LES FRAIS GDS de Lufthansa irritent, en France comme en Allemagne
Depuis le 1er septembre, Lufthansa ajoute 16 € au prix des billets qui ne sont pas émis via ses canaux de distribution directe. Dans les réseaux d'agences et les syndicats professionnels, la résistance s'organise.
Avec deux plaintes déposées cet été par l'Association européenne des agences (ECTAA) et les distributeurs de voyages en ligne (ETTSA) devant la Direction générale « mobilité et transport » de la Commission européenne, la surtaxation par Lufthansa des billets émis via GDS provoque une vive irritation chez les revendeurs. La compagnie allemande entend « moderniser la vente de billets d'avion » : depuis le 1er septembre, Lufthansa a mis en place un canal de distribution en ligne spécifique, réservé aux professionnels.
Un portail qui ne convainc pas
Contrairement aux interfaces des GDS, qui se focalisent sur les prix et les horaires, le portail Lufthansa comprend des informations détaillées sur chaque vol, les services, les options… Chaque billet émis via un GDS entraîne 16 E de frais supplémentaires. Et le portail LHGroup-agent.com, désormais privilégié pour la billetterie de l'ensemble du groupe (Austrian, Swiss…), ne convainc pas. « La clientèle affaires voit augmenter ses prix et il n'y a pas d'alternative », rapporte Ralf Hieke, patron de l'agence de voyages IVR à Ibbenbüren, près de Münster. « Dans les entreprises, les équipes administratives se plaignent de ne plus pouvoir comparer. Il faudrait consulter successivement les sites d'Air France, d'Emirates, d'United. Elles ne le font pas. Lufthansa a pensé à de grands clients, comme Siemens, qui ont les moyens de se payer une stratégie voyages d'affaires. On a oublié les PME ! En s'adressant aux agences de voyages, avec les GDS, elles avaient accès instantanément à une offre comparative », explique Ralf Hieke, qui représente également les intérêts des distributeurs allemands comme vice-président du syndicat professionnel DRV.
En France, certaines agences spécialisées dans les voyages d'affaires prétendent exclure Lufthansa, quitte à privilégier d'autres compagnies réputées moins qualitatives. « On préfère Air Berlin, qui se vend de mieux en mieux grâce à son partenariat avec Etihad », observe Isabelle Dréan, chef de projet chez Frequent Flyer Travel à Paris. « Paris-Vienne et Paris-Berlin se vendent très bien. On ne le crie pas sur tous les toits, mais on a blacklisté Lufthansa », reconnaît Isabelle Dréan. Lors d'un sondage réalisé début septembre sur le site de L'Écho touristique, 57,48 % des répondants (sur un échantillon de 127 votants) disaient refuser d'utiliser le portail BtoB de Lufthansa. L'absence de reporting ou de toute trace de « bilan » par poste client irrite également les agences. En Allemagne, l'Office fédéral des cartels a été saisi d'une plainte qui vise à établir la discrimination subie par les GDS et les agences. Pourraient-elles rétablir, in fine, la situation initiale ? Selon le quotidien économique Handelsblatt, les services juridiques de Lufthansa auraient examiné ces aspects avant d'introduire les nouvelles règles commerciales, et donné leur feu vert. « Si l'Office fédéral des cartels établit un abus de position dominante, les règles imposées par Lufthansa peuvent encore tomber », espère Ralf Hieke.
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