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Accor pousse la porte du Club Med

En prenant 28,9 % du Club Méditerranée, le groupe hôtelier Accor revient dans le tour-operating et accélère du même coup la bipolarisation du paysage touristique français.

Véritable arlésienne du tourisme, l’entrée du groupe hôtelier Accor dans le capital du Club Méditerranée a finalement surpris : l’information a été officialisée le 11 juin aux journalistes et professionnels réunis à Marrakech (Maroc) pour l’inauguration du village de La Palmeraie et la présentation des résultats financiers de l’hiver 2004 de la marque au trident (voir encadré).

Avec l’acquisition des 28,9 % détenus par la Caisse des dépôts et consignations et le groupe Agnelli, Accor devient l’actionnaire de référence du Club Med. Une position que l’hôtelier n’entend pour l’instant pas dépasser, selon Benjamin Cohen, membre du directoire. Même si l’on peut en douter à long terme. En entrant dans le Club Méditerranée, Accor renforce sa position dans l’univers du tourisme mondial dans le cadre de sa stratégie d’offrir une gamme complète de produits et services aux clientèles d’affaires et de loisirs, qui se recoupent bien souvent, affirme de son côté Jean-Marc Espalioux, président du directoire d’Accor, dont 200 des 4 000 hôtels sont déjà dédiés aux loisirs. Pour Accor, l’ajout de la marque Club Med à son éventail d’enseignes (Sofitel, Novotel, Mercure, Ibis, Formule 1…) apparaît surtout important en termes de notoriété pour le groupe.

Pour le Club Med, cette opération marque le début d’une nouvelle étape. Elle valide la politique de redressement de l’entreprise entamée depuis deux ans par son président Henri Giscard d’Estaing, qui poursuit l’objectif d’en faire le leader sur le créneau des vacances haut de gamme convivial.

L’enjeu : mettre en commun les moyens pour faire des économies

Il peut se féliciter d’avoir échanger les simples actionnaires financiers que constituait le groupe Agnelli par de véritables partenaires industriels, en l’occurrence le troisième groupe hôtelier mondial, également présent dans la distribution au travers de Carlson Wagonlit Travel, Frantour…

Les deux nouveaux partenaires espèrent réaliser d’importantes économies grâce aux moyens qui seront mis en commun. L’enjeu est important pour le Club Med, qui dépense chaque année 1,2 milliard d’E d’achats en nourritures, billets d’avion, assurances… Côté marketing, des croisements de fichiers seront réalisés pour attirer de nouvelles clientèles. En matière de fidélisation enfin, le Club Med rejoindrait le programme développé par Accor et American Express avec sa carte de paiement Compliment. L’intérêt des deux entreprises devra être pris en compte pour chacune de nos décisions, précise Henri Giscard d’Estaing, qui conserve ses fonctions.

Retour au tour-operating avec des Gentils Membres

Pour Accor, qui a enterré ces dernières années Accor Vacances, Frantour et Couleurs Locales, cette entrée dans l’univers des Gentils Membres marque son retour dans le tour-operating. Il trouve en effet aussi dans la corbeille de mariée Jet tours. Acquis en juin 1999 par le Club Med, le TO a réalisé un chiffre d’affaires de 269 ME en 2003 pour 267 000 clients. Il va falloir suivre la façon dont Accor gérera cette situation, commente Emmanuel Foiry, PDG de Kuoni France. Et certains professionnels d’envisager la revente de Jet tours si Accor venait à renforcer un jour sa participation. Une situation que n’osait envisager il y a six mois Laurence Berman Clément, DG de Jet tours, lors des dernières rumeurs évoquant l’entrée d’Accor et de l’allemand TUI dans le capital du Club Med. Il serait difficile de défaire les synergies mises en place avec le Club Med, à savoir une direction des transports et une force de vente commune, une mutualisation des sociétés réceptives à destination…

Nouvelles Frontières/TUI reste serein

Certains imaginent au contraire que Jet tours profitera de ce rapprochement pour récupérer certains Coralia Clubs d’Accor comme La Kasbah à Agadir, l’Eretria en Grèce et le Tekirova en Turquie. Ces établissements (qui, ironie du sort, retrouveraient leur ancien étendard Eldorador) sont néanmoins sous contrat jusqu’en juillet 2008 avec TUI. Eric Debry, président du directoire de Nouvelles Frontières/TUI, reste serein. Nous avons conclu un accord solide avec Accor en matière de distribution et de commercialisation des Coralia via notre filiale TUI. Je me réjouis au contraire de ce rapprochement avec le Club Med, car tout ce qui renforce nos amis d’Accor renforce TUI sur le marché français.

D’autres professionnels espèrent tirer profit de cette opération. Cédric Pastour, PDG de la compagnie aérienne Star Airlines (qui a signé avec le Club un accord de trois ans) confie ainsi que cela ouvre des perspectives nouvelles pour travailler avec Accor, et notamment avec sa filiale Go Voyages. Un projet prématuré pour Nicolas Brumelot, directeur général de Go. Star est autant un concurrent qu’un fournisseur potentiel, puisque cette compagnie a répondu à notre appel d’offres lié à l’expiration en mars 2005 de notre contrat avec Air Horizons.

Go espère lui aussi profiter de cet accord pour accroître son activité réalisée avec le groupe Club Med/ Jet tours à qui il revend déjà des sièges d’avion. L’idée de vendre un jour le Club sur notre site ne peut être tout à fait exclue, ajoute-t-il.

Une opération franco-française qui a du sens pour tous

Enfin, l’impact du rapprochement Accor/Club Med est loin d’être négligeable en matière de distribution. Cela renforce la bipolarisation du paysage touristique, constate Antoine Cachin, qui vient de quitter la présidence du directoire de Thomas Cook France. Même si le Club a ouvert avec un certain succès sa distribution à 700 nouvelles agences en un an, il est clair que le réseau Carlson Wagonlit Travel (filiale d’Accor), avec ses 450 agences loisirs, sera appelé à devenir l’un de ses principaux distributeurs. Il faudra faire jouer les logiques de groupe, assurait à Marrakech Jean-Claude Tacnet, DG de CWT France. Les autres partenaires d’Accor dans l’Alliance.T pourrait également être mis à plus forte contribution, en particulier Selectour, qui a déjà fait du Club Med l’un de ses fournisseurs privilégiés (avec TUI !).

Cette bipolarisation n’inquiète cependant pas les réseaux concurrents. Nous avons de bonnes relations avec Accor, qui est notre premier fournisseur en matière d’hôtellerie, rappelle Jean-Pierre Mas, président d’Afat Voyages, qui ne voit pas le Club Med faire marche arrière en remaniant à nouveau sa politique de distribution.

Au final, tous se félicitent (au moins officiellement) de cette opération franco-française qui écarte TUI et estiment qu’elle a du sens et tombe au bon moment pour le Club Med, qui a fait la moitié du chemin sur la voie du redressement.

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