L'Arabie saoudite a annoncé mercredi trois morts et 36 blessés, certains grièvement, dans des attaques houthies contre ses aéroports. Des ressortissants égyptiens, algériens et soudanais ont péri, selon la Direction générale de l'aviation civile saoudienne, qui a également signalé des dégâts matériels. Les Houthis avaient revendiqué plus tôt des tirs de missiles et de drones contre l'aéroport international de Ryad et celui d'Abha, dans le sud-ouest du royaume. Ils ont affirmé jeudi avoir mené une nouvelle attaque contre l'aéroport King Khalid de Ryad, disant réitérer « pour la dernière fois » leur appel aux compagnies aériennes d'éviter ce pays.
Ryad a assuré tôt jeudi, via un communiqué de sa coalition militaire, que ces attaques ne resteraient pas « impunies » et a annoncé avoir détruit en représailles « 82 cibles militaires légitimes » houthies. La coalition avait déjà indiqué avoir « détruit la rampe de lancement de missiles balistiques » utilisée pour mener l'attaque visant l'aéroport de Ryad.
Trafic aérien perturbé
Le trafic y est régulièrement perturbé depuis plusieurs jours, selon le site de suivi Flightradar24, alors que les Houthis ont prévenu les compagnies aériennes que le ciel saoudien n'était « pas sûr ». Ce jeudi matin, Flightradar24 annonçait Riyad comme le deuxième aéroport le plus perturbé de son réseau.
Le Quai d'Orsay indique qu'il est « formellement déconseillé de se rendre dans la région de Najran, d’Abha, de Khamis Mushait et Djizan (Jazan), au sud du Royaume », et que des retards et perturbations sont possibles dans les aéroports du pays, notamment Djeddah et Riyad.
Le conflit entre ces combattants, qui contrôlent la capitale yéménite Sanaa et de vastes pans du pays depuis plus d'une décennie, et le gouvernement reconnu par la communauté internationale et soutenu par le royaume saoudien, s'est réveillé en juillet après des années d'accalmie, devenant le nouveau front de la guerre au Moyen-Orient. Depuis, 201 217 personnes « ont été contraintes de quitter leur foyer », selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), qui s'alarme du manque de financements nécessaires pour faire face à cette nouvelle crise humanitaire dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique.
Plus de 330 morts
De nouveaux affrontements dans l'ouest du pays ont fait au moins 62 morts mercredi, selon des sources militaires dans les deux camps, portant à plus de 330 le nombre de combattants tués depuis lundi. Ryad a encore bombardé dans la nuit plusieurs régions tenues par les combattants, dont la capitale Sanaa, selon les Houthis, qui ont recensé « 1 642 frappes et attaques de missiles saoudiennes au cours des trois derniers mois ».
Les Houthis ont attaqué une base militaire dans la zone de l'aéroport d'Aden, dans le sud du Yémen, où le gouvernement s'est replié en 2015, au début du conflit. Selon le ministère des Transports, un missile est tombé près de la piste d'atterrissage quelques minutes avant l'arrivée d'un vol de la compagnie aérienne yéménite en provenance du Caire, qui a dû être dérouté vers un aéroport saoudien.
« En plein milieu de la rue »
L'agence de presse gouvernementale Saba a également fait état d'une frappe sur la grande ville de Taëz, tenue par les forces gouvernementales mais en partie encerclée par les Houthis, faisant cinq blessés parmi les civils. « Nous sommes sortis dans la rue (...) et nous avons vu de jeunes gens qui avaient été touchés. Le projectile a atterri en plein milieu de la rue, à un moment où le quartier était bondé », a raconté à l'AFP un habitant, Al-Fateh al-Eisaei.
Peinant à repousser les attaques des Houthis, en Arabie saoudite comme au Yémen, Ryad et ses alliés ont réclamé à plusieurs reprises un soutien international ces dernières semaines, notamment des États-Unis, sans succès jusqu'ici. La Turquie, le Pakistan et l'Arabie saoudite se sont mis d'accord pour passer « immédiatement à la mise en pratique » d'un accord de défense, signé en août à La Mecque. Ils ont annoncé lundi leur intention de « fournir les forces et moyens militaires convenus, et les déployer rapidement dans le royaume ».
Le conflit continue à perturber sérieusement le pétrole saoudien — Ryad est le premier exportateur mondial de brut — avec des attaques régulières des Houthis sur les raffineries du royaume et la flotte saoudienne en mer Rouge.