Les attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite se sont accélérées depuis quelques semaines. Le mouvement yéménite a affirmé avoir ciblé l’aéroport international King Khalid de Riyad ce jeudi, avec des missiles balistiques et de croisière, et ce pour la troisième journée consécutive. Les autorités saoudiennes ont indiqué avoir intercepté deux missiles tirés vers la capitale et que des débris avaient endommagé, entre autres, une école maternelle et une clinique. Les attaques ont fait 3 victimes, dont un pilote de la compagnie nationale Saudia Airlines. Un appareil de la compagnie a par ailleurs été touché. Face à ces derniers développements, le Quai d’Orsay a mis à jour ses recommandations. Riyad figure désormais parmi les zones déconseillées, sauf raison impérative, tandis que des perturbations sont possibles dans plusieurs aéroports du royaume.
Cette nouvelle escalade vient contrarier les ambitions de l’Arabie saoudite, qui cherche précisément à modifier sa perception à l’international via l’ouverture au tourisme mondial. L’ambitieux plan Vision 2030 prévoit ainsi la construction d’une destination complète, entre sites archéologiques spectaculaires, hôtels ultra-luxe, fonds marins préservés, parcs d’attractions délirants et compétitions ou événements internationaux.
150 millions de touristes en 2030
Une offre touristique à même de séduire une large clientèle loisirs. Avec des résultats probants : selon DataSaudi, le pays a accueilli 123 millions de touristes en 2025, dont 29,3 millions de visiteurs internationaux. Partie de rien en termes de notoriété, l’Arabie saoudite s’est même imposée comme la quinzième destination la plus visitée du monde en 2024. Le royaume ambitionne désormais d’accueillir 150 millions de visiteurs annuels à l’horizon 2030, contre un objectif initial de 100 millions.
Mais le succès de cette stratégie est conditionné au fait que le pays soit perçu comme sûr et facilement accessible. Les perturbations dans les aéroports, les recommandations officielles aux voyageurs et les menaces visant les compagnies aériennes ne sont pas de nature à rassurer les touristes étrangers. Les attaques houthies risquent de raviver dans l’esprit des voyageurs l’image d’un pays situé au cœur d’une région instable, alors que Riyad tente de se positionner comme une destination internationale moderne, ambitieuse et ouverte.
Une desserte aérienne contrariée
Le marché français illustre d’ailleurs parfaitement le défi auquel le pays se trouve confronté. En 2025, l’Arabie saoudite a accueilli 245 000 visiteurs venus de l’Hexagone (+9%). La moitié d’entre eux voyageaient pour un motif non religieux, signe que le royaume commence à attirer une clientèle loisirs et à diversifier son image au-delà du pèlerinage.
Cette dynamique s’est accompagnée d’un renforcement de la desserte aérienne. Air France a notamment ouvert en mai 2025 trois vols hebdomadaires entre Paris et Riyad. Au printemps, la compagnie française a toutefois annoncé prolonger la suspension de ces vols.
Un enjeu réputationnel à court terme
Mais cette croissance reste celle d’un marché en conquête. Les visiteurs français représentent en effet moins de 1% des 29,3 millions de visiteurs internationaux accueillis par le royaume en 2025.
À court terme, l’enjeu est donc d’abord réputationnel pour l’Arabie saoudite. Le secteur (4,9% du PIB en 2024) n’a pas encore le poids qu’il représente aux Émirats arabes unis, mais il constitue un axe majeur de la diversification saoudienne.
L’Arabie saoudite dispose toutefois d’un avantage qui pourrait faire la différence : elle n’a pas besoin de gagner cette bataille immédiatement. Ses moyens lui permettent d’absorber un trou d’air et de poursuivre ses investissements en attendant l’avènement de jours meilleurs au Moyen-Orient.