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Quels changements pour les entreprises ?

« Le président qui réformera la France » a officiellement pris les clés de l’Elysée le 16 mai. Nicolas Sarkozy veut rendre applicable dès l’été ses premières mesures pour « réhabiliter le travail ». Mesures qui auront des incidences sur le quotidien des entreprises du tourisme, pour la quasi-totalité des PME. »

C’est une belle harmonie quand le faire et le dire vont ensemble, disait Montaigne. L’Histoire dira si le nouveau chef de l’Etat Nicolas Sarkozy a joué ou non au poker menteur ! En attendant qu’il abatte ses cartes, l’Association professionnelle de solidarité du tourisme (APS) a dressé l’inventaire des dispositions autour desquelles sa campagne a été menée. Il y a en particulier des promesses sur le plan économique, qui concernent le quotidien de la plupart des entreprises de tourisme. Pendant cinq ans, notre association gardera en mémoire les engagements du candidat, qui auront des conséquences importantes dans la gestion de nos entreprises, assure l’association. Travailler plus pour gagner plus ! C’est la promesse la plus emblématique du candidat Sarkozy. A défaut de remettre en cause les 35 heures, le chef de l’Etat entend contourner l’obstacle en exonérant les heures supplémentaires d’impôts et de cotisations sociales. Parmi les chefs d’agences, d’aucuns applaudissent la mesure, vrai pied de nez à la réduction du temps de travail. En découlerait une baisse de 25 % du coût salarial horaire, alors que l’employé au Smic effectuant quatre heures de plus par semaine obtiendrait un gain de 17 % sur sa feuille de paye.

Les heures supplémentaires sont monnaie courante dans notre secteur. Leur détaxation serait un élément extrêmement favorable pour le développement des agences, estime Richard Vainopoulos, président de Tourcom. Même son de cloche chez l’un de ses adhérents, LCC Voyages (Conflans-Sainte-Honorine). Tout ce qui va dans le sens de l’allègement des charges et des impôts est positif. L’économie ainsi réalisée permettrait d’embaucher, complète son directeur Jean-Jacques Loutrel.

Volontaires pour les heures sup’

Runaworld.com (membre du Cediv) y voit un autre effet positif : la possibilité d’élargir l’amplitude des horaires d’ouverture. Avant le passage aux 35 heures, nos agences étaient ouvertes jusqu’à 19 heures-19 h 30. Aujourd’hui, nous fermons une heure plus tôt, et je suis même obligé de recourir à des services externalisés le samedi. La détaxation des heures supplémentaires va me permettre d’offrir un service digne de ce nom, assure Christian Coulaud, PDG. Jean-Pierre Mas, président d’Afat Voyages, positive aussi, mais nuance ses propos : Cette disposition répond à deux besoins : s’adapter plus facilement à la saisonnalité de la demande et permettre de rehausser les bas salaires, fréquents dans notre secteur. Mais le levier des heures supplémentaires défiscalisées ne doit pas dissuader les chefs d’entreprises d’embaucher.

Des économistes voient une autre dérive potentielle : la tentation, pour certains patrons, de remplacer des hausses de salaires par des heures supplémentaires fictives, en accord avec les salariés, pour payer moins de charges. Didier Munin, PDG de Boiloris, n’est pas dans cet état d’esprit. Aujourd’hui, mes salariés travaillent 37 heures, la différence avec les 35 heures se traduisant par des RTT. Demain, j’espère pouvoir leur proposer de travailler 39 heures, avec 4 heures supplémentaires rétribuées, sur la base du volontariat. Les salariés sans enfant devraient être fortement intéressés.

Les allègements de charges intéressent les patrons

Annette Masson, présidente de la Fédération française des techniciens et scientifiques du tourisme (FFTST), est plus circonspecte. Les salariés ont-ils vraiment envie d’effectuer des heures supplémentaires ? Les Français se plaignent souvent d’avoir une trop importante charge de travail, et de devoir accomplir en 35 h ce qu’ils faisaient en 39. Or les entreprises ne parviennent pas à recruter. C’est l’allègement des charges dans leur ensemble qui intéressent les patrons, et pas seulement celles concernant les heures supplémentaires. L’APS rappelle d’ailleurs que Nicolas Sarkozy a pris des engagements à ce propos, à travers un programme de réduction des charges sociales, mais n’atribuerait pas les mêmes allègements aux entreprises qui augmentent les salaires et aux autres. Le président s’est aussi engagé à supprimer l’imposition forfaitaire annuelle (IFA). Cet impôt est perçu que l’entreprise fasse ou non des bénéfices, pour peu que son chiffre d’affaires atteigne 400 000 E par an. Enfin, il a annoncé son dessein d’instaurer un impôt sur les bénéfices des sociétés modulé (plus élevé pour celles qui suppriment des emplois), et de réformer la taxe professionnelle.

Parallèlement, le locataire de l’Elysée a évoqué la création d’un contrat de travail unique (CTU) pour les nouveaux embauchés, qui sonnera le glas du contrat à durée déterminée. Le CTU consiste en un contrat à durée indéterminée pouvant être rompu par consentement mutuel. En contrepartie, le salarié bénéficierait de la garantie sociale professionnelle, lui permettant de toucher 90 % de son salaire en cas licenciement économique, s’il respecte des obligations (formation, recherche active d’emploi…). Nicolas Sarkozy défend ainsi l’idée d’un contrat de travail plus souple, incitant les entreprises à embaucher. Ce qui ne serait pas pour déplaire à Jean-Jacques Loutrel. Aujourd’hui, nous hésitons à recruter alors que nous travaillons à flux tendus. Car il est plus facile d’embaucher que de débaucher. Jean-Pierre Mas comprend les préoccupations des chefs d’entreprise… mais aussi celles des vendeurs. La flexibilité est nécessaire, pour autant qu’elle ne rime pas avec précarité. En d’autres termes, certains salariés redoutent que les employeurs puissent trop facilement licencier.

Des mesures pour les TPE

D’autres engagements font l’unanimité dans le tourisme. En particulier la simplification administrative ou l’amélioration des conditions de financement pour les PME. Ces points, sur lesquels Nicolas Sarkozy se fait insistant, intéresseront au premier chef la distribution, constituée majoritairement de TPE (moins de 20 salariés). Selon l’APS, une agence emploie en moyenne un peu plus de trois personnes.

Un tourisme invisible ?

Dernier sujet, spécifique au tourisme : Nicolas Sarkozy défend la mise en place d’une délégation interministérielle placée sous l’autorité d’une haute personnalité à rang de ministre, au lieu d’un ministre du Tourisme. La transversalité est une bonne chose puisque c’est aussi le propre de notre industrie. En revanche, le fait qu’on renonce à un ministère ou à un secrétariat au Tourisme pourrait nuire à l’image de notre secteur et à sa visibilité, craint Jean-Pierre Mas. Le fait qu’il n’y ait pas de ministère attitré est ennuyeux. Il sera moins aisé pour les agences de saisir le gouvernement sur une question, complète Richard Vainopoulos.

Reste à savoir comment ces mesures seront mises en musique, et à quelles échéances. D’autant que les législatives peuvent modifier la donne. Quoi qu’il en soit, l’APS compte rester attentive. Car le candidat Sarkozy a répété à l’envi qu’il ferait ce qu’il a dit, conclut l’association.

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