Retrouvez l'actualité du Tourisme pour les professionnels du secteur tourisme avec l'Echo Touristique : agences de voyages, GDS, prestataires spécialisés, voyagistes

Méditerranée, une région en or

Le long des 500 km de côtes qui séparent Perpignan de Nice, les agences de voyages ont su profiter du pouvoir d’achat élevé de la population et déjouer le handicap d’une douceur de vivre moins propice aux voyages.

Le Ditex, le salon des décideurs du tourisme, se tient ce week-end à Saint-Tropez. Après une première édition difficile, ce rendez-vous entend prouver l’intérêt d’un salon touristique dans le sud de la France et compte séduire les professionnels de la région.

L’enjeu est d’autant plus important que du Roussillon aux Alpes-Maritimes, les agences de voyages du pourtour méditerranéen sont nombreuses (à défaut de chiffres précis, on peut estimer leur nombre supérieur à 600) et, surtout, elles ont su s’adapter à une clientèle variée mais exigeante, car habituée au soleil et aux plages de leurs régions. Donc plus difficile à faire voyager…

Une démographie croissante

Tous les réseaux sont représentés : Afat Voyages, Selectour, Thomas Cook, Carlson Wagonlit Travel… La concurrence est assez rude mais l’adéquation entre l’offre et la demande reste cohérente, estime Jean-Jacques Jotte, responsable de deux agences Nouvelles Frontières à Montpellier. Avec plus de 800 000 clients phocéens potentiels, il y a de la place pour tout le monde à Marseille, confirme Jean Ghibaudo, directeur général d’Aliso Voyages (18 points de vente, dont quatre au bord de la Méditerranée, à Sète, Marseille, Toulon et Nice).

La bordure méridionale de la France bénéficie il est vrai de plusieurs atouts : tout d’abord une démographie croissante avec l’arrivée de nombreux retraités et d’actifs, à la recherche de soleil. Toutes les métropoles méditerranéennes enregistrent une hausse plus ou moins importante de leur population.

C’est Montpellier qui emporte la palme, entraînant tout le Languedoc-Roussillon dans son sillage. Chaque mois, ce sont plus d’un millier de personnes qui viennent s’établir dans la capitale languedocienne et ses environs ! Et selon les spécialistes, la population de l’Hérault devrait faire un bond de 48 % d’ici 2030. Cette envolée se traduira à terme par une hausse importante de la clientèle. D’ici cinq à six ans, de nouveaux points de vente devraient voir le jour, confie Georges Pages, président du Snav Languedoc-Roussillon. De quoi doper également le trafic de l’aéroport de Montpellier, même si le taux de chômage dans la région (13 %) est largement supérieur à la moyenne française et freine la dynamique.

Etalement des ventes

A cette démographie galopante s’ajoute le pouvoir d’achat d’une clientèle plutôt aisée, composée de surcroît de nombreux commerçants, qui voyagent hors été et permettent un étalement des ventes dans l’année. Bien sûr, le phénomène est particulièrement sensible sur la Côte d’Azur. Les agences (réceptives comme de distribution), situées pour la plupart entre Cannes et Nice, affichent ainsi globalement une bonne santé, avec seulement deux fermetures en 2005 pour une quinzaine de créations. La Côte d’Azur compte 175 points de vente à elle seule ! Par exemple, les clients dépensent de 2 000 à 3 000 E pour une croisière sur le Nil ou un safari individuel en Tanzanie, deux de nos produits leaders en 2005, commente Aurore Bouix de Wazières, chez Voyageurs du Monde à Nice.

Certes, toutes les agences ne sont pas logées à la même enseigne. Mais ici, le client consacre généralement un budget important à ses loisirs confirme Martine Antier, ex- responsable du Snav Côte d’Azur (qui représente 125 points de vente) et directrice de l’agence réceptive Sunazur à Cannes. C’est une clientèle qui a besoin d’être écoutée et conseillée. Elle est exigeante mais n’hésite pas à payer un peu plus cher pour une prestation de qualité.

Des consommateurs qu’il faut donc séduire, puis rassurer, d’autant que les seniors sont nombreux. La formation des vendeurs est devenue vitale pour le développement du chiffre d’affaires, ajoute Martine Antier qui s’est impliquée au sein du Snav pour mettre en place des formations adaptées depuis fin 2005.

Michelle Leger, de Contact Voyage (Afat Voyages) à Nice, a bien compris l’enjeu et s’est spécialisée sur cette clientèle haute contribution. Pour les voyages incentives en particulier (50 % de son activité), elle n’hésite pas à visiter les destinations et à soigner les détails. Ce sont des voyages haut de gamme, cousus mains, qu’il faut soigner. Elle vient par exemple d’affréter un bateau pour 110 personnes sur l’Orénoque (Venezuela) et va partir pour un repérage à Bali, où un groupe doit faire du rafting. Ce professionnalisme lui permet aujourd’hui de travailler avec des entreprises régionales, mais aussi de rayonner sur toute la France. Installée dans le centre-ville, son point de vente de 200 m2 (cinq vendeurs) propose également des voyages à la carte et des séjours de noce haut de gamme vers la Polynésie, les Seychelles, l’île Maurice ou les Maldives.

