Imbroglio comptable chez Nouvelles Frontières
Présomption de faux bilans, erreurs comptables évaluées à quelque 55 Me… L'étau judiciaire se resserre autour des comptes de NF tandis que TUI France s'apprête à initier un PSE.
Il n'y a certainement pas de hasard de calendrier. Ce mois de février s'annonçait très sensible chez TUI France, le nouvel ensemble né le 2 janvier de la fusion de Nouvelles Frontières, Marmara, et Tourinter/Aventuria. Les réunions entre direction et représentants du personnel pour établir le PSE (Plan de sauvegarde de l'emploi), imposé par la fusion, devaient en effet débuter, selon le calendrier souhaité par Pascal de Izaguirre président du groupe, dans les tout prochains jours.
LE DOSSIER NF AU PARQUET DE BOBIGNY
Le chiffre de 400 suppressions de postes envisagées a d'ailleurs déjà été confirmé par la direction. Un rapport d'audit, commandé par le CE (comité d'entreprise), et qui vient d'être rendu public, arrive donc à point. Il va sans aucun doute ralentir le processus et faire monter un peu plus la pression. « Il fait état d'erreurs comptables pour un montant total de 55 ME sur les exercices 2008-2009, 2009-2010 et 2010-2011 », rapporte Jorge Partida, secrétaire général du CE. « On veut savoir ce qui s'est passé, d'où viennent ces erreurs et pourquoi les commissaires aux comptes ne les ont pas vues ». Dès le mois de septembre dernier, les élus syndicaux avaient dit souhaiter « un rapport sans fard (…) faute de quoi nous ne pourrons commencer à parler ni de fusion, ni de réorganisation, ni encore moins de PSE ». « On nous dit que quelques personnes sont responsables de la déroute financière de NF mais c'est nous prendre pour des imbéciles. TUI est un grand groupe et tous les comptes ont été validés », insiste Jorge Partida. Pour déterminer les responsabilités, les syndicats du groupe, envisagent maintenant de se porter partie civile, seul moyen d'avoir accès au dossier. Leur décision devrait être connue lors du CE du vendredi 3 février.
Parallèlement, le journal les Échos a révélé que le Parquet de Paris avait été saisi, le 21 juillet 2011, par les commissaires aux comptes du cabinet d'audit PricewaterhouseCoopers (PwC), ceux-là mêmes incriminés par les syndicats, au titre de l'article 40 du Code pénal*. Le Parquet de Bobigny auquel vient d'être transféré le dossier confirme. « Il y a eu saisie au motif présumé de présentation de faux bilans, pour des montants évalués à 34 ME » explique Didier Allard, porte-parole. En cause les années 2008 et 2009.
« Le dossier ne désigne aucun coupable nommément », poursuit Didier Allard. Compte tenu des exercices incriminés, il pointe cependant la gestion de Jean-Marc Siano président du directoire de NF de 2006 à 2011, et Patrick Lebufnoir, directeur financier débarqués l'un et l'autre en mai 2011. « Nous reprenons l'enquête de zéro », confie Didier Allard sachant que la direction de TUI France ne fait aucun commentaire pas plus que PricewaterhouseCoopers. De son côté, Jean-Marc Siano, qui dit avoir eu quitus des comptes, se dit « serein ». Les salariés de l'ex-NF, eux, sont sur les dents.
(*) L'article 40 du Code pénal impose aux commissaires aux comptes d'une entreprise de saisir le procureur de la République pour tout délit constaté dans la présentation et l'élaboration des comptes de la société (faux bilans, abus de biens sociaux…).
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