Les Français succombent aux voyages « shopping » en Turquie
Le marché des circuits à prix cassés vendus par le biais de journaux et magazines est en plein essor. Quel est le secret de ces produits, et qui en tire profit ?
L'enveloppe était glissée dans les pages de Télérama, édition du 7 février. L'offre est alléchante : une semaine pour deux en Turquie « à partir de 149 E HT par personne ». Une opération rarissime ? Loin s'en faut. Depuis quelques années, ce genre de propositions est en train d'envahir la presse magazine. Le principe est toujours le même : un prix d'appel imbattable, auquel il faut ajouter de multiples suppléments (voir encadré), et la note atteint vite 500 E.
Mais même à ce tarif-là, l'offre reste ultra-compétitive. « Le secret de ces prix, c'est qu'il ne s'agit que de voyages hors saison, avec des prix très bien négociés auprès des hôteliers », explique une responsable de First Voyages France, un spécialiste du secteur. En revanche, pas d'allusion aux trois visites « shopping » que prévoient tous les programmes, de la boutique de bijoux à l'atelier de fabrication de tapis, en passant par la fabrique de cuir. Sans être forcés, les touristes y sont habilement poussés à acheter. Derrière, les commerçants rémunèrent les opérateurs touristiques sous forme de commissions ou en prenant en charge la journée d'excursion.
UN MARCHÉ EN PLEINE EXPLOSION
« Je n'ai pas connaissance de ces pratiques », assure la responsable de First Voyages France. Pourtant, le fonctionnement est ultra-rodé, parfois jusqu'à l'extrême. L'offre glissée dans les pages de Télérama, par exemple, est vendue par l'entreprise Festival Voyages, filiale française du groupe turc Sentez, qui ne fait aucun mystère de ses activités : « Bijoux, tapis, voyage »…
Ce type de voyages n'a cependant rien de nouveau : il fait depuis très longtemps un carton en Allemagne. En France, le premier opérateur à s'y mettre fut France Loisirs, il y a une dizaine d'années. Mais depuis peu, le marché est en pleine explosion. « À mon avis, il représente 250 000 à 300 000 clients français chaque année vers la Turquie », estime Mumtaz Teker, patron de Pacha Tours. Soit pas loin de 30 % du total des touristes hexagonaux qui se rendent annuellement dans le pays. « Quand on a démarré il y a quatre ans, on était presque seuls », se souvient Fabienne Koeberle, co-gérante de Carnet d'Évasion, une agence qui revendique 10 000 clients annuels par ce biais, et une progression de 20 à 30 % par an. « Mais aujourd'hui, pas mal de margoulins ont investi le marché. »
Pourtant, les retours clients restent dans l'ensemble très bons. « Ces voyages sont très confortables, avec des hôtels de qualité, pour que les clients soient dans de bonnes dispositions pour faire des achats », explique Mumtaz Teker. Il en sait quelque chose : Pacha Tours aussi s'est lancé dans l'aventure. « Ces voyages représentent 10 à 15 % de nos volumes, poursuit-il. C'est un marché sur lequel il faut être, car il crée aussi du trafic sur le tour-opérating classique. » À l'inverse, Marmara dit avoir toujours résisté…
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