Un bon accueil est encore plus indispensable ici

Si toutes les agences du littoral méditerranéen ne visent pas le marché haut de gamme, le souci de satisfaire une clientèle plutôt exigeante se retrouve partout, de Nice à Perpignan. Ainsi, à Béziers (Hérault), Adriana Minchella a soigné l’accueil de ses clients dans sa très design agence Ellipse Voyage (six salariés, 3,6 ME de volume d’affaires en 2005). Des canapés arrondis confortables invitent le voyageur à la détente pendant l’achat. Le mobilier favorise l’intimité et le dialogue. C’est un aménagement qui correspond à notre positionnement moyen et haut de gamme, explique-t-elle. La décoration est à l’avenant dans ce point de vente de 130 m2, du sol en marbre couleur sable jusqu’à l’éclairage laser bleuté. Qu’on soit indépendant ou pas, l’accueil du client est devenu primordial, commente celle qui est aussi la présidente du Cediv (170 agences indépendantes).

Autre motif de satisfaction : les professionnels méditerranéens ont su résister à la vague Internet et à la baisse des commissions aériennes. De Perpignan à Nice, on n’a constaté l’an dernier qu’une poignée de fermetures. Beaucoup avaient prédit la disparition de nombreuses agences. En réalité, elles semblent s’adapter à l’évolution du marché et elles ont même su résister à la grève de la SNCM, qui les a empoisonné en 2005, précise Georges Pagès, au Snav Languedoc-Roussillon.

Croisières et golf sont à l’honneur

Paradoxalement, le handicap majeur résiderait dans la qualité de vie. Les habitants de la région sont moins désireux d’aller chercher le soleil et la mer ailleurs puisqu’ils l’ont chez eux, commente Georges Pagès. La beauté de nos côtes et de l’arrière-pays, que ce soit en Languedoc-Roussillon ou en Paca, est notre premier concurrent, ajoute Jean-François Colonna, responsable de la Société des Voyages du Midi (27 agences affiliées à Carlson Wagonlit Travel), en Languedoc-Roussillon. Une partie de notre clientèle ne part jamais l’été, ajoute Martine Charmes, chez E.Leclerc Voyages à Perpignan. Nous réalisons plutôt notre chiffre d’affaires pendant les vacances scolaires, d’octobre à juin.

Pour attirer la clientèle vers d’autres destinations, les agences et les TO doivent donc faire preuve d’imagination et de pragmatisme. Nous nous appuyons sur notre emplacement géographique, et sur les infrastructures de la région, explique Janie Bousquet- Jacquemin, qui dirige Grand Large Voyages/Selectour (55 salariés, 24 ME de volume d’affaires pour neuf points de vente, de Nice à Valbonne). De nombreux ports, à Nice, Cannes, Villefranche-sur-Mer, Monaco ou Marseille, accueillent les plus grands croisiéristes. Il nous est donc plus facile de vendre des croisières. Même chose pour le golf. Bon nombre de nos clients sont golfeurs, nous leur proposons des offres ciblées. D’autant plus intéressant qu’il s’agit alors de forfaits souvent chers !

Grand Large Voyages s’est aussi positionné comme spécialiste des départs de Nice. Nous avons participé à la création de la marque Partir de Nice, qui a pour vocation la production de voyages et l’affrètement d’avions au départ de Nice. Pour cela, nous nous appuyons sur l’aéroport et les compagnies low cost présentes, afin de proposer des week-ends vers les métropoles européennes.

Ce dynamisme des acteurs locaux se retrouve également chez Voyageurs du Monde à Nice (huit salariés, 3,5 ME de volume d’affaires en 2005). L’agence joue la différence en développant des partenariats lors d’expositions, de conférences et de manifesta- tions, comme le Carnaval de Nice (avec l’Office de tourisme de Nice). Dans les Alpes-Maritimes, nous sommes l’un des points de vente qui organise le plus d’opérations de communication avec l’extérieur, se réjouit Aurore Bouix de Wazières. Chaque année, nous participons par exemple à la Nuits des Galeries, organisée par le Carrefour Culturel Méditerranée. L’agence se transforme jusqu’à minuit en galerie d’art, avec une exposition photos.

Même logique de séduction et d’adaptation aux spécificités de la clientèle régionale à Perpignan, où E.Leclerc Voyages crée chaque année sa propre brochure locale, Le Monde à votre portée. Tirée à 35 000 exemplaires, elle propose des circuits en individuels regroupés. Ce catalogue génère 20 % de notre chiffre d’affaires, avec des destinations comme la Chine, l’Inde, la Grèce, l’Egypte, le Canada, la Syrie/Jordanie, le Vietnam, commente Martine Charmes. Son produit vedette reste toutefois l’Espagne, pour des raisons évidentes de proximité, ainsi que le parc d’attractions Port Aventura, près de Barcelone.

Marseille sort de sa léthargie

Mêle si les agences du sud sont en bonne santé, il n’en reste pas moins qu’elles n’échappent pas aux phénomènes de concentration nationaux, pour faire face à la concurrence du Web, et gagner en productivité. En Languedoc-Roussillon, la Société des Voyages du Midi (SVM), filiale de Carlson Wagonlit Travel et des Groupes de Journaux du Midi (Midi Libre et L’Indépendant), a ainsi affirmé son leadership régional en 2005, reprenant sous sa coupe huit points de vente, dans le cadre des opérations de restructuration menées par CWT au niveau national : quatre Méridionale Voyages, une agence Médit-Tour, une autre à l’enseigne Forum Voyages, l’important plateau d’affaires Protravel (à Montpellier) et un point de vente Frantour à Nîmes.

SVM représente ainsi aujourd’hui 27 agences, un volume d’affaires de 80 ME et vend près de la moitié des billets d’avions Air France entre Montpellier et Paris. De quoi lui donner un certain poids face à la compagnie nationale ! Le réseau a tout particulièrement assis sa notoriété en s’investissant depuis plusieurs années sur le marché des croisières, au départ de Marseille et d’Italie. Mais

Laisser votre commentaire (qui sera publié après moderation)

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Dans la même rubrique