Le géant allemand du transport aérien Lufthansa a annoncé mardi anticiper pour 2026 un fort alourdissement de sa facture de kérosène en raison du conflit au Moyen-Orient, l’amenant à resserrer ses prévisions annuelles malgré une hausse de 30% de son bénéfice net au troisième trimestre.
« En raison d’une situation géopolitique inchangée, notre facture de carburant prévue pour l’ensemble de l’année s’élève désormais à 9,3 milliards d’euros », soit 2 milliards de plus qu’en 2025, a indiqué dans un communiqué le directeur financier de Lufthansa, Till Streichert. Cette estimation a été rehaussée de 600 millions d’euros par rapport au trimestre précédent. Pour amortir ce choc, le groupe souligne disposer d'un taux de couverture carburant d'environ 86% pour ses compagnies passagers en 2026, et déjà supérieur à 60% pour 2027.
Compte tenu de ces coûts, le groupe table désormais sur un résultat opérationnel ajusté compris entre 1,7 et 2 milliards d’euros en 2026, contre une fourchette de 1,7 à 2,2 milliards précédemment.
Trimestre record
De juillet à septembre, le groupe de Francfort est parvenu à absorber une hausse de 543 millions d’euros de sa facture énergétique grâce à une forte demande de vols et à la maîtrise de ses autres coûts (les coûts unitaires hors carburant et émissions des compagnies de réseau n'ont progressé que de 0,5%).
Le groupe a enregistré sur la période le chiffre d’affaires trimestriel le plus élevé de son histoire, à 12,2 milliards d’euros (+9% sur un an). Son bénéfice opérationnel ajusté a progressé de 6%, à 1,4 milliard d'euros (soit une marge de 11,5%). Son bénéfice net a quant à lui bondi de 30%, à près de 1,3 milliard d’euros (contre 966 millions d'euros un an plus tôt), reflétant les bonnes performances opérationnelles de l’entreprise, des effets de valorisation positifs et l’absence d’un impact fiscal défavorable qui avait pesé l’an dernier.
Lufthansa Airlines à la peine, Swiss et Austrian en progression
Au troisième trimestre, les compagnies de réseau du groupe ont augmenté leur capacité en sièges de 1,6%, une première cette année, principalement sur le long-courrier vers l'Amérique du Sud, l'Afrique et certaines lignes asiatiques. Si le coefficient de remplissage a légèrement reculé (-1,3 point), les recettes moyennes ont grimpé de 6,8%, soutenues par les classes avant (premium) et les liaisons vers l’Asie et l’Amérique du Nord.
Le résultat opérationnel des compagnies a néanmoins reculé de 108 millions d'euros sur un an, à 853 millions d'euros, alourdi par plus de 400 millions d'euros de surcoûts de kérosène. Si Swiss, Austrian Airlines et Brussels Airlines ont toutes dépassé leurs résultats de l'an dernier, la marque historique Lufthansa Airlines a de nouveau pesé sur l'ensemble, pénalisée en outre par environ 65 millions d'euros de coûts liés aux grèves du premier semestre.
« Après avoir réussi son redressement en matière de fiabilité et de satisfaction client, notre marque principale doit désormais accélérer son redressement financier grâce aux mesures déjà prévues et à des actions supplémentaires, afin de redevenir la vitrine et la référence du groupe », a prévenu Carsten Spohr, président du directoire.
Eurowings redéploie ses vols du Golfe vers l'Europe du Sud
Sur le segment point à point, Eurowings a réduit son offre de 3,5% au troisième trimestre : en raison de la crise au Moyen-Orient, la filiale a suspendu ses vols vers la région du Golfe avant de redéployer ses capacités sur des liaisons plus courtes, principalement vers l'Europe du Sud.
Ses recettes unitaires ont bondi de 10%, tirées par la demande premium en Europe et les revenus auxiliaires, malgré une hausse de 4,8% de ses coûts unitaires hors carburant (liée notamment aux coûts salariaux et à la hausse des redevances aéroportuaires, en particulier à Majorque). Avec la contribution de la coentreprise SunExpress (103 millions d'euros, soit +20 millions sur un an), le pôle point à point voit son bénéfice opérationnel progresser de 16 millions d'euros, à 214 millions d'euros.