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Tahiti : « On nous observe comme un petit laboratoire d’ouverture des frontières »

Trouver le juste équilibre entre protocole sanitaire et impératif économique, c’est le casse-tête auquel sont confrontés tous les pays dans lequel le tourisme pèse lourd. Axé sur un système d’auto-test, le protocole mis en place par Tahiti pourrait bien apporter de nouvelles pistes.

Elle a beau être située à plus de 15000 kilomètres de Paris, Tahiti est observée de près. Car quand l’Australie ou la Nouvelle-Zélande gardent encore portes closes, Tahiti s’est rouvert au tourisme dès le 15 juillet. « Nous avons fait le choix de rouvrir les frontières pour des raisons économiques, pour nous, c’était vital, résume Nicole Bouteau, la ministre du Tourisme de la Polynésie française. Le tourisme, c’est un tiers des emplois, rappelle-t-elle, et 17% du PIB. Nous avons essayé de trouver un juste équilibre entre protocole sanitaire et impératif économique. »

97% des voyageurs effectuent l’auto-test

Exit alors la quarantaine, remplacée par un dispositif reposant sur trois piliers : un test 3 jours avant le vol pour Tahiti, un formulaire de santé en ligne, sorte « d’Esta sanitaire », et surtout un auto-test remis à chaque voyageur, à réaliser 4 jours après l’arrivée sur place. Jusqu’à présent, 28500 kits d’auto-test ont été distribués, un coût chiffré à 2,5 millions d’euros. « C’est un dispositif qui n’existe nulle part ailleurs et qui a été très efficace, se réjouit Nicole Bouteau. Nous avons un taux de retour de 97% des voyageurs. Les 3% restants, nous les avons systématiquement relancés pour savoir pourquoi le test n’était pas renvoyé et nous avons toujours obtenu une réponse. Donc finalement, c’est presque 100% de retours ».

Si la destination a été plutôt épargnée par le virus, avec seulement une soixantaine de cas au moment du confinement et plus aucun après la fermeture des frontières, les autorités de Tahiti s’attendaient à ce que nouveaux cas fassent leur apparition lors de la réouverture des frontières. « Notre objectif était de les détecter, de les tracer et de les isoler », explique la ministre. Jusqu’à présent, ce système a permis d’identifier une vingtaine de cas importés, dont les ⅔ de touristes. « Cela nous a donné la possibilité de les prendre en charge, de les loger dans des hébergements de catégories différentes, pour que leur voyage ne tourne pas au cauchemar. » Un hébergement aux frais des voyageurs. « Entre-temps,  il y a des assurances Covid qui prennent en charge ce type de situation, la nature a horreur du vide », relève Jean-Marc Mocellin, le nouveau directeur général de Tahiti Tourisme.

Fédérer pros et population

« Avant cela, il a aussi fallu faire un gros travail de réassurance et de pédagogie auprès des professionnels et de la population, pour sensibiliser, former, soulignent les représentants de la destination. Il fallait qu’il y ait une acceptation de la population et des élus locaux pour pouvoir rouvrir la destination au tourisme. »

« Si on veut que la population continue d’adhérer à cette stratégie, il faut aussi que les visiteurs soient sensibilisés aux gestes barrières », note la ministre. Pour cela, une vidéo est diffusée lors des vols vers Tahiti. « Nous avons aussi déployé 400 agents sanitaires formés pour faire de la sensibilisation auprès de la population et des visiteurs dans les zones de flux importants, c’est-à-dire chaque ville où il y a un aéroport. Ce sont des demandeurs d’emplois qui ont été recrutés dans ce cadre », détaille la ministre du Tourisme, également ministre du Travail, qui glisse au passage que cette idée semblait aussi intéresser en métropole…

40% de l’activité habituelle

Soutenu par des campagnes de communication, le dispositif semble avoir permis de sauver les meubles. “Depuis la réouverture, nous avons reçu 22000 visiteurs (au 15 septembre dernier). C’est 40% de ce que nous réalisons habituellement, mais c’est mieux que rien du tout », indique Nicole Bouteau.

55% des voyageurs proviennent de la Métropole, et 35% des États-Unis. Une situation inversée par rapport au classement habituel des marchés émetteurs. Autre retournement : alors que la destination se réserve en temps normal des mois à l’avance, le phénomène de dernière minute est désormais de mise à Tahiti aussi, avec des voyages qui se décident, crise sanitaire oblige, de une à quatre semaines à l’avance seulement. Dans ce contexte, Tahiti et ses îles a d’ailleurs choisi de reconduire l’exemption de frais d’annulation et de modification pour toute réservation effectuée jusqu’au 31 mars 2021 (au lieu du 30 septembre), pour un séjour en Polynésie française entre le 15 juillet 2020 et le 30 juin 2021. Pendant le confinement, la destination a aussi fait campagne pour inciter les voyageurs à reporter plutôt qu’à annuler. « Du coup, nous sommes paradoxalement en avance sur les réservations pour la haute-saison 2021 » (entre juillet et fin septembre, ndlr), note Jean-Marc Mocellin.

« Aider les autres destinations, ça nous aide aussi »

Mais il faut tenir jusque là, et la basse-saison s’annonce compliquée. C’est notamment pour la soutenir que les représentants de la destination sont venus rencontrer les professionnels du secteur cette semaine, à Paris. Reste aussi à régler l’inextricable problème des tests avant le départ, auxquels Tahiti est confronté, comme toutes les destinations. Tahiti s’emploie actuellement à déployer un système de test rapide aux aéroports de Roissy et Orly. « Si le test est négatif, les voyageurs embarquent, s’il est positif, ils n’embarquent pas, explique la ministre du Tourisme. Ce n’est pas l’idéal mais ça permet d’avancer, avec les moyens dont on dispose. »

Les représentants de la destination n’hésitent pas à partager ce qui est mis en place avec les autres destinations. « Aujourd’hui, tout le Pacifique est fermé, notent-ils. L’Australie est fermée, la Nouvelle-Zélande aussi. Ils vivent dans une grande souffrance. On nous observe comme un petit laboratoire d’expérimentation d’ouverture des frontières. Nous transmettons tous nos protocoles aux pays qui le demandent, et ça a été le cas notamment de la métropole. Car si nous pouvons les aider, ça nous aide aussi. Nous serions très heureux de voir à nouveau s’ouvrir certains marchés. »

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