J.-B. Falco (Canua Island) : "Sans réponse d’ici minuit, les lettres de licenciement partiront demain"

Toujours en attente des dernières autorisations administratives, indispensables pour ouvrir, Canua Island risque de fermer ses portes avant d’avoir accueilli ses premiers clients. Son sort sera scellé dans la journée.

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EV

Emilie Vignon

12 juin 20234 min de lecture

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Restaurant, piscine, lounge... Accessible par des navettes, Canua Island devait recevoir 350 touristes par jour.© Canua Island

Jean-Bernard Falco, le président de Canua Island, ne se fait plus guère d’espoir. Pris dans la tourmente depuis plusieurs semaines, ce projet d’île artificielle qui devait jeter l’ancre au large de Mandelieu-la-Napoule risque de fermer ses portes avant d’avoir pu accueillir ses premiers clients. Regroupant un bar-lounge, un restaurant, une piscine d’eau douce et une suite de 50 m² sur une plateforme de 1 750m² posée sur un trimaran, Canua Island était fin prêt pour recevoir quelque 350 touristes par jour. Le projet a depuis son lancement obtenu toutes les autorisations administratives, à l’exception du permis de navigation et d’armement, nécessaires pour débuter son exploitation. Et la situation est actuellement bloquée.

Pour l’heure, la plateforme flottante reste donc retenue au port de la Seyne-sur-Mer. Son sort sera scellé dans la journée. "Sans réponse d’ici ce soir minuit, toutes les lettres de licenciements partiront demain matin", lâche Jean-Bernard Falco, qui ne cache pas sa colère. Une centaine d’emplois directs est menacée. "C’est difficile de trouver des gens motivés. Maintenant, il va falloir expliquer à tous ces gens qu’ils vont devoir rester chez eux." "Il n’y a aucune logique dans ce qui est en train de se passer, c’est ubuesque et inouï, martèle-t-il. Il s’agit uniquement d’un règlement de comptes politique."

Depuis plusieurs semaines, les élus locaux s’affrontent sur le projet, dénoncé par ses opposants comme une aberration écologique et une concurrence déloyale. L’affaire a pris une tournure hautement politique.

"J’ai échangé ce week-end avec les entrepreneurs des différents réseaux auxquels j’appartiens et je peux vous dire que ce qui est en train de se passer est regardé de très près, lançait ce lundi matin Jean-Bernard Falco, après avoir passé le week-end à préparer le plan social avec ses avocats. Tout le monde regarde si nous sommes dans un Etat de droit, ou bien si c’est la jungle. Quand est un projet est conforme, vous ne pouvez pas réécrire l’histoire comme vous voulez !"

"J’ai honte de mon pays"

Au cours du week-end, Marc Audineau, cofondateur et directeur général de Canua Island, a directement interpellé le président de la République dans une lettre également adressée à la presse. "Je vous adresse aujourd’hui un cri du cœur et un cri de colère : « Laissez les entrepreneurs travailler ! », écrit-il. "Il s’agit d’un navire à passagers, Canua, respectueux de l'environnement, 100% conforme à la règlementation maritime française."

"Nous avons été encouragés depuis 7 ans par tous les services de l’Etat", poursuit-il. "Nous avons reçu le soutien de l'Etat, via la Banque Publique d’Investissement (BPI), qui est présente au capital de la société, aux côtés de nombreux entrepreneurs 100% français. La BPI a également apporté des garanties pour les prêts bancaires que nous avons souscrits auprès de 4 banques françaises pour cinq millions d’euros”, argumente-t-il. Au total, 16 millions d’euros ont été investis dans ce projet. 

“Canua pollue bien moins que tous les autres navires à moteur de la Méditerranée, car ce bateau coche toutes les cases de la transition écologique et va même au-delà”, plaide Marc Audineau, évoquant entre autres arguments "l’utilisation de biocarburant" et un “impact limité sur l’écosystème marin.

"J'ai honte de mon pays et de ces élus qui m'ont soutenu hier, encouragé à investir, à entreprendre, poussé à vendre ma maison pour financer le projet, à mettre ma femme et mes trois enfants en danger... à embaucher cent salariés pour devoir les licencier demain... et qui aujourd'hui nous tournent le dos… et nous empêchent de lancer notre activité…" "Aujourd’hui alors que notre navire est prêt à être exploité, nous sommes bloqués car Monsieur le Secrétaire d’Etat à la Mer bloque la validation du Permis de Navigation et du Permis d’Armement, en « prenant le temps de l’instruction. »

Des poursuites envisagées

Que le chef de l’Etat s’empare lui-même du dossier reste désormais la seule et timide lueur d’espoir pour les fondateurs de Canua Island. Qui ne comptent pas en rester là si le projet doit être définitivement abandonné. Des poursuites judiciaires sont envisagées. "Ça prendra des années mais je ne lâcherai pas", assure Jean-Bernard Falco. Que deviendra la barge ? Pourrait-elle trouver preneur dans une autre destination ? Pour Jean-Bernard Falco, le sujet n'est pas là dans l’immédiat. "Ma préoccupation pour le moment, c’est que les salariés soient bien traités. Le reste, nous verrons après."

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