Des modifications de plannings notifiées par courriel, des départs annulés et des passagers contraints de chercher des solutions alternatives : ces dernières semaines, la multiplication des annulations de vols chez Volotea suscite l'incompréhension des voyageurs et l'inquiétude des professionnels du tourisme. Si le transporteur assure informer ses clients en amont pour leur proposer un réacheminement ou un remboursement intégral, ces perturbations opérationnelles traduisent des tensions économiques bien réelles.
À l'origine de cette situation figure l'envolée du prix du kérosène, liée au contexte géopolitique au Moyen-Orient qui, selon un courrier adressé par la compagnie à ses salariés, aurait engendré un surcoût évalué à environ 150 millions d'euros cette année. Une charge d'autant plus difficile à absorber que l'entreprise, bien qu'ayant dégagé trois exercices opérationnels positifs (avec un résultat d'exploitation de 47,4 millions d'euros en 2025), demeure lestée par l'endettement contracté pendant la pandémie de Covid-19 et le début de la guerre en Ukraine.
Programme d'hiver allégé
Pour contenir ces coûts d'exploitation, Volotea fait ainsi le choix de réduire la voilure : selon les données du cabinet Cirium, plus de 10% des capacités de son programme d'hiver, entre novembre et février, sont déjà supprimées. En France, plusieurs platesformes régionales sont directement touchées.
Bien que la compagnie n'ait pas communiqué de détail exhaustif ligne par ligne, la direction de l'aéroport de Bordeaux confirme que le transporteur y concentre le plus grand nombre d'annulations de vols pour la saison hivernale – jusqu’à 35% de vols en moins, selon certaines estimations. La presse professionnelle rapporte également des réductions de fréquence à Lyon, tandis que l’aéroport de Brest se voit menacé d’une « hibernation » saisonnière.
Restructuration de la dette
Au-delà de ces arbitrages opérationnels, la direction prépare une restructuration financière de son bilan. L'objectif communiqué en interne vise à renégocier entre 250 et 300 millions d'euros de dette d'ici la fin du mois de décembre. Le schéma envisagé repose sur quatre axes : rééchelonner les emprunts bancaires, allonger la durée des prêts auprès de la SEPI, la holding publique espagnole, obtenir des facilités de paiement auprès des fournisseurs et gestionnaires d'aéroports, et revoir les conditions contractuelles auprès des loueurs d'avions.
Cette rationalisation s'accompagne d’ailleurs d'un redimensionnement de l'outil industriel. La flotte actuelle de 44 appareils Airbus doit être ramenée à 30 ou 35 appareils, en privilégiant les A320, plus capacitaires, au détriment des A319, afin d'optimiser le coût par siège. Sur le plan social, la direction prévoit un ajustement d'une cinquantaine de postes administratifs au siège de Barcelone, sur les 2 300 salariés du groupe.
Un recentrage sur les marchés préservés
Pour traverser l'exercice 2027, Volotea entend concentrer ses ressources sur ses liaisons les plus résilientes : les lignes sous délégation de service public, les dessertes régies par des accords bilatéraux comme celles vers l'Algérie, ou les plates-formes où la concurrence des grands opérateurs low cost est limitée par des contraintes d'infrastructure, à l'image de Nantes ou de Florence.
En parallèle, des discussions sont engagées avec Aegean Airlines, déjà actionnaire à plus de 20%, pour convertir une partie de ses créances en capital et participer à un tour de table financier. Une recomposition qui doit permettre au transporteur de stabiliser sa structure avant d'envisager une reprise de son développement.