Après une escale à Séville l'an dernier, le World Connect retrouve son ancrage monégasque. Jusqu'à vendredi, la 17e édition du rendez-vous annuel organisé par APG, réseau mondial de représentation de compagnies aériennes, rassemble à l'hôtel Fairmont plus de 500 décideurs issus de 96 pays, dont les dirigeants de 70 transporteurs. Une affluence inédite dans l'histoire de l'événement, souligne son président fondateur Jean-Louis Baroux, au point que des chambres supplémentaires ont dû être réservées dans un hôtel voisin pour accueillir l'ensemble des délégations.
Cette mobilisation tient sûrement autant à la stature acquise par ce sommet qu'au besoin, pour les dirigeants de l'aérien, de confronter leurs lectures d'une conjoncture devenue singulièrement instable. Car le thème retenu cette année, consacré à l'adaptation aux mutations du secteur et aux leviers d'une croissance durable (« Navigating Change, Unlocking Growth »), résonne avec une acuité particulière.
Un an après s'être interrogée à Séville sur son déficit d'image et sa communication en Europe, l'industrie fait face à des vents contraires cette fois-ci plus opérationnels. « Le programme reflète les questions auxquelles beaucoup d'entre vous sont confrontés au quotidien : d'où viendront les prochaines opportunités, comment garder une longueur d'avance sur les évolutions de la distribution et comment maintenir le cap face aux turbulences géopolitiques évidentes », résume Sandrine de Saint-Sauveur face à l’assemblée, ce jeudi matin.
Un modèle économique mis à l'épreuve
Depuis le printemps, l'enlisement du conflit au Moyen-Orient a profondément désorganisé la carte du ciel mondial : fermetures d'espaces aériens, allongement des temps de vol et contournement des grands hubs du Golfe ont redistribué une partie des flux long-courriers. Pour la première fois depuis la reprise post-Covid, la demande mondiale de passagers a également marqué le pas à la rentrée, dans le sillage du repli observé au Moyen-Orient, mais aussi sur certains marchés intérieurs.
Mais c'est surtout sur le terrain financier que la pression s'accentue : l'envolée des cours du kérosène depuis le début de la guerre alourdit considérablement les coûts d'exploitation et contraint déjà plusieurs transporteurs européens à revoir leurs prévisions annuelles ou à rogner sur leurs capacités. « Ce ne sont pas des problèmes abstraits, prévient Pieter Elbers, ancien directeur général de KLM et d’IndiGo, lors de son discours d’introduction. Ils auront un impact direct sur les résultats financiers de nombreuses compagnies. »
À mesure que les couvertures financières souscrites avant la crise s'épuisent, l'équation de l'année 2027 s'annonce délicate pour les compagnies les plus exposées, partagées entre la tentation de relever leurs tarifs et le risque de freiner la demande. Et si Pieter Elbers décrit une industrie résiliente face aux nombreuses crises traversées ces dernières années, il avertit son audience : « Pour la prochaine décennie, il s'agira de transformer la résilience en croissance. Cela nécessitera trois choses : l'agilité, l'humain et un écosystème aérien connecté. »
Géopolitique, consolidation et défis industriels
C'est autour de ces lignes de fracture que s'articulent les deux journées de débats. Après les interventions inaugurales, les échanges porteront ce jeudi sur la relation client et la distribution, en présence notamment de représentants d'Air France, d'Ethiopian Airlines et de KM Malta Airlines, avant d'aborder l'exposition du secteur aux crises géopolitiques.
Vendredi, les discussions se déplaceront sur le terrain de la résilience commerciale et de la consolidation, avec Roberto Alvo, patron du groupe sud-américain LATAM, et Luis Rodrigues, PDG de TAP Air Portugal. Les contraintes industrielles et technologiques, entre retards de livraison des avionneurs et impératif de sobriété énergétique des flottes, clôtureront les travaux autour de Yannick Assouad (Thales Avionics) et d'Eric Schulz, ancien directeur commercial d'Airbus.
En marge des conférences, qui recourent de nouveau à l'intelligence artificielle pour la traduction simultanée, l'événement cultivera enfin la marque de fabrique mondaine qui a fait sa réputation : un récital du pianiste Kotaro Shigemori, lauréat du prix Cortot 2026, et, pour la première fois, un défilé du couturier Christophe Guillarme précéderont ce jeudi soir le traditionnel dîner de gala au Fairmont.