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Mexique : un projet de train touristique Maya divise les habitants du Yucatán

Projet pharaonique à 10 milliards de dollars, la construction d’un train touristique Maya divise les communautés pauvres du sud-est du Mexique.

Il y a ceux qui sont contre le méga-chantier du président Andres Manuel Lopez Obrador, lancé pour développer la péninsule du Yucatan et connecter les plages de Cancun et Tulum aux sites archéologiques maya de Chichén Itzá et Palenque. C’est le cas de Guadalupe Caceres, 64 ans, qui a saisi la justice pour que le tracé épargne sa maison à Campeche, ville coloniale fortifiée construite sur le golfe du Mexique.

Et elle a déjà gagné, avant toute sentence définitive. Le train ne passera plus au centre mais à la périphérie de Campeche, l’une des 21 futures gares. « Nous avons tordu le bras au gouvernement », se félicite Guadalupe sous les arbres fruitiers de son patio. « Le train n’a rien de Maya, au contraire, c’est un projet ethnocide et écocide », ajoute-t-elle en reprenant l’argumentaire des adversaires du projet, principalement des défenseurs des communautés indigènes et des écologistes.

500 000 emplois promis par le gouvernement

A l’inverse, Ruben Angulo, 49 ans, espère bénéficier de l’un des 500 000 emplois promis par le gouvernement. Le train Maya est un « acte de justice », selon le président Lopez Obrador, au lancement des travaux dès son arrivée au pouvoir en décembre 2018. Sur près de 1 500 km, le train doit traverser cinq états (Chiapas, Tabasco, Campeche, Yucatan, Quintana Roo) où la moitié des quelque 13 millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté.

Le train doit circuler à partir de 2023 sur un premier tronçon à l’entrée de la péninsule, entre Palenque (Chiapas) et Escarcega (Campeche), sur environ 200 km. On annonce des pointes à 160 km/heure. Mais une partie des habitants de la région refuse que le président de la gauche nationaliste, lui-même originaire du Tabasco, ne fasse leur bonheur contre leur gré.

25 recours déposés

A 200 km de Campeche, à l’intérieur des terres à travers un paysage de forêts, quelque 500 paysans retiennent à Candelaria la pelleteuse d’un sous-traitant du Fonds national de développement du tourisme (Fonatur), l’organisme public en charge des travaux. Ils exigent des indemnisations car le train va couper leur village en deux. « Tant qu’ils ne trouvent pas une solution, on ne laissera pas faire les travaux! », prévient Eréndira Ocaña, 30 ans.

Le rejet du train mobilise également l’ex-guérilla zapatiste de l’EZLN, pour qui le méga-projet représente une menace vitale pour les peuples et la nature. Le tracé ne passe pas par San Cristobal de las Casas, au Chiapas, le fief des héritiers du sous-commandant Marcos. La guérilla contre le train ne se livre plus les armes à la main comme en 1994, mais devant les tribunaux, à coups d' »amparos » (saisine de la justice contre des décisions du gouvernement). Au total 25 recours ont été déposés, dont un contre les résultats d’une « consultation citoyenne » menée en décembre 2019 par les autorités. Plus de 90% des communautés indigènes consultées avaient dit oui au projet. Le référendum avait été critiqué par les Nations unies pour son manque d’impartialité, ne répondant pas aux normes internationales.

12 millions de touristes attendus dans la région

Face à cette guérilla judiciaire, le président Lopez Obrador a déclaré en novembre que son méga-chantier relevait de la « sécurité nationale » pour que ses adversaires « ne puissent pas l’arrêter ». Le président avait déjà chargé l’armée mexicaine de superviser les travaux du train, dont les wagons (42 au total) sont fabriqués par le consortium franco-canadien Alstom-Bombardier. Lors d’un voyage de presse fin novembre, le Fonatur s’est défendu de toute atteinte à l’environnement : à 40%, le train va être construits sur les rails déjà en place d’une ancienne voie ferrée. Fonatur prévoit aussi l’extension de la plus grande réserve mexicaine de forêt tropicale, Calakmul, de 730 000 à 1,2 million d’hectares.

Dans l’esprit de ses concepteurs, le train prolonge le développement de Cancun et Tulum, qui attendent cette année 12 millions de visiteurs. D’après ceux qui vantent le projet, le tourisme sera moins tourné vers les grands hôtels, et davantage vers l’environnement et l’intégration des communautés. Reste à savoir comment seront dédommagés les milliers de familles expropriées pour la réalisation de ce train Maya.

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