Comment voyagerons-nous en 2075 ?
Nomade Aventure explore cette question avec différents experts à l’image de Jacques Attali, Rémy Knafou et Valérie Valton.
Comment voyagerons-nous dans 50 ans ? Et d’ailleurs, voyagerons-nous encore, pourrait-on s’interroger ? Difficile d’avoir des certitudes. Mais Nomade Aventure a décidé de faire ce grand bond en avant vers l’inconnu avec des experts. Comme s’il ouvrait un livre des imaginaires du futur, à l’occasion des 50 ans du voyagiste spécialiste de l’aventure douce.
Un site dédié, un pari osé

Un pari osé tant la géopolitique et les bouleversements climatiques peuvent changer notre paradigme actuel.
Nomade Aventure a ainsi dévoilé ce matin Destination2075.com autour d’une conférence réunissant plusieurs contributeurs du site. Très symboliquement, l’événement s’est déroulé à bord de la péniche India tango, de Gérard Feldzer, l’un des auteurs de la plateforme.
Pourquoi Destination2075 ? « Nous pouvons défricher les idées, pas seulement les territoires, justifie Fabrice Del Taglia, directeur général de Nomade Aventure. Et nous aimons cultiver un petit côté anticonformiste. Mais notre travail n’a pas la volonté d’être de nature scientifique. L’objectif du site est de susciter le débat. »
Des préfaces signés Jacques Attali et Mike Horn
Voyagerons-nous toujours dans des destinations lointaines ? Sera-t-il possible de s’évader hors des sentiers battus au regard de la surfréquentation et du surtourisme ? Quid du tourisme virtuel ?
Sans surprise, les réponses sont à géométrie variable selon les experts, avec des scénarios désirables et des dystopies effrayantes. Le voyagiste incite également les internautes à commenter la vingtaine de publications (en mettant en jeu un voyage à gagner), pour des regards croisés.
« Chaque voyage deviendra rare comme un serment, lourd comme une responsabilité, léger comme une déclaration d’amour », estime Jacques Attali dans la préface du site. « Et peut-être alors, au seuil d’un monde enfin adulte, l’homme comprendra que le plus long des périples est celui qui le ramène, émerveillé, à la fragile splendeur de sa propre demeure. » Dans une autre préface, Mike Horn se demande si l’aventure restera possible, à travers une vidéo.
Vers un tourisme vraiment responsable ?
L’éthologue Valérie Valton est l’une des rares femmes contributrices. « Un tiers des cétacés sont menacés d’extinction », explique-t-elle, alors même que les excursions proposant de nager avec des cétacés se multiplient. « Il est utile et intéressant de poursuivre le tourisme animalier, poursuit-elle. Mais ce tourisme, qui est aujourd’hui un problème, doit devenir une solution avec des excursions responsables ». Et Valérie Valton d’appeler à un tourisme « respectueux ».
L’écrivain de science-fiction Laurent Genefort, lui, nous plonge dans une autre dimension. « J’imagine un monde où le tourisme de masse et les gros transports par aviation ont pris fin pour des raisons écologiques. Parallèlement, le tourisme virtuel a explosé. La combinaison des deux, c’est l’émergence de guides touristiques bardés de capteurs qui s’immergent dans l’environnement. »
Vers des safaris virtuels ?
Laurent Genefort projette cette hypothèse avec un guide se glissant dans un troupeau lors d’une grande migration en Tanzanie, avec une tenue de camouflage. 500 abonnés vont alors vivre avec lui cette aventure de quelques semaines, avec un impact carbone nul.
De son côté, le géographe Rémy Knafou doute de notre capacité à nous représenter le tourisme en 2075. « L’esprit humain a du mal à imaginer les ruptures », observe-t-il. Mais il « plaide en faveur de voyages moins nombreux, davantage préparés » et « qui laissent des souvenirs durables ».
Le cofondateur de Chilowé Thibaut Labey, lui, imagine un monde fracturé avec sept blocs hermétiques, qu’un traité hypothétique pourrait finalement rassembler. Histoire de nous projeter dans un univers moins sombre que le prédisent la doxa et certaines études.
Parmi les autres contributeurs figurent notamment l’astronaute Jean-Pierre Haigneré et l’influenceur Bruno Maltor. Une autre table ronde est prévue jeudi 18 décembre, avec d’autres contributeurs.
À lire aussi :
– Voyage : 6 cas d’usage très concrets, repérés au Future Of
