions d’euros de CA avec le marché des Pays-Bas –, TUI a baissé les commissions versées aux agences. "Dans ce pays, le client n’a plus le choix qu’entre deux TO : TUI et Thomas Cook", a-t-il conclu.

A la tête du TO Austral Lagons, leader sur la Polynésie et les Seychelles, Hélion de Villeneuve s'est rangé du côté des "grands". "La concentration est inévitable et souhaitable. Les petits TO ne feront pas le marché. Oui, nous regardons les gros TO, et nous en avons peur, mais nous avons aussi une chance, c’est notre souplesse. Nous sommes complémentaires", a-t-il expliqué, en soulevant la problématique des départs de province, "impossibles à tenir" sans consolidation du secteur. Une position cohérente avec la stratégie de sa société, Le Monde à la Carte, qui a cédé son TO de niche Secrets de Voyages à François-Xavier de Bouärd au printemps dernier.

Une distribution elle aussi consolidée 

Reste une inconnue : sur un marché français aussi tendu, pourquoi les grands groupes continuent-ils d'investir ? "Ce n’est pas parce qu’on perd de l’argent depuis des années qu’on ne va plus en gagner", a tempéré Nicolas Delord. Quant à Pascal de Izaguirre, il a soutenu que TUI ne fait pas dans le "sentimentalisme" en France, avec des effectifs considérablement réduits. "TUI persiste car il fait l’analyse que pour gagner de l’argent, il faut que la concentration ait lieu", a-t-il analysé. Un effort coûteux que Transat n’aurait pas eu les moyens d’accomplir, selon lui.

"Je constate le même phénomène de concentration dans la distribution : est-ce que nous, en tant que TO, ça ne nous inquiète pas ? La distribution va-t-elle nous racketter ?", a interpellé Pascal de Izaguirre, en référence au rapprochement entre Selectour et Havas Voyages au sein d'un même GIE. Et de poursuivre comme il a commencé :  "Eh bien je ne pousse pas des cris d’orfraie, car la concentration est inéluctable dans ce secteur, c’est une évolution normale". Rappelons que Jean Korcia, président de Manor, a démenti un rapprochement avec le nouveau GIE piloté par Laurent Abitbol. 

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