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Affaire Schneider : enfin le dénouement ?

Excédés par des mois de lutte, plusieurs représentants de tour-opérateurs s’étaient donné rendez-vous devant les locaux parisiens de Schneider Finances, pour rencontrer les représentants de la holding installée en Ecosse. L’Echo touristique était sur place.

Par Florian de Paola et Catalina Cueto

Malgré le froid glacial, une vingtaine de représentants de tour-opérateurs ont répondu présent. A peine le temps de déployer la pancarte préparée pour l’occasion que Philippe Ayme-Jouve, directeur associé de Schneider Brothers Ltd, va à leur rencontre et propose de les recevoir.

Quelques minutes plus tard, dans les locaux de la société, Philippe Ayme-Jouve reconnaît des erreurs. « Nous avons du retard sur la restitution des dépôts de garantie, c’est vrai. Mais nous n’avons aucune raison de tourner le dos à nos clients. Nous sommes bien conscients des difficultés que peuvent connaître les entreprises. C’est pour ça que j’ai demandé l’autorisation au CA de Schneider Brothers de trouver un plan B », annonce Philippe Ayme-Jouve, avant d’entrer dans le détail.

Les premiers remboursements effectués

« Pour récupérer de l’argent frais, nous avons commencé la vente de l’un des actifs de notre portefeuille, soit 600 000 actions achetées au prix de 3,2 millions d’euros », chiffre Philippe Ayme-Jouve. Schneider Brothers va vendre ces actions par 10 000, 3 fois par semaine, jusqu’à récupérer l’ensemble des dépôts de garanties demandés, soit environ 3 millions d’euros. Certains professionnels ont même été remboursés, pour environ 100 000 euros (Artoo Travel, Envie de Voyages, Trésor Languedoc, NuevoMondo, A.P.C.A, …).

« En fin de semaine prochaine, nous devrions donc pouvoir rembourser au moins 700 000 euros », annonce Philippe Ayme-Jouve, en dévoilant une deuxième liste d’entreprises choisies pour bénéficier du remboursement. « Nous les avons choisies en fonction du caractère urgent de la situation. La deuxième liste concernera plutôt les grands comptes, avant que les derniers professionnels soient remboursés avec une troisième liste », assure Philippe Ayme-Jouve.

« En théorie, d’ici au 15 mars, nous pourrons rembourser tous les dépôts de garantie », précise-t-il. Une annonce bienvenue mais insuffisante pour certains qui ont dû aller jusqu’à céder leurs sociétés ou mettre la clé sous la porte. « Mon TO 100% digital était en plein développement. J’estime que j’ai droit à des dommages et intérêts », juge par exemple Eric Dulger, fondateur de Tribu Voyageurs et installé dans le Rhône.

Une réunion collégiale avec Atout France ?

Sur ce point, Philippe Ayme-Jouve ne s’est pas engagé. « Ma mission, c’est le remboursement de vos dépôts de garanties. Pour les dommages, c’est la cellule juridique qui prendra le relais ». « Le problème, c’est qu’on nous a déjà dit plusieurs fois qu’on serait remboursés… » , lâche, inquiète, la directrice d’un TO qui emploie une vingtaine de personnes. « Je vous en donne ma parole. Par ailleurs, ceux qui ont été ou seront radiés d’ici là, seront les bienvenus chez Schneider ». Car la société se défend de toute accusation de mauvaise foi et estime, hormis quelques erreurs de gestion, tenir son rang.

En effet, depuis plusieurs mois, la société semble engagée dans un bras de fer avec Atout France. Les deux entités se renvoient la balle pour savoir qui est le responsable de ces errements. « Êtes-vous d’accord pour participer à une réunion qui mettrait tout le monde autour de la table ? », lance un professionnel, obligé de céder sa société il y a quelques semaines. « Absolument. D’autant plus que si elle se tient après le 15 mars, nous devrions être en mesure de présenter notre nouvelle licence européenne ».

Rappel des faits depuis 8 mois

Pour rappel, en juillet  2017,  Atout France et la Direction Générale des Entreprises (DGE) ont été informés par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) que  le groupe  Schneider Brothers n’était plus autorisé à délivrer des cautions réglementées. Le 3 août 2017, Atout France, a prévenu les 144 clients de Schneider Finance que leur garant britannique ne disposait plus d’agrément officiel pour travailler en France.

Le 12 septembre, l’ACPR affichait l’information sur son site, sous forme d’alerte pour tentative d’escroquerie : « Les différentes entités du groupe (Schneider Brothers Ltd, SB Securities Ltd, Schneider Finance, Schneider Securities, S&B Participation, Kession Capital Ltd et White Orchid Financial Solution Ltd), ne disposent pas des agréments nécessaires pour délivrer des garanties financières obligatoires en France, notamment pour l’exercice de l’activité d’agent de voyages ».

De son côté, depuis septembre, Schneider Finance n’a eu de cesse de faire lanterner ses clients, par la voix de son directeur associé Philippe Ayme-Jouve, en leur promettant d’obtenir un nouvel agrément sur le territoire français… qui n’est toujours pas arrivé à ce jour. Depuis le 10 novembre dernier, selon le registre Orias de l’ACPR, Philippe Ayme-Jouve n’est « pas autorisé à encaisser des fonds destinés à un assuré ou à une entreprise d’assurance ».

Quant à Atout France, il a repoussé les délais jusqu’au 31 décembre 2017 pour que les immatriculés concernés retrouvent un autre garant (en général l’APST, Groupama ou Atradius), au risque d’être radiés du registre.

52 radiés du registre d’Atout France

A ce jour, selon Atout France, 52 entreprises ont été radiées pour « non présentation de nouvelle garantie », et trois recours gracieux seront acceptés lors de la prochaine réunion de commission d’immatriculation, le 6 mars prochain. A l’APST, le secrétaire général Emmanuel Toromanof, affirme : « Nous avons accepté une grande majorité des demandes d’adhésions en provenance des clients de Schneider Finance. Nous avons appliqué une certaine souplesse sur les dépôts de garanties, tant que nous avions une validation bancaire ».

Poursuites pénales ?

En ce qui concerne la restitution des dépôts de garantie, bloqués chez Schneider, la DGE, jointe par nos soins hier, nous a précisé : « Certains opérateurs ont saisi le tribunal de commerce de Paris qui a condamné Schneider Brothers à les rembourser. La DGE et Atout France suivent attentivement ce volet judiciaire du dossier, mais ne disposent pas des moyens d’action d’une administration de contrôle dotée de pouvoirs de police judiciaire ou même administrative ».

Elle poursuit : « Pour sa part, l’APCR a saisi le Procureur de la République des agissements de Schneider. A présent, la suite à donner à cette démarche relève du Ministère public.  Il appartient également aux opérateurs concernés d’apprécier s’il y a lieu d’engager des poursuites pénales contre le groupe Schneider Brothers, s’ils estiment être victime d’abus de confiance ou d’une escroquerie ».