2005, une année chaotique pour les agences
L’activité des agences de voyages a été erratique en 2005, avec une progression des ventes concentrée sur le printemps et l’été, selon le Centre d’observation économique. Phénomène auquel les agences en ligne furent moins sensibles.
Après une année 2004 synonyme de reprise, marquée par une hausse du volume d’affaires de la distribution de 3,9 %, 2005 apparaît comme une année de consolidation. La croissance a atteint 1,9 % en valeur l’an dernier, selon le baromètre établi par le Centre d’observation économique (COE) et le Syndicat national des agences de voyages (Snav).
Ce résultat médiocre cache cependant une évolution chaotique, avec un mauvais démarrage des ventes tourisme en janvier et février, puis une reprise de l’activité, avant de connaître un dernier trimestre qui a fait l’effet d’une douche froide. Après un premier recul des ventes en octobre, l’activité s’est en effet effondrée de 9,7 % en décembre, phénomène qui a pour une fois touché tant la billetterie (-5,2 %) que la vente de voyages à forfait (-16,8 %). Cette dernière n’a d’ailleurs fait que reculer le dernier trimestre, avec des décrochages importants en octobre (-5,2 %) et novembre (-12,7 %).
Au global, les trois derniers mois se soldent par un retrait de 3,2 % du volume d’affaires total par rapport au quatrième trimestre 2004. La dégringolade est d’autant plus inquiétante que le COE signale que les prix de la billetterie se sont accrus de 6,8 % en décembre 2005 par rapport à décembre 2004, et celui des voyages à forfait de 0,5 %. Ce qui signifie qu’en nombre de clients, le recul de l’activité est encore plus massif.
L’année de la commission zéro
C’est donc la billetterie, avec une progression annuelle de 4,3 % (contre + 4,6 % en 2004) qui a porté une nouvelle fois l’activité des distributeurs, les ventes loisirs ont pour leur part baissé de 1,25 %. Elles n’avaient déjà augmenté que de 0,9 % en 2004. Alors que 2005 restera comme l’année du passage à la commission zéro, la part de la billetterie dans le volume d’affaires des agences s’est de fait à nouveau fortement renforcée, à 75,2 % (contre 73,6 % en 2004 et 73,1 % en 2003). On est loin des beaux discours des dirigeants des réseaux, qui voulaient développer à tout prix l’activité tourisme.
Si les ventes de voyages à forfaits dans les agences n’ont pas brillé, selon les statistiques du COE, l’activité loisirs a pourtant été plutôt bonne pour les producteurs, selon les résultats enregistrés par les voyagistes membres de l’association des TO (Ceto). Au cours de l’exercice 2004-2005, clos au 31 octobre 2005 (qui ne tient pas compte des mauvais résultats de novembre et décembre), le nombre de clients qui ont acheté un forfait a ainsi progressé de 6,5 % (à 4, 9 millions), et de 2,5 % pour les vols secs (1,6 million). Le Maroc et la Tunisie ont confirmé leur retour en grâce, avec des croissances respectives de 21,4 % et 16, 7 % pour la vente de voyages à forfait.
Les agences en ligne…droite
Ce décalage entre les chiffres du COE/Snav et ceux du Ceto peuvent s’expliquer par le développement des ventes directes, mais aussi par la non prise en compte par le COE des ventes réalisées par les agences en ligne. Et ce alors que le Web est devenu un canal de distribution majeur, en particulier pour les vols secs et les forfaits entrée de gamme. Résultat : les grands réseaux affichent des progressions en 2005, mais souvent grâce à des opérations de croissance externe : rachats pour les distributeurs intégrés, affiliations de nouveaux adhérents pour les réseaux volontaires.
Si l’année a été chaotique pour les agences traditionnelles, elle fut bien plus rectiligne pour les distributeurs en ligne. Avec une croissance musclée et régulière, même si le dernier trimestre fut lui aussi, dans une moindre mesure, périlleux. Car la France est désormais bel et bien branchée ! L’Hexagone comptait 9,5 millions d’abonnements à l’Internet haut débit fin 2005, soit une progression de 44,1 % en un an, selon l’Autorité de régulation des télécoms.
Le dernier baromètre Opodo, réalisé par Raffour Interactif en janvier auprès de 1 000 personnes, confirme l’appétence des Français pour les sites de voyages. Sur les 31,5 millions partis en 2005, 11,5 millions (37 %) ont préparé leurs voyages sur Internet. Et 5,7 millions (18 % des départs) ont réservé en ligne. En d’autres termes, la moitié des personnes qui s’informent sur le Web réservent aussi en ligne.
Le confort avant les prix cassés
Le taux de transformation s’améliore fortement, et ce grâce à la conjonction de deux phénomènes. Les sites sont de plus en plus performants, note Guy Raffour, auteur du baromètre. Et la confiance dans les achats en ligne de tourisme s’installe. A noter aussi que les agences en ligne séduisent surtout pour des éléments de confort, avant même la recherche de prix cassés. Les Français y accèdent quand ils veulent, et sans se déplacer. Résultat : les sept groupes de e-tourisme membres de la Fédération des entreprises de vente à distance (Fevad) ont enregistré un bond de 45 % de leurs ventes l’an dernier. Accorhotels.com, Expedia, Lastminute, Nouvelles Frontières, Opodo, Voyages Loisirs et Voyages-sncf ont atteint, avec un volume d’affaires global de 2,3 milliards d’E, la taille du premier réseau français, Carlson Wagonlit Travel.
Voyages-sncf.com a réalisé à lui seul un volume d’affaires de 1,16 milliard d’E en 2005 (+48 %). Le site confirme sa légitimité en tant que distributeur de billets de train (+52 %, à 986 ME). Il est ainsi devenu le premier point de vente de la SNCF, devant la gare Paris-Montparnasse. Les prestations non ferroviaires ont augmenté de 28 % (à 173 ME), ce qui porte à 15 % du volume d’affaires cette activité agence de voyages.
Opodo France décoiffe encore plus, avec un boom des ventes de 72 % (à 450 ME). La filiale d’Amadeus, qui a absorbé Karavel/Promovacances il y a un an, se hisse sur la deuxième marche du podium du e-tourisme. Lastminute France est en embuscade. L’agence en ligne, rachetée en 2005 par l’américain Travelocity, ne communique plus de chiffres par pays. Si 2005 ne fut pas un excellent cru, ses ventes hexagonales (plus de 300 ME) ont affiché une croissance à deux chiffres. Enfin, Expedia, également peu disert sur ses résultats, a gagné des parts de marché. Dans l’Hexagone, sa croissance fut proche de 100 %. Dommage, dans ce contexte, que le baromètre COE/Snav n’intègre toujours pas tous ces ténors du e-tourisme, qui constituent un vivier pour les jeunes diplômés. Le bilan 2005 serait un peu plus nuancé…
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