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Les Chinois manquent à l’appel

Malgré l’ouverture de l’espace Schengen aux groupes chinois, les agences françaises agréées enregistrent des résultats mitigés. Elles ne parviennent pas à concurrencer les tours leaders chinois et quelques gros réceptifs européens qui trustent le marché.

Le 1er septembre 2004, l’Union européenne et l’Administration nationale du tourisme de la République populaire de Chine signaient un accord destiné à faciliter la venue de groupes de touristes chinois en Europe, reconnaissant aux pays membres de l’espace Schengen le statut de destination touristique autorisée (DTA). Il n’en fallait pas davantage pour que les professionnels du tourisme s’imaginent accueillir les mois suivants des bataillons de Chinois, Maison de la France en tête, qui pariait sur la venue de 1,5 million de touristes en provenance de l’Empire du Milieu cette année ! Un an après, le moins que l’on puisse dire, c’est que le compte n’y est pas. Alors même que 2005 marquait l’année de la France en Chine, on estime seulement entre 400 000 et 500 000 le nombre de visiteurs en provenance de Chine, à peine plus qu’en 2003 et 2004…

Cette déconvenue s’explique d’abord par le faible nombre de visas délivrés par les autorités européennes depuis ces derniers mois. Echaudées par le nombre de touristes chinois qui ont profité de leur voyage pour disparaître dans la nature (entre 5 % et 10 % des voyageurs dans les premiers mois !), les chancelleries européennes ont durci les conditions d’octroi du précieux sésame. Le coup de frein est particulièrement sensible depuis le 1er juillet. Désormais, plusieurs pays européens, dont la France, tirent au sort un tiers des voyageurs du groupe. Ils doivent se rendre personnellement au consulat pour effectuer leur demande. Si une seule personne n’est pas en règle, tout le groupe est refusé, dénonce Philippe Yao, gérant de l’agence réceptive China Confort Travel. Au-delà de la procédure, ce durcissement décourage beaucoup de candidats au départ en raison du coût du déplacement pour se rendre au consulat de France à Pékin.

Course au prix bas et visite au pas de course

Mais plus que le nombre de visas accordés, les 368 agences et organisateurs de voyages français agréés par les autorités pour faire voyager les groupes de touristes chinois en France s’inquiètent surtout du fait que le marché leur échappe complètement, ou presque. Les Chinois achètent des séjours bon marché réalisés au pas de course, où ils changent de pays (dont ils ne visitent que les capitales) chaque jour ou presque. Dans ce contexte, les TO chinois privilégient presque toujours la porte d’entrée la moins chère, explique Michel Barraut, PDG de Paris Vision et vice-président du Conseil professionnel du tourisme d’accueil du Snav. Et cette porte d’entrée, c’est bien souvent l’Allemagne. Premier pays en Europe à avoir bénéficié du statut de destination touristique autorisée, elle continue par ailleurs à accorder des visas plus facilement. Du coup, les réceptifs allemands raflent une bonne partie du marché, organisant les voyages à travers toute l’Europe.

Cette course aux prix bas ne contribue pas à faciliter l’activité des réceptifs en France. Avec un prix moyen de 1 500 E, rares sont les agences de l’Hexagone, pénalisée de surcroît par une TVA forte, qui peuvent répondre favorablement aux appels d’offre sans perdre d’argent. Résultat, l’organisation de ces voyages tombe dans l’escarcelle de gros réceptifs internationaux comme Gulliver ou Kuoni, qui disposent d’un bureau en Chine et sont capables de construire un circuit dans toute l’Europe, en s’appuyant sur leurs différentes antennes régionales. Les professionnels qui accompagnent les touristes, communément appelés tours leaders, raflent également une bonne partie du marché.

Les Galeries Lafayette apprennent le mandarin

Basés en Chine, à Hongkong ou en Europe, ils prennent en charge de A à Z l’organisation du séjour sans passer par un réceptif, en traitant en direct avec des autocaristes et des restaurants chinois, et en négociant avec des grandes chaînes hôtelières comme Best Western ou Accor, qui leur accordent des tarifs défiant toute concurrence dans leurs établissements situés en périphérie de Paris, regrette William Edel, directeur de Wagram Voyages (Selectour). Ces tours leaders se rémunèrent sur la revente d’excursions facturées au prix fort, mais également sur les commissions qu’ils touchent des magasins visités lors des « visites shopping ». Les Galeries Lafayette ont créé par exemple un département exclusivement réservé à la clientèle chinoise, accueillie par des hôtesses parlant le mandarin. Un marché fructueux pour le grand magasin parisien, qui reverserait aux guides 10 % du montant total dépensé par les groupes.

Qualifiée de para-commercialisme, cette concurrence exercée par les tours leaders (seuls 20 % des touristes chinois qui se sont rendus en France cette année seraient passés par des professionnels agréés, estime Philippe Yao, de China Confort Travel) a conduit récemment le Syndicat national des agences de voyages (Snav) a obtenir du ministère du Tourisme qu’il effectue un audit de ce dossier, afin que les règles soient respectées par l’ensemble des acteurs du marché. Une réunion entre la France et la Chine doit par ailleurs se tenir prochainement. En attendant, les professionnels du tourisme français restent sur leur faim et, face aux visites éclair des groupes chinois, peu de sites tirent leur épingle du jeu. A part les classiques parisiens que sont la tour Eiffel, le Louvre, le château de Versailles, les bateaux-mouches et les cabarets. Ainsi, le Moulin Rouge accueillera cette année 60 000 Chinois. La salle a même limité chaque soir leur nombre à 10 % du total des clients !

100 millions de Chinois dans le monde d’ici à 15 ans

Pour autant, tous les espoirs ne sont pas perdus. Si le marché chinois ne fait pas encore figure de nouvel Eldorado, il est promis à un bel avenir, insiste Paul Roll, directeur de l’Office de tourisme de Paris. L’Organisation mondiale du tourisme prévoit que le nombre de voyageurs en provenance de Chine atteindra dans le monde les 100 millions d’ici 15 ans. A plus court terme (fin 2007-début 2008, estime-t-on chez Paris Vision), le marché devrait évoluer vers des voyages mono-destination, dont beaucoup auront lieu en France. Il sera alors sans nul doute plus facile pour les réceptifs français de se positionner comme un acteur incontournable auprès des TO chinois. A condition de faire la chasse au para-commercialisme et de savoir s’adapter à la demande, tant en termes de prix que de produits.

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