En 2018, lorsque Rodolphe Bouin, le président du directoire du Futuroscope, annonçait l’ouverture prochaine d’un parc aquatique sur le complexe, de nombreux observateurs se sont montrés dubitatifs. L’eau, incontournable dans les parcs de loisirs, ne semblait pas vraiment coller à l’ADN du Futuroscope, constitué d’écrans, de projections numériques et d’effets spéciaux.
Les équipes du Futuroscope, elles, y ont vu un énorme défi à relever. Après trois ans de travaux et 57 millions d’euros investis, l’Aquascope a ouvert ses portes cet été, transformant ainsi un peu plus le Futuroscope en destination de courts séjours. Le succès a été immédiat avec 150 000 visiteurs en deux gros mois d’activité – pour un objectif annuel de 500 000 visites. Mais la promesse initiale est-elle respectée ? L’Echo touristique a enfilé son maillot de bain pour tester le produit.
Une « plaza » très colorée accueille les visiteurs depuis le parking, dont la surface a été réduite. © Futuroscope
Du hub central aux abysses de lumière
En entrant dans le bâtiment de l’Aquascope, tout est propre, neuf, beau… et un peu aseptisé. On a l’impression de pénétrer dans un centre aquatique Premium, de ceux qui fleurissent désormais autour des grandes villes françaises. Heureusement, ce sentiment s’estompe dans l’espace « douches », où les néons multicolores nous rappellent que nous sommes bien au Futuroscope.
© Florian De Paola
Les visiteurs accèdent ensuite à un petit hub central. Au-dessus d’eux, Spiral, l’un des huit toboggans du parc (lire plus loin), capte tous les regards. Depuis ce hub s’offrent trois choix. D’abord, on peut monter, par deux escaliers, jusqu’à 18 mètres de haut, pour accéder aux toboggans de l’Aquascope. Sur la gauche, on trouve un vaste espace dédié aux enfants (lire plus loin).
© Florian De Paola
Et sur la droite, dans la pénombre, on devine l’entrée des Abysses de lumière, la zone avec laquelle l’Aquascope veut redéfinir les codes du parc aquatique. C'est le fruit du travail réalisé en collaboration avec les Québécois de Moment Factory, spécialistes de l’immersion numérique (Aura, Lumina…).
© Florian De Paola
En approchant de l’entrée de la zone, c’est la pénombre qui contraste avec l’ensemble très lumineux du reste du parc. Mais le noir ne l’emportera pas longtemps. Dès qu’on pénètre dans les Abysses, on tombe sur une immense scène numérique qui nous plonge dans la mythologie de l’Aquascope. Car oui, il y a évidemment un fil conducteur thématique dans le parc. Et c’est au cinéma aquatique qu’il faut se rendre pour en savoir plus sur l’histoire de cette grotte merveilleuse…
© Moment Factory
Un univers onirique et coloré
Face à un vaste écran demi-circulaire, les visiteurs, flottant dans une piscine, voient des dizaines de météorites frapper l’eau. Provoquant bouillonnements et explosions lumineuses, elles libèrent une créature, au départ inquiétante mais rapidement amicale : Kraki, la mascotte de l’Aquascope. Un extra-terrestre donc, aux allures de pieuvre dotée de pouvoirs magiques, prétexte à un ballet numérique et aquatique qui ancre le parc dans un univers onirique coloré.
© Florian De Paola
Le film est réussi, mais court. Dans les Abysses de lumière, on trouve également des piscines aux profondeurs mystérieuses, des bassins où les pieds des visiteurs dessinent des vagues fluorescentes et des grottes, ou encore l’entrée de la lazy river, un incontournable des parcs aquatiques dans lequel les visiteurs, assis sur une bouée, parcourent les trois zones du complexe.
© Florian De Paola
En bref, on en prend plein les yeux dans les Abysses de lumière. La zone est très réussie et on se prend à imaginer un parc aquatique intégralement conçu dans un tel univers. Univers qui sert également de thématique à la zone dédiée aux enfants, la Faille de Kraki.
La faille de Kraki
A gauche du hub central se trouve donc une vaste zone dédiée aux plus petits. Le lieu se prête bien aux éclaboussures : des bassins peu profonds, des fontaines, des jets, des toboggans à taille réduite et des mini-jeux aquatiques entourent l’imposante statue de Kraki, véritable tour de contrôle de la zone. C’est ici qu’on trouve une pentaglisse et deux toboggans épousant les tentacules de la créature, que les enfants feront des dizaines de fois sans lassitude.
© Florian De Paola
Un labyrinthe aquatique, une grotte musicale ou encore une pataugeoire ludique offrent un véritable espace pour les visiteurs âgés d’au moins trois ans. C’est aussi l’un des endroits du parc où l’on trouve le plus de sièges et bancs pour se reposer entre deux toboggans… et surveiller les enfants.
