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Les agences dans les rails du TGV Est

Sans surprise, les spécialistes du voyage d’affaires anticipent un engouement de leurs clients pour le train, au détriment de l’avion. Les agences loisirs espèrent pour leur part que les courts séjours vont se développer vers l’Alsace, mais aussi la Champagne.

Environ 11 millions de voyageurs devraient à terme emprunter chaque année le TGV Est européen, qui sera lancé en grande pompe le 10 juin. Soit une envolée de trafic de 65 % par rapport à aujourd’hui, qui se fera notamment au détriment de l’aérien. Les agences de l’Est sont en première ligne pour observer cette migration attendue des passagers, à l’image de ce qui s’est passé il y a quelques années avec le TGV Méditerranée. Pour autant, l’impact sur leur activité demeure à ce jour limité. Même au plus près de la frontière allemande ! Les clients commencent tout juste à se renseigner, observe une agence strasbourgeoise. Un sentiment partagé par toute la distribution.

De toute évidence, les voyageurs attendent le jour J, ou n’ont pas encore mesuré les conséquences du nouveau maillage ferroviaire entre Paris et l’Allemagne. Pour certaines liaisons, nous devons beaucoup informer nos clients. Surtout qu’il existe de nombreuses subtilités. Les accès à Paris ne se font qu’au départ de Nancy-Ville, alors que pour contourner la capitale, il faut partir de la nouvelle gare Lorraine TGV, confirme Catherine Arné, responsable d’Aliso Voyages à Nancy. Nul doute que le rouleau compresseur médiatique entourant le 10 juin servira de locomotive commerciale. La vaste opération de lancement, avec 5 000 places par jour à 15 E depuis le 10 avril, a déjà beaucoup marqué les esprits.

Pour l’heure, ce sont les entreprises, et les agences qui les servent, qui semblent avoir le mieux anticipé les avantages du TGV Est. Beaucoup de nos clients ont décidé de ne pas renouveler leurs cartes d’abonnement Air France à la date d’expiration, assure Jean-Pierre Thivollet, responsable des plateaux affaires de Mulhouse et Strasbourg chez Voyages Lesage. Selon nos estimations, le trafic de la compagnie aérienne vers Paris va chuter de 50 % à Strasbourg, et de 30 % à Mulhouse. Le report sur le train se fait toutefois doucement. Nous avons quelques sociétés en compte qui nous demandent des renseignements sur les temps de trajet avec le TGV mais, pour l’instant, il y a encore peu de facturation, explique Chrystelle Rosiak, de l’agence E.Leclerc Voyages à Nancy. Il faudra sans doute attendre la rentrée pour y voir plus clair, le trafic affaires étant traditionnellement faible durant l’été.

Journées de travail optimisées

Les entreprises devraient toutefois saisir l’intérêt de basculer sur le rail, estiment les chargés de compte dans les agences avec, à la clé, de nombreux arguments de vente. Les salariés vont notamment pouvoir optimiser leurs journées. Il sera possible d’arriver à Paris dès 9 heures pour en repartir à 17 heures, sans pour autant se lever aux aurores et se coucher très tard, souligne Claire Gasnot, responsable du plateau d’affaires l’Est Voyages, à Nancy. Par ailleurs, les personnes qui iront à Nantes, Bordeaux ou Lille apprécieront le TGV, au lieu de prendre un avion via Lyon ou Clermont-Ferrand. Non seulement le train sera à grande vitesse, mais il ne sera plus nécessaire de changer de gare à Paris !. Du coup, selon Claire Gasnot, de nombreux clients vont préférer le train, notamment pour travailler pendant ce temps utile. Et ce même si la SNCF a largement augmenté ses tarifs (de 20 à 30 %) comparés aux Corail. Nul doute que le TGV va prendre des parts de marché à l’avion, surtout dans le voyage d’affaires, conclut Sabine Grebmayer, chef d’agence de Norest Voyages (Selectour) à Wissembourg (à la pointe nord-est de la France).

Quel impact sur le long-courrier ?

Certains pensent que l’impact sera aussi tangible pour des voyages plus lointains. Près de la frontière, nombre de Français préfèrent aujourd’hui rejoindre un aéroport allemand plutôt que de transiter via Paris. Pour les vols internationaux, mes clients décollent souvent de Francfort ou de Zurich, qui ne sont qu’à deux heures de route, explique Fabienne Koeberle, directrice de Carnet d’Evasion à Strasbourg. Désormais, le TGV va les inciter à décoller de Paris. Au-delà des connexions long-courriers, il sera plus intéressant de passer par Paris pour des destinations européennes et certaines villes françaises mal desservies par l’avion, ajoute Nadège Raguideau de Jet tours/ Voyages Eureka à Metz. Galeries Lafayette Voyages à Strasbourg ne partage pas cet avis : Nos clients ont de bons prix pour un pré-acheminement en avion vers l’Allemagne, quand ils ne paient pas que les taxes, explique Guillaume Gassert. Le train ne sera pas forcément avantageux. Le TGV Est devrait avoir peu d’impact sur notre activité.

Une chose est sûre : en réaction, Air France a révisé ses prix à la baisse. Pour une réservation effectuée trois semaines à l’avance, la différence de prix entre l’avion et le train n’est que de 30 E !, constate Sabine Grebmayer, chez Norest Voyages. Le vol s’affiche à 120 E, contre 90 pour le TGV. Outre le prix, le choix des clients se fera donc sur d’autres critères, à commencer par la durée du voyage (temps d’accès aux aéroports et d’embarquement inclus).

Les Franciliens restent à séduire

Au-delà des voyages d’affaires, l’est de la France compte sur un effet TGV pour le développement des courts séjours. Nous espérons que notre service réceptif, basé à Strasbourg, va en profiter, continue Sabine Grebmayer. Le TGV Est va probablement booster les week-ends, notamment lors des marchés de Noël, relève Myriam Lelièvre, de l’agence Carlson Wagonlit Travel, rue du Faubourg-Saint-Martin à Paris . Mais pour l’instant, les voyageurs se font attendre, comme les formules de découverte de Strasbourg ou de l’Allemagne. Les TO régionaux et les comités départementaux de tourisme (CDT) multiplient pourtant les courts séjours en Alsace, pour séduire les Franciliens notamment. Les marchés de Noël seront à l’honneur dans les brochures, en attendant le développement d’une offre d’été.

Reims devrait aussi mettre un peu plus la Champagne au goût du jour. Inversement, les Alsaciens et les Lorrains seront davantage tentés par des escapades en Ile-de-France (y compris à Disneyland Paris), avec des trains directs pour le parc.

Reste aux distributeurs le soin de tirer parti de ces nouveaux élans touristiques, en piochant dans les brochures des TO et des CDT, ou en constituant des forfaits sur mesure. Mais ils ne seront pas seuls à se partager le gâteau ! Les boutiques SNCF sauront en profiter (billetterie sèche) de même que Voyages-sncf.com (forfaits). Car, ne l’oublions pas, la première destination de l’agence en ligne reste de loin… la France.

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