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Face au retour de la pression fiscale et à la concurrence, Air France-KLM chiffre son utilité publique

Dans une étude publiée mardi 6 octobre 2026, le groupe Air France-KLM chiffre son impact socio-économique européen à 114 milliards d’euros.

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Eglantine L’Haridon

Eglantine L’Haridon

7 octobre 20263 min de lecture

Air France - industrie - avions - maintenance
Air France-KLM soutient, en France, 1,2 million d'emplois directs, indirects et induits.© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

C’est un exercice auquel le groupe se plie désormais à intervalle régulier. Confiée pour la cinquième fois consécutive à l’Institut Mines-Télécom Business School et dirigée par le professeur Herbert Castéran, la nouvelle étude d’impact socio-économique d’Air France-KLM comporte toutefois une nouveauté majeure : pour la première fois, ses calculs dépassent les seules territoires français et néerlandais, pour englober l’ensemble de l’Union européenne.

Présenté ce mardi 6 octobre, ce travail académique intervient dans une séquence politique dense pour le transporteur aérien. D’un côté, le gouvernement français s’apprête à entamer les débats sur son Projet de loi de finances (PLF) pour l’année 2027, qui prévoit plusieurs hausses fiscales pesant (in)directement sur l’aérien. De l’autre, l’exécutif portugais s’apprête à trancher sur la vente de 44,9% du capital de la compagnie national TAP Air Portugal, dossier sur lequel le groupe franco-néerlandais est en compétition directe avec le groupe Lufthansa.

52,2 milliards d'euros en France

Fondée, selon Herbert Castéran, sur une méthodologie académique validée et « sur des hypothèses extrêmement conservatrices », afin d’éviter toute « critique d’un optimisme débridé », l’étude agrège les retombées des trois métiers du groupe : le transport de passagers (103 millions de voyageurs en 2025), le fret et la maintenance aéronautique.

À l’échelle européenne, l’activité d’Air France-KLM génère 114 milliards d’euros par an, soit 0,6% du PIB, et soutient 1,2 million d’emplois directs, indirects et induits, pour 13 milliards d’euros de recettes fiscales.

En France, la contribution s’établit à 52,2 milliards d’euros, soit 1,8% du PIB national. Les activités du groupe y soutiennent près de 545 000 emplois, très majoritairement localisés en Île-de-France (27,2 milliards d’euros de retombées et 250 000 emplois) autour des plateformes de Roissy-Charles de Gaulle et de Paris-Orly. Des données qui témoignent toutefois d’une légère inflexion sur deux ans : en 2024, le groupe représentait 1,9% du PIB français et soutenait 552 000 postes.

Calendrier de publication

Si Air France-KLM présente ces résultats sans faire aucune référence au débat budgétaire, le calendrier de publication n’est pas anodin. Les acteurs de l’aérien tablaient sur la « pause fiscale » évoquée par les pouvoirs publics au cours des derniers mois. Le Projet de loi de finances en préparation intègre pourtant plusieurs mécanismes de prélèvements supplémentaires, la hausse de la taxe sur l’exploitation des infrastructures aéroportuaires (TEITLD) et la taxation du kérosène.

Et si les compagnies aériennes ne sont pas les redevables légales de ces taxes, qui concernent les producteurs de fuel et les aéroports, elles craignent d’en supporter les répercussions économiques. En rappelant que chaque euro investit par l’entreprise génère cinq euros de retombées dans l’Hexagone et qu’un emploi direct en soutient 10,9 autres dans l’économie nationale, les données publiées veulent mettre en lumière l’importance de cet écosystème au moment où l’exécutif cherche de nouvelles rentrées fiscales.

Créer de « la valeur dans l’ensemble du Portugal »

L’autre volet stratégique dépasse les frontières de la France seule. Pour la première fois, le groupe quantifie son impact au Portugal : 1,3 milliard d’euros de retombées annuelles, 0,4% du PIB du pays, et 25 000 emplois soutenus.

Un élargissement loin d’être anodin, alors que le gouvernement portugais doit remettre sa décision quant à la privatisation de TAP Air Portugal dans les semaines à venir. Fin septembre, Air France-KLM et Lufthansa déposaient des offres améliorées pour en acquérir 44,9% du capital et la gouvernance opérationnelle, pour un montant estimé à plus d’un milliard d’euros.

Mais le dossier ne se négocie pas uniquement sur le montant du chèque. Le cahier des charges fixé par Lisbonne accorde justement une place centrale aux garanties socio-économiques. En chiffrant un ancrage local déjà existant, l’étude vient directement appuyer les promesses industrielles formulées par Benjamin Smith lors du dépôt de sa candidature, qui rappelait alors sa volonté « claire de créer des emplois et de la valeur dans l’ensemble du Portugal ».

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