© Florian De Paola
Le Rift et ses toboggans
Qui dit parcs de loisirs dit sensations plus ou moins fortes. Après l’émerveillement des Abysses de lumière et la découverte des plaisirs aquatiques par les plus petits, place aux toboggans. L’Aquascope en compte huit majeurs.
Il y a, bien sûr, Rocket, que les visiteurs surnomment déjà « la Trappe ». Le concept est simple et angoissant : on s’installe en position debout sur un toboggan déjà à la verticale, reposant sur une simple trappe… qui finira par se dérober sous nos pieds pour nous engager dans le tube. Enchaînement de virages, vitesse et secousses : la descente mouvementée est réservée aux plus téméraires. Sensations garanties.
Une canopée au-dessus de la piscine à vagues
Autre inévitable : le rafting, baptisé ici Matrix. Ses bouées qui peuvent accueillir jusqu’à 5 visiteurs parcourent un toboggan aux dimensions XXL. Descentes, virages et tourbillons mènent la bouée à différents moments surprises, jusqu’à l’arrivée remuante dans un entonnoir lumineux qui finira par aspirer les visiteurs. Définitivement le toboggan « signature » de l’Aquascope.
Matrix, le toboggan "Signature" de l'Aquascope. © Florian De Paola
Parmi les autres toboggans figurent Alien, une course spectaculaire et visuelle à bouée ; Quick, un toboggan qui termine sa course dans les espaces extérieurs de l’Aquascope ; ou encore Flash et ses nombreux effets lumineux. De quoi passer un long moment à glisser dans les tubes du parc.
© Agence Zebrelle
Le Rift accueille également une (étroite) piscine à vague, surplombée par la Canopée, un ensemble de filets suspendus offrant une perspective nouvelle sur l’Aquascope. Un parcours étonnant et accessible à toute la famille.
© Futuroscope
Le bilan
Flambant neuf, l’Aquascope se distingue de la concurrence par les Abysses de lumière, une zone originale qui offre une véritable identité au parc. De plus, la vaste zone dédiée aux enfants remplit sa mission, comme le Rift et les très populaires toboggans. Complété par une plage avec piscine à l'extérieur ainsi qu'une rivière sauvage, le complexe offre suffisamment de possibilités pour s'amuser de différentes façons avec l'eau.
Le parc semble toutefois un peu étriqué. En cas de forte affluence, certains endroits peuvent saturer rapidement, pendant que l’attente pour les toboggans s’envole. Bien choisir le jour de sa visite et de son créneau horaire (réservation obligatoire) semble donc essentiel pour préserver son expérience de visite.
L’Aquascope peut sans doute faire mieux sur d’autres points. Ainsi, de nombreux visiteurs se plaignent de la température insuffisante des lieux. Le Futuroscope, qui se veut le plus vertueux possible sur le plan durable avec ce projet, pourra ajuster ce paramètre si nécessaire. Le snack-bar, baptisé le Kobalt, sera aussi rapidement agrandi pour accueillir plus de monde, dans de meilleures conditions. La destination planche d’ailleurs sur d’autres projets d’extension de l’Aquascope, pour l’instant secrets.
Jusqu'à 2,5 millions de visiteurs
En résumé, l’Aquascope rajoute une offre complémentaire intéressante à Futuroscope Xperiences. Le parc mérite, pour l’instant, d’y consacrer 2 à 4 heures en fonction de l’affluence. Il peut aussi inciter à opter pour un court séjour dont la motivation principale demeurera la découverte du parc du Futuroscope. Il transforme donc définitivement Futuroscope Xperiences en destination de courts séjours.
Et c’est bien là son ambition initiale : faire venir plus de monde, de plus loin, et pour plus longtemps. Désormais doté de deux parcs à thèmes, de trois hôtels et d’activités connexes (le restaurant expérientiel Foodloop, la Futuroscope Arena, le simulateur Zero Gravity…), Futuroscope Xperiences devrait entrer dans une autre dimension et attirer, dès l’année prochaine, 2,5 millions de visiteurs (contre 2 millions en 2023).
Le Futuroscope dispose désormais de trois hôtels, dont deux thématiques (ici, Ecolodgee). © Florian De Paola
Et la destination voit déjà plus loin. Au printemps prochain, Mission Bermudes, une nouvelle attraction qui utilise une technologie inédite développée par Mack Rides (Europa Park) ouvrira ses portes au Futuroscope. Cela marquera la fin du plan « Vision 2025 », qui aura représenté environ 300 millions d’euros d’investissement. « Nous avons un peu le blues, mais nous avons déjà de la suite dans les idées… et dans les cartons ! », sourit Rodolphe Bouin, le patron de Futuroscope Xperiences.